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ORIGINE ET MOBILES DE L'INDUSTRIE HUMAINE

Toute activité, soit de corps, soit d'esprit, prend sa source dans les besoins ; c'est en raison de leur étendue, de leurs développements, qu'elle-même s'étend et se développe; l'on en suit la gradation depuis les éléments les plus simples jusqu'à l'état le plus composé. C'est la faim, c'est la soif, qui, dans l'homme encore sauvage, éveillent les premiers mouvements de l'âme et du corps ; ce sont ces besoins qui le font courir, chercher, épier, user d'astuce ou de violence ; toute son activité se mesure sur les moyens de pourvoir à sa subsistance. Sont-ils faciles, a-t-il sous sa main les fruits, le gibier, le poisson, il est moins actif, parce

i INTRODUCTION.

qu'en étendant le bras il se rassasie, et que, rassasié, rien ne l'invite à se mouvoir, jusqu'à ce que l'expérience de diverses jouissances ait éveillé en lui des désirs qui deviennent des besoins nouveaux, de nouveaux mobiles d'activité. Les moyens sont-ils difficiles, le gibier est-il rare et agile, le poisson rusé, les fruits passagers, alors l'homme est forcé d'être plus actif; il faut que son corps et son esprit s'exercent à vaincre les difficultés qu'il rencontre à vivre ; il faut qu'il devienne agile comme le gibier, rusé comme le poisson, et prévoyant pour conserver les fruits. Alors, pour étendre ses facultés naturelles, il s'agite, il pense, il médite ; alors il imagine de courber un rameau d'arbre pour en faire un arc, d'aiguiser un roseau pour en faire une flèche, d'emmancher un bâton à une pierre tranchante pour en faire une hache ; alors il travaille à faire des filets, à abattre des arbres, à en creuser le tronc pour en faire des pirogues. Déjà il a franchi les bornes des besoins ; déjà l'expérience d'une foule de sensations lui a fait connaître des jouissances et des peines, et il prend un surcroît d'activité pour écarter les unes et multiplier les autres. Il a goûté le plaisir d'un ombrage contre les feux du soleil : il se fait une cabane. Il a éprouvé qu'une peau le garantit du froid : il se fait un vêtement. Il a bu l'eau-de-vie et fumé le tabac: il les a aimés. Il veut en avoir encore: il ne le peut qu'avec des peaux de castor, des dents d'éléphant, de la poudre d'or, etc. ; il redouble d'activité, et il parvient, à force d'industrie, jusqu'à vendre son semblable.

VoLNEY, Voyage en Syrie.

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