LES SANTONS AU MAROC (MŒURS MUSULMANES
Au Maroc, pour êlrc inscrit au catalogue des saints, il suffit d'être fou, idiot, imbécile, ou même de savoir paraître tel. Le titre de saint se donne aussi à quelques sombres dévots qui savent étonner par des pratiques ou des mœurs singulières : ceux-là sont les plus malfaisants. Le respect dont les musulmans entourent les insensés aurait quelque chose de touchant s'il s'adressait toujours à des infortunés privés de raison et s'il exprimait une pitié inspiréeparlemalheur.MaiSjOuIrequeles privilèges accordés aux snints constituent un outrage permanent à la raison et aux mœurs, ils couvrent le plus souvent l'hypocrisie et les vices grossiers de ceux qui demandent à cette singulière profession des avantages plus enviables que ceux qui résultent de la vie ordinaire. Beaucoup de fourbes affectent donc les dehors de la folie et profitent de la crédulité, qui songe rarement à examiner leurs droits ou à contester leurs privilèges et leur sainteté. Les uns sont fous furieux, les autres rient sans cesse aux éclats, d'autres pleurent, d'autres ne cessent de parler à haute voix ou de débiter des paroles habilement ménagées pour l'effet qu'ils en attendent. La foule recueille ces paroles comme autant de révélations. « Leur esprit, dit-on, s'est envolé à Dieu! Emcha and Allah I » Chaque fois que leurs lèvres laissent échapper des notes entrecoupées, c'est Dieu même qui se substitue à leur raison absente et qui prononce des oracles. 11 est aisé de concevoir tout ce qui résulte d'une semblable opinion profondément enracinée. Lorsqu'un saint affirme quelque fait, ce fait, (ût-il contraire à l'évidence, est aussitôt accepté comme incontestable.....
Narcisse Cotte, le Maroc contemporain.
LES TOUAREO
Les Touare«f, une des grandes branches de la famille berbère, sont les véritables enfants du désert. Leur taille est assez élevée, leur tournure ne manque pas d'une certaine majesté. Ils ont le front haut, mais étroit, les yeux expressifs, le nez presque aquilin, les lèvres peu épaisses ; ils appartiennent à la race caucasique, et sont en général presque aussi blancs que les habitants du midi de TEurope. Ils portent de grandes moustaches, qu'ils dérobent sous un voile épais. Lorsqu'on leur demande le motif qui les engage à se couvrir le visage, ils répondent « que les hommes de leur dignité ne doivent pas se laisser voir ».
Quand ils prennent leurs repas, ils se cachent derrière leurs boucliers. Cet usage n'est qu'une précaution hygiénique contre la poussière soulevée continuellement par le vent du désert.
Vêtus d'un burnous et d'un voile bleu qui s'enroule autour de leur visage, armés de longs fusils à silex, d'un sabre recourbé, d'un poignard et d'une lance, tenant à la main un bouclier de peau d'hippopotame, tour à tour guerriers et pasteurs, les Touareg sont les rois absolus du Sahara, qu'ils parcourent sans cesse, conduisant, rançonnant ou pillant les caravanes.
Leurs espions, répandus en tous sens, les tiennent en éveil sur les moindres incidents des plaines sans fin du Sahara. Une télégraphie mystérieuse les prévient immédiatement du passage d'un convoi de marchandises ou des préparatifs de guerre d'une tribu ennemie. Ils sont toujours prêtsau départ; ils plientleurs tentes, s'élancent sur leurs légers maharaj et ont bientôt atteint le but vers lequel ils tendent. On prétend que leurs dromadaires parcourent en un seul jour la distance de quatre-vingts lieues; aussi un proverbe arabe dit-il avec raison que la « vraie richesse des Touareg, ce sont les raahara » .
Que de sollicitude, que d'attention pour ces montures dociles et rapides !
BARBARIE ET.SAHAllA. 237
Les Touareg aiment passionnément la vie indépendante; pins ^sensibles en général anxjoies brutales des combats qu'au bonheur tranquille de la paix, ils semblent peu soucieux des vertus patriar- <^ales et des préceptes religieux. Ils sont musulmans, mais prient peu, ne jeûnent point et ne font pas les ablutions prescrites. Le Ooran ordonne de soigner les animaux; ils sont plus expcdilifs : d'un seul coup de sabre ils leur tranchent la tète.
Ils remplacent les prières par des chants guerriers, et les fèt(»s religieuses par des simulacres de combats.
La guerre, la chasse, les razzias, les courses sans fm dans ces plaines immenses, tels sont les plaisirs dont s'enivrent ces intrépides enfants du désert. Leur patrie leur paraît préférable à toutes les autres contrées. « Qui voudrait jamais la quitter? disent-ils. La vie y est bonne et libre, et c'est un be:ui pays ! Le gibier y fourmille, la chasse y est facile; les chèvres, les brebis el les chamelles y sont des sources de lait. Beau pays, aimé de Dieu el loin des sullans! »
« Toutes les armes sont à craindre, s'écrient-ils encore; mais la meilleure, c'est le sabre, le large sabre de Hadamèsou du Maroc.
» Les balles et le fusil trompent souvent.
» La lance est la sœur du cavalier, mais elle peut le trahir.
» Le bouclier, c'est autour de lui que se groupent les malheureux.
» Le sabre! le sabre ! c'est l'arme du Targui ', quand le cœur est aussi fort que le bras. »
Par malheur, ces vertus grossièies dégénèrent trop souvent
on brigandage.
W. C, Peuples et voyageurs contemporains.