CHASSE A L'ALBATROS
Dans ces luUes contre les éléments, l'homme n'a pour speclaleiir que le pétrel et l'albatros, les géants des oiseaux de mer ; seuls avec lui, ils affrontent les éléments déchaînés. Tandis que l'homme lire cet avantage de son génie, l'oiseau le doit à la puissance de son vol ; lorsque, pressé par un vent déchaîné, le navire tait ses vingt-sept kilomètres à l'heure sous une voilure réduite, les oiseaux planent majestueusement au-dessus de la pointe de ses mâts, qui donnent des oscillations de trente-cinq degrés ei décrivent un arc de soixante-dix degrés avec une vitesse vertigineuse qui met à l'épreuve la patience des passagers.
Les pétrels et les albatros qui suivent les vaisseaux sont guidés par leur gourmandise ; ils guettent les miettes qui sortent de ce navire, autour duquel ils trouvent la proie que TOcéan déchaîné cur refuse.
Ils ont dans le matelot un adversaire toujours prêt à leur tendre des embûches : les uns font voler des lignes de soie où le fouet de leurs longues ailes s'engage; les autres leur jettent des lignes bien amorcées. L'hameçon a-t-il pénétré le cartilage d'un bec, la lutte commence ; le matelot, habile pêcheur, rend la main ; sa ligne ne saurait résister aux efforts d'une envergure de quinze pieds, qui s'arc-boute subitement; l'oiseau cède à la douleur, il se rapproche peu à peu de l'arrière du navire ; la lutte n'est bientôt plus possible, l'eau pénètre dans le large bec qu'il ne peut plus clore, son dernier effort est bientôt annulé, il s'enlève et demande à l'air une résistance que l'eau lui refuse. Semblable à un cerf-volant, il donne des coups de tête ; mais dès qu'il a quitté le milieu résistant, il est devenu une proie assurée; bientôt il i'si jeté sur le pont comme ime épave; lui, l'oiseau du large, le
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voilier émërite, ne peut s'échapper de ce plancher mouvant ; il a le mal (te mer comme un novice ; il devient la risée du matelot, qui se venge, car il n'est pas rare que, lorsqu'il tombe à la mer^ l'albatros lui lance de forts coups de bec sur la tête. Sa mon est décidée ; c'est à qui aura la dépouille du puissant palmipède.
Angdral Fleuuiot de Langle, Tour du Monde.