‹ Moeurs et caractères des peuplesChapitre 8 sur 132 · DÉE D'UNE PUISSANCE SUPÉRIEURE CHEZ TOUS LES HOMMES · texte numérisé non relu

DÉE D'UNE PUISSANCE SUPÉRIEURE CHEZ TOUS LES HOMMES

Chez les nations les plus sauvages, jusque dans les peuplades que d'un commun accord on place aux derniers rangs de l'humanité, des actes publics ou privés nous forcent à reconnaître que partout l'homme a su voir, à côté et au-dessus du bien et du mal physiques, quelque chose de plus élevé ; chez les nations les plus avancées, des institutions entières reposent sur ce fondement.

La notion abstraite du bien et du mal moral se retrouve ainsi dans tous les groupes d'hommes. Rien ne peut faire supposer qu'elle existe chez les animaux. Elle constitue donc un premier caractère du règne humain. Pour éviter le mot de conscience^ pris souvent dans un sens trop précis et trop restreint, j'appellerai

moralité la faculté qui donne à Thomme cette notion, comme on a nommé sensibilité la propriété de percevoir des sensations.

Il est d'autres notions, se rattachant généralement les unes aux autres, et que l'on retrouve dans les sociétés humaines même les plus restreintes ou les plus dégradées. Partout on croit à un monde autre que celui qui nous entoure, à certain^ êtres myslérieux d'une nature supérieure qu'on doit redouter ou vénérer, à une existence future qui attend une partie de notre être après la destruction du corps. En d'autres termes, la notion de la Divinité et celle d'une autre vie sont tout aussi généralement répandues que celle du bien et du mal. Quelque vagues qu'elles soient parfois, elles n'en enfantent pas moins partout un certain nombre de faits significatifs. C'est à elles que se rattachent une foule de coutumes, de pratiques signalées par les voyageurs, et qui, chez les tribus les plus barbares, sont les équivalents bien modestes des grandes manifestations de même nature dues aux peuples civilisés.

A. DE QuATREFAGES, Unité de V espèce humaine.

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