LE PAYSAN FRANÇAIS
Que manque-t-il à ces populations utiles, actives, moins vicieuses que celles des villes, auxquelles on ne saurait, en général, reprocher d'autres défauts graves qu'une disposition à l'avarice et peu de bonne foi dans les transactions ? Elles sont moins amollies qu'aucune autre classe de la société, elles savent supporter sans se plaindre les travaux les plus pénibles et la vie la plus dure. Elles restent saines et fortes, elles ont peu de besoins, elles ne craignent ni les privations ni l'absence de plaisirs. Rien de plus sévère ni de plus simple que leur vie. Peu de distractions, peu de goût pour les recherches de la toilette, encore moins pour celles de la table.' La vieille simplicité et les habitudes modestes de la classe moyenne se conservent encore dans nos villages, même au sein de l'aisance. Il leur manque cependant un grand élément de force, l'énergie d'un ressort moral, un mobile plus élevé et plus noble que l'intérêt personnel. On sent trop d'égoïsme au fond de leurs vertus. Tout ce qu'elles font de bien, elles le font avec une arrière-pensée trop visible pour obtenir un résultat matériel, tranchons le mot, un bénéfice. On voudrait découvrir à la source de leurs actions un principe désintéressé qui ne s'y trouve pas
A. MÉziÉRES, la Société française.