‹ Moeurs et portraits du tempsChapitre 21 sur 80 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LE CRÉDIT FONCIER, seul.

Un ami ! un véritable ami I comme s'il en restait sur ce globe de malheur. (Etendant le bras^ vers la porte.) \a^ je t'ai pénétré, j'ai lu clair dans ton âme. Tu joues à la baisse sur nos actions , rien de plus évident; tu fajs cause commune avec notre Attila, notre fléau, celui qui écrase nos cours quand il le peut, et n'y épargne pas les millions. Voilà ton rôle, voilà ta manœuvre, c'est prouvé maintenant. Petit serpent! couleuvre réchauffée dans mon sein ! Et moi qui l'écoutais I moi qui discutais avec lui! moi qui y mettais de la bonhomie! (Avec

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unsourire mal contenu.) OsimjlïcUé de mon c<Biir« quels tours abominables tu me joues !

( // se redresse comme un homme qui vient cTétre frappé d^une idée imprévue, reste immobile pendant qnelques instants^ puis joint exprès^ sivement les mains. )

Là! là! là i Gomment n'y ai-jé pas songé plus tôt? Pourtant la cbose saute à l'œil : impossible de s'y abuser. Ce garçon vient de me parler du gouvernement : qu'est-ce à dire? Me minerait-on en haut lieuf Essaierait-on de m'y desservir? Il y a des gens si sournois ! (// réfléchit; une pause. ) Point d'illusion ; je suis toléré^ voilà tout : on m'épie» on me surveille, on ne cherche que l'occasion de me trouver en défaut. (Autre pause. ) Comment déjouer ces trames? Où prendre un point d'appui? (// se recueille.) Si je joignais mon affaire à

l'une de celles qui sont en faveur? Si je me rapprochais des hommes qui ont le vent pour eux, l'oreille des grands et un crédit inébranlable? Voilà une combinaison : mûrie, elle doit réussir. (Faisant quelques apprêts pour sortir.) En allant voir ce qui se passe à la Bourse, j'y réfléchirai.

De quoi s*agitil? de se ménager quelques défenseurs , là où ils sont utiles. Pour peu que

j'aie de chance, je dois en trouver et de premier

choix.

(// achève ses préparatifs d^un air distrait^ et dans sa préoccupation détache son schapsha et son grand sabre polonais. Déjà même il vient de ceindre le sabre et de se coiffer du schapska^ lorsqu'il s'aperçoit de sa méprise. Il en rit de bon cœur; ses secrétaires V imitent.) Où avais-je Tesprit? Comme si j'allais en guerre! Cest bien aussi une guerre ; mais elle exige d'autres aunes que celles-ci. ( Il donne quelques ordres pour le travail des bureaux.) A quatre heures, la signature ; tenez les dépèches préparées. {A part.) Décidément, il faut que je me renforce, il faut que je me renforce ! (// sort. )

LA BOUaSB

Le perron de la Bourse k midi et demi, mi pea mai l'ontertare. — Des groapes sont formés vers les abords du monument etsartoDt aax deux oa?ertares des grilles : c^ et la des individus pérorent f gesUcalent et paraissent fort échaalTés. Ce sont les Golportears de nouvelles fausses ou vraies qui doivent agir dans un sens ou l'autre sur la tenue des fonds. — A gauche et sur le préau placé hors de Teneeinie stationnent d'antres groupes que l'on peut nommer panachés , en raison du mélange des couleurs et des sexes. C'est Ik que se montrent tous les jours et de temps immémorial, des créatures qui n'ont de la femme que le nom, assistées de quelques vétérans de la rouge et noire qui leur servent d'intermédiaires dans leurs petites spéculations. Afin de ne pas perdre absolument leur temps, il en est, parmi ces joaeuses, qui s'escriment avec leor tricot, d'antres qui se contentent de serrer dans leurs bras d'abominables petits chiens; qoelqnesnnes, en vue des rigueurs de la saison , ont apporté leurs chaufferettes. Nulle part la conversation n'est plus animée. Les vieux courtiers au service de ces dames s'empressent de leur communiquer tous les bruits qu'ils ont pu recueillir et d'inscrire leurs ordres sur de petits eairés de papier.

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