‹ Moeurs et caractères des peuplesChapitre 96 sur 132 · LE MONTÉNÉGRIN · texte numérisé non relu

LE MONTÉNÉGRIN

Quoique frères des Serbes du Danube, les habitants delà Montagne Noire se distinguent par des traits spéciaux qu'ils doivent à leur vie de combats incessants, à l'élévation et à l'âpreté du sol qui les nourrit, et sans doute aussi au voisinage des Albanais. Le Monténégrin n'a pas les allures tranquilles du Serbe de la plaine; il est violent et batailleur, toujours prêt à mettre la main sur ses armes; à sa ceinture il a tout un arsenal de pistolets et de couteaux; même en cultivant son champ, il a la carabine au côté. Récemment encore il exigeait le prix du sang. Une égratignure même devait se payer, une blessure valait une autre blessure, et la mort appelait la mort. Les vengeances se poursuivaient de génération en génération entre les diverses familles, tant que le compte des têtes n'était pas en règle de part et d'autre, ou qu'une compensation monétaire, fixée d'ordinaire par les arbitres à dix sequins par « sang », n'était pas dûment payée. De nos jours, les cas de vengeance héréditaire sont devenus rares; mais, pour remplacer la justice coutumière, la loi édictée par le prince a dû se montrer d'une sévérité terrible : meurtriers, traîtres, rebelles, réfractaires, voleurs doublement récidivistes, incendiaires, infanticides, coupables de lèse-majesté, profanateurs du culte, tous sont également condamnés à la fusillade

Élisér Reclus, Nouvelle Géographie universelle.

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