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UN CAMP DE LAPONS

Il était minuit, le ciel était splendide, nous résolûmes de mettre pied à terre et d'aller faire une visile au camp lapon, le prendre sur le fait et à l'improviste. Le coup d'œil qui s'offrit à nous en arrivant à cet établissement était des plus pittoresques.

Autour de grands feux, se pressaient des centaines de rennes, dont les cornes immenses, se touchant les unes les autres, formaient comme une forêt dans cette autre forêt d'énormes sapins qui faisait le fond du tableau. Deux jeunes Lapons et des chiens faisaient bonne garde autour des rennes. Ces animaux, couchés ou debout, ne semblaient, du reste, nullement songer à faire des escapades. Non loin de là était dressée la tente; ouverte au sommet pour laisser passer la fumée, elle était construite avec des troncs d'arbres recouverts de peaux de renne. Le vieux Lapon et sa femme, avertis par l'aboiement des chiens qu'il se passait quelque chose d'inusité, vinrent nous regarder en se frottant les yeux. Leur toilette avait été bientôt faite : lo Lapon se couche tout habillé et ne connaît pas le linge

La race des Lapons va toujours en diminuant. Elle est d'origine asiatique ; on le voit bien à la langue et au type de la physionomie de ces petits bonshommes, ils sont considérés comme les plus anciens habitants de la Scandinavie. Chassés par les Normands des pays cultivés, ils ont continué leur vie nomade dans les contrées que personne ne leur dispute. Les uns sont pêcheurs

et habitent le boni de la mer, principalement, sur les côtes seplenrionales de la Norvège ; les autres sont bergers et parcourent en tous sens les montagnes dont la mousse blanche nourrit leurs rennes et qui sont situées dans ces parages entre les 05' cl 71' degrés de latitude. Pendant les trois mois d'clé, le Lapon conduit son Iroupeau sur les hautes régions pour le soustraire aux grandes chaleurs et aux moustiques ; l'hiver, il cherche à se rapprocherdeshabitalions,principalomenlpourmieux se garantir des loups, ses ennemis acharnés, dont il ne parle jamais qu'avec

un sentiment de haine profonde. La providence du Lapon est son troupeau, qui le nourrit, l'habille et lui procure, par échange, de l'eau-de-vie et du tabac, seuls objets de sa convoitise.

Une famille laponne ne peut cependant subvenir à ses modestes besoins que si elle possède au moins deux cents rennes; les riches en ont jusqu'à mille. L'hiver, les patins aident les bei^ers dans leurs courses : ce sont, comme on sait, des planches étroites et relevées aux extrémités, longues de deux mètres. Un bon patineur fait facilement trenle lieues ou cent vingt kilomèlres en dix heures. La vie indépendante de ce peuple nomade n'est pas sans quelque charme. Habitué, dès son enfance, aux privations, aux fatigues de toutes sortes, le Lapon en souffre peu ; son corps acquiert une vigueur extraordinaire, et la plupari

de nos maladies lui sont à peu près inconnues. Lorsqu'on voyage il naît un enfant, la mère le place dans un morceau de bois creux où l'on a seulement ménage un trou grillé de barres de fer pour y loger la petite tête du nouveau-né ; puis elle met sur son dos cette bûche et poursuit sa course : quand elle s'arrête, elle suspend à un arbre sa chrysalide de bois, que le grillage protège contre la dent des bêtes féroces.

De Saint-Blaize, Suède et Laponie {Tour du monde).

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