MINEURS DU CREUZOT
Je demandai un habit de mineur, un marteau, une lampe, et me dirigeai vers un des puits de la houillère. L'ingénieur Zulma, en homme qui aime son métier, était charmé de la métamorphose et me fit les honneurs du gouffre qui devait nous livrer aux noirs domaines souterrains.
Naguère la descente dans un puils de mine était pleine de péripéties. Suspendu au bout du cûble, dans une tonne aux douves mal jointes, on allait battant contre les parois, parfois accroché par la tonne montante, craignant une chute de pierre ou d'outil, baigné par l'eau qui suintait de la roche, enfin sujet à mille accidents. « Nous avons changé tout cela », pouvait dire mon ami avec le médecin de Molière. A peine étions-nous arrivés sur la margelle du puits, qu'à un signal du contre-maître, une cage hissée parle câble, qui était mû à son tour par la
vapeur, vint se présenter à nous. Nous y entrâmes debout, et lii cage descendit en glissant te long de deux guides, énormes poutrelles de bois fixées dans le puits sur toute la hauteur. La cage estmunie d'un toit, en guise de parapierrc, et ce toit est surmonté d'un mécanisme particulier qu'on nomme parachute. Si le câble vient à se casser, un ressort , jusque -lA serré par le cible, se détend; il commande deux fortes griffes d'acier qui entrent dans le bois des guides. La cage reste suspendue dans le puits, et l'on procède au sauvetage. Que de vies d'hommes ont été ainsi préservées !
Je ne parle pas de la conservation du matériel, que l'invention des guides et
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que jamais assurée, non plus que de l'accélération du service.
que les cages guidées et superposées ont rendue possible dans les limites les plus étendues de vitesse et de charge. Gomme on le voit, le progrès est partout, dans l'ordre matériel non moins que dans Tordre moral : le monde marche ! comme Ta dit un penseur.
En quelques minutes, nous avions atteint le fond du puits, distant d'environ quatre cent cinquante mètres de la surface. Sur ce point débouche une large galerie munie d'une voie ferrée. Le long de cette voie roulent les wagons pleins allant vers les cages et les wagons vides se rendant aux tailles. C'est un va-et-vieni continuel. Des mules tirent les wagons ; on les lait descendre dans la mine par le puits, attachées au câble, et elles ne quittent plus ce sombre séjour. Elles ont une écurie confortable, sont soignées par des palefreniers, et sont portées au tableau de la mine sous des noms harmonieux et coquets qui rendraient jaloux les
chevaux de course eux-mêmes.
L. Simonin, le Creuzot et les mine$ de Saône-et-Laire {Tour du monde).