‹ Moeurs et caractères des peuplesChapitre 91 sur 132 · LES SICILIENS · texte numérisé non relu

LES SICILIENS

Le soleil de la Sicile répand son active influence jusque sur le moral des habitants de cette île; les tètes siciliennes sont volcanisées comme le sol, brûlantes comme le climat. Le Sicilien est vif, gai, spirituel, doué d'un génie actif, d'une imagination exaltée, de passions fougueuses et d'un ardent amour pour son pays. Il est hospitalier, généreux, fidèle observateur de ses promesses. S'il commet un assassinat, ce n'est point par cupidité, mais par vengeance ; il considère celle-ci comme un droit et presque comme un devoir. Plus fier que sur le territoire napolitain, le bas peuple sicilien n'endurerait pas l'outrage d'un coup de canne; il s'en vengerait par un coup de couteau. Malgré son inertie physique, son activité morale offre tant de ressources, que l'éducation en ferait un peuple supérieur aux autres peuples européens ; mais l'ignorance est extrême, et l'on a le regret de dire que les gouvernements l'ont souvent maintenue plutôt que combattue* Cependant l'instruction élémentaire, en répandant l'usage de

l'écriture, inspire plus fiicilement l'amour de l'ordre et de l'économie, met le peuple à même de profiler de quelques lectures à sa portée, entretient en lui le sentiment de ses devoirs, et dispose l'agriculteur el l'artisan à s'instruire des meilleurs procédés employés dans leur état. Un changement si grand dans les mœurs populaires est-il donc si dangereux? Un peuple instruit dans le respect des lois n'est-il pas plus facile à diriger et à maintenir dans une sage obéissance que celui qui ne connaît que l'empire de la force et la soumission de la crainte?

Malte-Brun, Géographie universelle.

Page 1