‹ Moeurs et caractères des peuplesChapitre 124 sur 132 · RÉCEPTION CHEZ LE SOUVERAIN DE LONDA · texte numérisé non relu

RÉCEPTION CHEZ LE SOUVERAIN DE LONDA

il me vînt à la pensée de montrer la lanterne magique à Chinte et à sa cour. Je trouvai à l'heure convenue mon chef sauvage, environné de ses dignitaires et de ses femmes. Le premier tableau représentait le sacrifice d'Abraham ; les personnages étaient aussi grands que nature et les spectateurs ravis trouvaient que le patriarche ressemblait infiniment plus à un Dieu que toutes les images de terre ou de bois qu'on offrait à leur adoration. Les femmes écoutaient mes explications avec un silence respectueux ; mais lorsque, remuant la glace où l'image était imprimée, le couteau qu'Abraham tenait levé sur son fils vint à se mouvoir en

se dirigeant de leur côté, elles supposèrent que c'étaient elles qui allaient être égorgées à la place d'Isaac, et, se mettant à crier toutes à la fois : « Ma mère ! Ma mère ! > elles s'enfuirent pèlemèleense jetant les unes sur les autres, tombèrent sur les petites huttes qui renferment les idoles, foulèrent aux pieds les plants de tabac, mirent en pièces tout ce qu'elles rencontraient. Il nous fut impossible de les rassembler de nouveau. Toutefois, Chinte resta bravement assis au milieu de la mêlée et ensuite examina l'instrument avec un vif intérêt.

Au boutd'une dizaine de jours, Chinte vint me faire une visite dans ma tente, et, fermant bien toutes les ouvertures, il lira de son vêtement un collier auquel était suspendue l'extrémité d'un coquillage conique ayant aux yeux de ces peuplades autant de valeur que les insignes du lord-maire peuvent en avoir à Londres; puis, me le passant autour du cou : « Maintenant, me dit-il, vous avez une preuve de mon amitié. » Cette décoration, c'était sans doute quelque chose comme la grand'croix de l'ordre de Londa.

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