LES ^MALGACHES
Les indigènes de Tamatave me semblèrent encore plus affreux que les nègres ouïes Malais; leur physionomie offre l'assemblage de ce que ces deux peuples ont de plus laid : ils ont la bouche grande, de grosses lèvres, le nez aplati, le menton proéminent et les pommettes saillantes ; leur teint a toutes les nuances d'un brun sale. Beaucoup d'entre eux ont pour toute beauté des dents régulières et d'une blancheur éclatante, quelquefois aussi de jolis yeux. En revanche, leurs cheveux noirs comme du charbon, crépus et cotonneux, mais infiniment plus longs et plus rudes que ceux du nègre, atteignent quelquefois une longueur de près d'un mètre. Quand ils les portent vierges, cela les défigure au delà de toute expression ; leur visage se percj dans une vaste et épaisse forêt de cheveux crépus. Heureusement les hommes les font couper tout ras sur le derrière de la tête, tandis qu'ils les laissent pousser par devant, tout au plus de quinze à vingt centimètres ; mode qui leur donne aussi un air très-drôle, car les cheveux montent tout droit en forme de toupet finement crépu ; mais ce n'est pourUint pas aussi affreusement laid que la forêt vierge.
Les femmes, et quelquefois aussi les hommes fiers de leurs précieuses chevelures et qui ne peuvent se décider à la couper, en font une multitude de petites tresses, que les uns laissent pendre tout
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autour de la lèlc, dont d'autres forment des nœuds ou des torsades dont ils se couvrent toute la tête. Ce genre de coiffure exige un temps et un travail infinis, surtout chez les femmes malgaches d'un rang élevé, qui font arranger leurs cheveux en un nombre infini de petites tresses. J'en ai compté plus de soixante chez une de ces merveilleuses beautés. Les esclaves de la bonne dame avaient certainement mis une journée à les faire. 11 est vrai qu'une pareille coiffure ne demande pas à être renouvelée à chaque instant et se conserve huit jours et plus dans toute sa beauté.
La nourriture des Malgaches est aussi simple que leur costume : les principaux éléments du repas sont le riz et une espèce de légume qui ressemble à nos épinards et qui serait de très-bon goût si on ne l'apprêtait pas avec de la graisse rance. Les gens qui vivent près des fleuves ou sur les côtes de la mer mangent aussi quelquefois, mais très-rarement, du poisson. Ils sont beaucoup trop paresseux pour s'occuper sérieusement de la pêche. Quant à la viande ou à la volaille, bien qu'on la trouve en grande abondance et aux prix les plus modérés, on n'en mange que dans les grandes occasions.
Ida Pfeiffer, Madagascar (Tour du Monde).
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