‹ Moeurs et caractères des peuplesChapitre 126 sur 132 · ÉCHANGE DU 8AN0 DANS L'AFRIQUE CENTRALE · texte numérisé non relu

ÉCHANGE DU 8AN0 DANS L'AFRIQUE CENTRALE

Saïd Mezroui, notre guide, allait devenir frcre de Pakouanéhoua ; je me rendis au village de Mékéto pour être témoin de la curieuse cérémonie. Je trouvai Pakoua assis en plein air et surveillant la peinture du front de sa femme, ce qui semblait être pour lui une affaire sérieuse. L'artiste, muni des couleurs voulues, préparées à Thuile, chacune sur une feuille séparée, étendit ses différentes teintes avec un couteau sur le front de la dame, forma soigneusement son dessin, puis enleva les bavochures, de manière à ne laisser que des lignes très-nettes.

L'opération terminée, le chef m'invita à venir chez lui. Sa case avait environ vingt pieds de côté sur chaque face. Les murs on étaient ornés de carrés blancs, jaunes, rouges, bordés de raies blanches et de raies noires. De ces carrés, les uns étaient unis, les autres semés à profusion de points blancs formés avec le bout du doigt.

Intérieurement, les parois étaient lambrissées d'un enduit très-lisse, jusqu'à une hauteur de quatre pieds. De chaque côté de la pièce, se trouvait une banquette en pisé, de trois pieds de large, tapissée de nattes et faisant l'olïîce de divan. Dans l'un des coins était une grosse pile de ces blocs de bois dont on fait des écuelles; dans l'autre, un foyer qui servait le soir et les jours de pluie. Comme dans toutes les cases des indigènes, la fumée n'ayant pas d'autre issue que la porte, l'intérieur de la toiture, où séchaient des bois d'arc et des hampes de lance, était revêtu d'une couche de suie d'un noir brillant. Un lit d'argile battue, parfaitement unie, formait le parquet.

Tout d'abord je ne distinguai rien de ce qu'il y avait autour de moi, puis mes yeux s'habituèrent à l'obscurité de la pièce, et je vis une grande quantité de gourdes, de vases et de marmites suspendus aux solives. L'ordre qui régnait partout prouvait que la maîtresse dé la maison était une parfaite ménagère.

Vint enfin la cérémonie. Après un certain nombre de discours, Saïd et Pékouanéhoua échangèrent des cadeaux, au grand bénéfice du premier, d'autant plus qu'il m'avait emprunté les perles dont il fit présent, et qu'il oublia de me les rendre. Ensuite Pékouanéhoua exécuta un air sur son harmonium : puis il fut procédé à la fraternisation. Le premier notable de la province était parrain du chef; un de mes soldats remplissait le môme office auprès de Saïd. Lors donc que Pakoua eut joué son air, on pratiqua au poignet de chacun des présentés une légère incision, juste suffisante pour obtenir un peu de sang, qui fut recueilli chez l'un, puis déposé sur la coupure de l'autre, où une friction l'introduisit, et réciproquement.

L'échange du sang ayant eu lieu, le parrain du chef plaça sur l'épaule de celui-ci la pointe d'une épée qu'il tenait à la main. Sur cette épée, le parrain de Saïd aiguisa son couteau ; en mémo temps, l'un et l'autre appelèrent sur Pakouànéhoua et sur tous les membres de sa famille, passés, présents et futurs, les malédictions les plus véhémentes, si jamais il lui arrivait de briser en action, en parole, le lien qu'il contractait, demandant qu'en pareil cas sa tombe et celle de chacun de ses parents fussent souillées par les pourceaux. La même formalité s'accomplit à l'égard de Saïd; dès lors rien ne manqua au pacte fraternel, et nous nous retirâmes....

Cameron. a travers V Afrique, {Tour du Monde.)

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