‹ Moeurs et caractères des peuplesChapitre 20 sur 132 · L'OUVRIER · texte numérisé non relu

L'OUVRIER

L'ouviicr ne ressemble pas au paysan. Ce sont comme deux populations distinctes, que le hasard rapproche quelquefois l'un de l'autre, mais dont les mœurs et les sentiments diffèrent. Tandis que le paysan vit seul, sans rapports étroits avec ses voisins, et non sans défiance à leur égard, l'ouvrier vit par troupes, au milieu de camarades auxquels la nécessité d'abord, puis l'habitude et l'instinct de la solidarité l'attachent. La vie commune développe en lui des qualités et des défauts qu'on ne retrouverait pas djins la vie solitaire du campagnard. Le cabaret, dont la porte s'ouvre sur sa route, à quelque heure qu'il arrive au travail ou qu'il en sorte, le cabaret, où il voit entrer ses compagnons, où ceuvci cherchent à l'entraîner, où l'attend un peu de repos et de gaieté, l'expose à des tentations journalières que le paysan connaît moins

On voit des ouvriers absorber en deux jours le béiléfice qui leur reste après une quinzaine de travail. Ni le mariage ni l'élévation du salaire n'y peuvent rien. Quelques-uns laissent mourir leur famille de faim pendant qu'ils boivent au cabaret. D'autres y entraînent leurs femmes et leurs enfants. Le ménage gaspille en commun. Les mieux payés, ceux qui gagnent dans certains métiers jusqu'à dix francs par jour, n'en sont pas plus sages pour cela et se trouvent à la fin du mois aussi pauvres que les plus pauvres. Ce défaut de prévoyance, qui du reste ne fait souffrir que ceux qui en sont atteints, est compensé chez l'ouvrier par une grande qualité, fort rare chez le paysan, la générosité. 11 faut entendre ce mot dans tous ses sens. L'ouvrier ne peut voir souffrir son voisin sans vouloir aussitôt lui venir en aide. Que de fois ne partage-t-jl pas son pain, ses vêtements, jusqu'à la dernière ressource, avec ceux qui n'ont rien ! Que de fois des ménages pauvres et chargés d'enfants n'ont-ils pîis adopté un orphelin

abandonné, pour ne pas le laisser sans secours sur le pavé d'une grande ville ! Une collecle de bienfaisance est toujours accueillie

dans les ateliers avec une sympathie touchante

Toutes les idées généreuses y pénètrent, du reste, à leur tour, et y excitent un noble enthousiasme. Aucun publié n'écoute avec plus de recueillement et n'applaudit avec plus de chaleur uno parole élevée que le public populaire

A. MÉziÈRES, la Société française.

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