‹ Moeurs et caractères des peuplesChapitre 106 sur 132 · DAN8E DES TÉNÈBRES CHEZ LES ARABES, EN ALGÉRIE · texte numérisé non relu

DAN8E DES TÉNÈBRES CHEZ LES ARABES, EN ALGÉRIE

Au bout d'une heure d'attente^nous vîmes un feu, comme une étoile plus rouge que les autres, se mouvoir dans les ténèbres, à hauteur du village; puis le son languissant de la flûte arabe descendit à travers la nuit tranquille et vint nous apprendre que la fête approchait.

Cinq ou six musiciens armés de tambourins, autant de femmes voilées escortées d'un grand nombre d'Arabes qui s'invitaient d'eux-mêmes au divertissement, apparurent enlin au milieu de nos feux, formèrent un grand cercle, et le bal commença.

Ceci n'était pas du Delacroix; toute couleur avait disparu pour ne laisser voir qu'un dessin tantôt estompé d'ombres confuses, tantôt rayé de larges traits de lumière, avec une fantaisie, une audace, une furie d'effet sans pareille. — C'était quelque chose comme la Ronde de nuit de Rembrandt, ou plutôt comme une de ses eaux-fortes inachevées : des têtes coiffées de blanc et comme enlevées à vif d'un revers de burin ; des bras sans corps, des mains mobiles, dont on ne voyait pas les bras ; des yeux luisants et des dents blanches au milieu de visages presque invi sibles ; la moitié d'un vêtement attaqué tout à coup en lumière et dont le reste n'existait pas, émergeaient au hasard, et avec d'effrayants caprices, d'une ombre opaque et noire comme de l'encre. Le son étourdissant des flûtes sortait on ne voyait pas d'où, et quatre tambourins de peau qui se montraient à l'endroit le plus éclairé du cercle, comme de grands disques dorés, semblaient s'agiter et retentir d'eux-mêmes. En dehors de cette scène étrange, on ne voyait ni bivouac, ni ciel, ni terre ; au-dessus, autour, partout, il n'y avait plus rien que le noir, ce noir absolu qui doit exister seulement dans l'œil éteint des aveugles.

Aussi la danseuse, debout au centre de cette assemblée attentive à l'examiner, se remuait en cadence avec de longues ondulations de corps ou de petits trépignements convulsifs, tantôt la

BARBARIE ET SAHARA. W

tête à moitié renversée dans une pâmoison mystérieuse, tantôt ses belles mains allongées el ouvertes comme pour une conjuration.

^ Eugène Fromentin.

politesse des arabes en algérie

Le mot salamaleky que nous avons pris aux Arabes, suffitàmontrer combien les musulmans tiennent aux formules d'urbanité, de quel prix ils estiment cette monnaie courante de la politesse, qui, suivant le mot d'un gentilhomme français, est celle qui coûte le moins et qui rapporte le plus.

Personne, en effet, mieux qu'un Arabe ne sait entourer son abord de ces caresses de langage qui facilitent l'accès et préparent un accueil gracieux et favorable ; personne ne sait mieux se conformer aux exigences respectives des positions sociales, en traitant chacun suivant son rang.

On vous donne ce qu'on vous doit et rien de, plus, mais rien de moins.

Tout est gradué ; tout aussi est, en quelque sorte, réglementé, et fait l'objet d'une théorie traditionnelle dont les préceptes sont répétés avec soin par les pères et pratiqués par les enfants avec l'attention qu'ils accordent respectueusement à toutes les leçons de la sagesse des ancêtres

L'étiquette officielle est rigoureuse, chaque signe en est noté scrupuleusement.

L'inférieur salue son supérieur en Jui baisant la main s'il le rencontre à pied, le genou s'il le trouve achevai.

Les marabouts et les tolbas, les hommes de la religion, à quelque titre qu'ils lui appartiennent, savent concilier la fierté qu'au fond du cœur ils ont pour la sainteté de leur caractère, l'orgueil de leur caste, avec leur pieuse humilité.

Ils retirent vivement la main, mais ne la dérobent au baiser qu'après que le simple fidèle s'est mis en posture de le donner.

Ils se prêtent à une respectueuse accolade et se laissent effleurer des lèvres la tête ou l'épaule.

Quand un inl'érieur à cheval aperçoit sur sa route im homme tout à fait considérable, il met pied à terre de loin pour lui embrasser le genou.

Deux égaux s'embrassent sur la figure, ou, s'ils ne sont pas amis, se touchent légèrement la main droite, et chacun se baise ensuite Tindex.

Quand passe un chef, tout le monde se lève et le salue en se croisant les mains sur la poitrme.

En outre, dans les grandes occasions, comme une entrée triomphale, le retour d'une heureuse et longue expédition, ce que nous appellerions enfin une cérémonie publique, dans tout ce qui est prétexte à fantasia, les femmes et les jeunes filles poussent avec ensemble des cris de joie sur un ton aigu qui ne manque pas d'un certain charme.

(iénénil Daumâs, Mœurs et Covitimea de V Algérie.

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