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LE DIMANCHE EN DALÉCARLIE

Les paysans ont tous revêtu leurs habits du dimanche ; la coupe en est vieille de plusieurs siècles, la mode n'a pas encore pénétré à Lecksand *.

Ne regrettons pas son absence. C'est une fête pour les yeux que de contempler ces costumes bizarres où le rouge, le bleu, le vert et le jaune se marient avec bonheur, sans se heurter, car l'imagination des paysans dalécarliens est tempérée par le goût et par le sentiment inné du beau.

Quoi de plus gracieux, de plus éléganl, que ces longues jupes blanches relevées d'agréments rouges, qui sont le costume et comme l'uniforme des rameuses?

Ce pourpoint blanc, ouvert sur un justaucorps écarlate qu'un robuste garçon porte avec tant d'aisance, aurait fait rêver jadis notre jeunesse romantique, quand, éprise de la couleur, elle prétendait colorer le costume comme la langue ?

Sommes-nous transportés dans un autre siècle?

Ce père de famille avec son habita larges basques, ses souliers à boucles et son jabot de dentelle, n'est-il pas quelque bailli du bon vieux temps, qui juge d'après l'équité plutôt que d'après la coutume ?

El ces paysannes aux jupes courtes et bariolées, au corsage garni de bijoux, à la coiffuie étrange, ne sont-elles pas détachées de quelque missel du moyen âge, époque où l'humanité rajeunie aimait les tons tranchés, les nuances éclatantes, et

1. Lecksand est placé sur les bords du lac Silljan. Chaque dimanche on voit arriver de tous les points du lac des barques légères, effilées, peintes en rouge, en bleu ou en jaune, guidées avec agilité par cinquante rameuses.

se sentait attirée vers elles comme un enfant tourne ses yeux vers la lumière?

Les Dalécarliens ont conservé le culte de la couleur ; leurs costumes le prouvent, comme leurs habitations, comme les instruments de leurs travaux. Les rames de leurs barques sont sculptées et coloriées, et nous nous rappelions notre étonnement de la veille quand nous rencontrions, au milieu des champs, des moissonneurs portant culottes brodées et bas écariates, ou des bataillons de faneuses élevant sur l'épaule leur long râteau peint mi-parti de rouge et de jaune.

Chaque paroisse, chaque famille a ses couleurs favorites ; notre hôte nous indiquait en mauvais allemand les habitants de chacun de ces cantons, dont il nous racontait Thistoire, exhumait les souvenirs et énumérait les exploits

"Les longues pirogues sont venues lentement s'appuyer au rivage ; les paysans débarquent, les rameuses sautent légèrement à terre. Chacune d'elles porte un petit paquet qu'elle dénoue sur le rivage, se débarrasse rapidement de sa robe blanche, costume de travail, la remplace par une jupe et une guimpe aussi bigarrées que celles des autres paysannes, entoure son cou de chaînes d'argent, ses poignets de bracelets. La toilette est faite en un clin d'œil, à la face du soleil et des spectateurs.

Dalécarliens et Dalécarliennes se dirigent gravement vers l'église, portant sous leurs bras des ruissels enluminés ; les enfants les précèdent, chantant des cantiques. On dirait plusieurs processions serpentant le long des rampes fleuries du coteau et S(» rendantau même temple. Le pasteur lesaltend sur le seuil, revêtu de ses habits sacerdotaux; l'église est trop petite pour contenir les fidèles. Après le service, le pasteur monte sur un tertre et il parle : son auditoire s'assemble autour de lui en groupes pittoresques; nous seuls, avec nos vêtements modernes, faisons contraste au milieu de cette scène qu'on dirait renouvelée d'un autre îlge. Mais nous éprouvons un sentiment d'aflectueux respect pour ces populations qui, par leur seul aspect, révèlent le calme et la simplicité droite de leur âme, qui ont conservé le culte des tra-

ditions, et qui croiraient commettre un sacrilège en touchant a un usage consacré par le temps

Albert Vandal, En carriole à travers la Suède et la Norvège.

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