‹ Moeurs et caractères des peuplesChapitre 51 sur 132 · L'ESPRIT ANGLAIS (CITATIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

L'ESPRIT ANGLAIS (CITATIONS DIVERSES

L'Anglais a besoin d'exercice rude, il a les instincts militants, par suite le désir de vaincre et de se rendre l'orgueilleux témoignage qu'il accomplit une tâche difficile. De cela il y a mille indices. J'ai déjà noté les besoins du mouvement physique, les grandes marches des jeunes filles, l'habitude universelle du cheval ; le climat humide et froid réclame le jeu des muscles ; ajoutez les innombrables yachts de plaisance, les périlleuses courses au clocher, la chasse. Un ambassadeur aujourd'hui trèsconnu passait, quand il élait jeune, tout l'été eu Ecosse ; pendant six jours de la semjiine il chassait avec un camarade dans les Highlands, couchait en plein air, rentrait le samedi soir, repartait le lundi à quatre heures du matin. Nombre de jeunes gens et d'hommes faits vont tous les ans pêcher le saumon en Norvège, tirer le daim au Canada ou l'éléphant au Cap ; quant aux voyages pleins de dangers et de hardshipSy les femmes mêmes les affrontent, et seules; là-dessus, j'ai cinquante exemples pour un, et d'ailleurs leur réputation est faite. Appliquons ce besoin d'action et de lutte aux métiers et aux professions; il produira l'énergie nécessaire pour supporter la fatigue et l'assujettissement, surtout si l'on tient compte de deux circonstances qui allègent beaucoup le principal poids du travail moderne, je veux dire l'ennui. L'une est le tempérament flegmatique, qui supprime les sursauts d'idées, l'improvisation, les petites émotions intei'venantes, et

permet à rhomme de fonctionner avec la régularité d'une machine. L'autre est le manque de délicatesse nerveuse, l'insensibilité acquise, Thabitudc des sensations ternes, qui supprime en l'homme le besoin du plaisir vif et varié, et l'empêche de se révolter contre la monotonie de son ouvrage.

J'ai vu nettement cela en France en suivant dans une manufacture d'impressions sur étoffes le travail de deux ouvriers anglais parmi trente Français : longues figures froides, silencieuses, sans expression, sans distraction, sans hâte, qui se donnaient juste le degré de mouvement nécessaire, ne s'animaient et ne se détendaient jamais, et travaillaient aussi bien à la dixième heure qu'à la première. — En résumé, nulle autre issue aux facultés que l'action utile ; tyrannie de besoins nombreux auxquels le travail seul peut donner pâture; goût naturel pour l'essor physique et la lutte morale ; nulle aversion pour la monotonie du labeur insipide : il y a la de quoi faire, en toute carrière manuelle ou libérale, de puissants et patients ouvriers.

Par une conséquence très-naturelle, ce caractère est devenu ici le modèle idéal ; car tout peuple consacre et dresse sur un piédestal le type qui manifeste le mieux ses facultés et sert le mieux ses besoins. C'est pourquoi l'opinion et la morale disent à l'Anglais : « Travaille et concours à quelque œuvre utile ; sinon lu n'es pas un homme et tu n'as pas le droit de t'estimer. »

H. Taine, Notes sur l'Angleterre.

Le Français est surtout porté aux entretiens particuliers . Dans une conversation d'individu à individu ou dans un cercle restreint de trois ou quatre personnes, il est brillant, alerte, prodigue de lui-même. Il ne mesure point ses succès au nombre, mais à l'admiration de ses interlocuteurs ; il ne tient point du tout à convaincre et à conquérir, il lui suffit de surprendre et d'enchanter. Il aime mieux produire l'effet de la foudre qui vous éblouit jusqu'à vous fermer les yeux, que d'éclairer l'entretien d'une lumière lente, paisible et sûre. Aussi ne demande-t-il point à être écouté avec calme ou avec ferveur; il ne craint pas la con-

tradiclion, elle le provoque sans l'irriter; les obstacles qu'elle lui présente lui donnent l'occasion de rebondir et de déployer sa légèreté et son aisance. L'Anglais procède tout autrement : il vous écoule sans sourciller, et il attend que vous accueilliez sa réponse avec un semblable flegme. De même que l'idée ne lui viendrait pas de vous interrompre, il ne saurait admettre que vous vous jetiez au travers de sa réplique; il ne comprend pas les conversations à bâtons rompus ; il ne traitera un sujet qu'à la condition de s'y établir et de s'y installer; la contradiction n'est plus pour lui un obstacle qu'il franchit sans se ralentir, mais une barrière au pied de laquelle il s'arrête et où il accumule sa force. Aussi, en Angleterre, les conversations mêmes des salons ou des dîners se ressentent toujours un peu des allures politiques ; elles ont quelque chose de grave et de concentré, d'ordonné et de suivi.

Antonin Rondelet, Londres pour ceux qui vCtj vont pas.

L'Anglais réunit à la simplicité, au calme, au bon sens, à la lenteur germaniques, l'éclal, l'emportement, la déraison, la vivacité et l'élégance de l'esprit français.

Chateaubriand.

La mission de l'Angleterre est de perfectionner la civilisation générale dans ses voies industrielles et commerciales.

De LoMÉNiE.

L'Anglais est guidé par IMiabitude ; l'Écossais, par la réflexion et par l'impulsion ; l'Irlandais, par l'impulsion seule. Le premier est persévérant, mais tardif; le second a plus de légèreté dans l'esprit, mais aussi plus de fixité ; le dernier a la mobilité du vent, rien n'est solide en lui : c'est le ballon rempli d'air. L'Anglais en crédit est hautain, l'Écossais intrigant, l'Irlandais toujours vain.

MUDIK.

Il a été (lit que l'Anglais n'est jamais heureux que quand il est misérable, que l'Écossais n'est jamais à la maison, ai home^ que lorsqu'il est dehors^ que l'Irlandais n'est jamais en paix que lorsqu'il est en guerre.

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