LE LUXE CHEZ LES NOUERR ET LES BARI ( HAUT NIL
Les Nouerr frottent leurs corps de cendre et se servent d'un mélange de cendre et d'urine de vache pour se teindre les cheveux en rouge; ce qui leur donne un aspect affreusement diabolique
Les hommes portent au cou des colliers de perles fort lourds; aux bras, des anneaux qui sont en haut faits d'ivoire et au poignet fabriqués en cuivre, sans compter un horrible bracelet de fer massif qu'arment des pointes longues d'un pouce à peu près et qui ressemblent aux griffes d'un léopard.
Quant aux femmes, pour achever de s'embellir, elles pratiquent une incision dans leur lèvre supérieure et s'y plantent un fil de fer qui s'avance de quatre pouces, comme la corne d'un rhinocéros, et qu'elles ornent de verroteries. Elles sont hideuses. Les hommes, malgré leur taille et leur vigueur, ne sont guère plus beaux. Leurs pipes contiennent près d'un quart de livre de tabac, et, si le tabac vient à leur manquer, ils y fument du charbon de bois. Le sac qu'ils suspendent à leur cou est sans doute destiné à contenir les cadeaux qu'on leur fait.
La polygamie est permise chez eux, comme chez la plupart des sauvages qui habitent les climats chauds; et, lorsqu'un homme est très-âgé, ses nombreuses jeunes femmes deviennent l'héritage de son fils aîné.
Leurs demeures sont des modèles de propreté. Chaque famille a un domicile entouré d'une haie impénétrable d'euphorbes.
Dans un coin de la cour on enterre les membres de la famille, et sur la sépulture on pose à un bout un plateau supportant des crânes de bœuf garnis de leurs cornes, à l'autre une touffe de plumes de coq. Les femmes bari ont généralement la tête rasée. Comme celles desCheur, elles portent pour tout costume un tablier d'environ six pouces, élégamment brodé en perles ou fait de petits anneaux de fer, semblable à une cotte de mailles; par derrière pend la queue accoutumée, faite de lanières de cuir fort déliées ou de ficelles fabriquées avec le colon du pays. Ce tablier et la queue qui l'accompagne sont attachés à une ceinture qui entoure le bas du torse, en sorte que la toilette de ces dames est achevée tout d'un coup. A la rigueur, cette queue ne manquerait pas d'utilité si elle pouvait leur servir à chasser les mouches, vrai fléau du pays. Au reste, l'ensemble de la parure est en apparence plus compliqué. Elle n'est en effet complète que lorsque l'estomac, le dos, les côtes et le ventre sont couverts d'un tatouage serré qui ressemble à des écailles de poisson et auquel un enduit d'ocre rouge donne l'air de briques nouvellement cuites.
Les hommes se parent des mêmes tatouages et de la même ocre. Ils sont bien faits. Pas plus que les femmes, ils n'ont le nez épaté ni les grosses lèvres que nous considérons comme les traits caractéristiques des nègres. Leur figure est régulière, mais leur chevelure reste laineuse. Us n'en conservent qu'une petite touffe au sommet de la tête, où ils plantent une ou deux plumes.
Chaque homme porte sur lui ses armes, sa pipe et son tabouret, et, quand il est posé debout sur un pied, il les tient à la main, sauf le tabouret, attaché à son dos. Leurs flèches sont empoisonnées ou avec une résine qui vient d'un pays lointain, à l'ouest de Gondokoro, ou avec le suc d'une espèce d'euphorbe commune aux environs. Les pointes en sont faites avec une habileté diabolique. Les unes sont fixées au bois par des emboîtures; les autres se détachent lorsqu'on essaye de les retirer et restent dans lables-
sure, de façon que le poison s'absorbe avant qu'on ait pu retirer la pointe de la flèche. Les arcs sont formés de bambous mâles, toujours tendus, très-durs, mais dépourvus d'élasticité. Quant aux flèches, dénudées de plumes, ce ne sont que des roseaux ou des baguettes de bois léger dont la base est un peu renflée pour ofirir un point d'appui à la corde. Celle-ci ne se tire pas de la façon ordinaire. La flèche n'est tenue qu'entre la jointure du milieu de l'index et le pouce, de façon que. Tare n'ayant aucune élasticité, la portée des flèches ne dépasse pas cent dix mètres.
RAKEn, Voyage à V Albert Nyanza ou lac Albert^ (rad. par Relin de Launay (Tour du monde).