‹ Moeurs et portraits du tempsChapitre 48 sur 80 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

L'AMÉLIORATION DBS JOOKBTS

( L*inspection commence^ on sait que le marquis et le vicomte en sont particulièrement chargés. Le marquis y apporte des dispositions trèsrigoureuses, le vicomte y met plus de laisseraller: on dirait quHl ne prend pas l'institution au sérieux. Quand le marquis fait une descente quelque part, le vicomte se contente de le suivre de loin etpresqu'en maugréant. Aussi appellerons-nous le marquis,premier inspecteur, le vicomte second inspecteur; c'est le zèle qui a déterminé les rangs.)

PREMIER INSPECTEUR, entrant brusquement dans une taverne du faubourg Saint -Honoré. Des jockeys y sont réunis et s"" apprêtent à dévorer un succulent rosheef flanqué de pommes de terre. Ah ! enfln, je vous y prends, enfants d'Albion ! Ne

DE LA SOCIÉTÉ D'£NG0UBA6£MENT. 2i3

VOUS gênez pas* ( Se tournant vers son collègue gui le suit flegmatiguement.) Vous le voyez , vicomte , ces marauds nous fout croire qu'ils vivent de racines et ils se livrent à des bombances chez le gargotîer.

DEUXIÈME INSPECTEUR

Je m*en doutais, marquis. Que voulez-vous?

C'est la nature qui reprend ses droits. L'Anglais est goinfre , quand il s'abandonne à son instinct. pREViER INSPECTEUR, s^ adressant à uu jocUeg. Comment ! vous augsf , Dick I vous qup je croyais consciencieusement absorbé dans l'usage de boissons sudori0ques I Vous qui aimez votre art et aviez pris goût à la bourrache ! Vous , en face d'un rosbeef, d*un rosbeef saignant , et cela quinze jours avant Ie$ courses. Oh Dick I vous êtes un grand coupable I [Dick répond par un grognement sourd qui y traduit en langue ordinaire peut passer pour une formule de désappointement ou de remords. Il promène un œi( farouche de ^inspecteur au rosbeef et du rosbeef à r inspecteur, de manière à faire croire quHl mangerait un morceau de

au LES INFORTUNES

tun OU de Fautre^ indistinctement , s^U notait contenu par le sentiment du devoir.)

DEUXIÈME INSPECTEUR, parlant à un autre

jockey.

Toi ici, Tom, quand tu devrais être entre deux couvertures à f inonder de tisanes et d'eau de Sedlitz I Tu ne sais donc pas , malheureux, que tu as encore dix kilogrammes à perdre !

( Tom riposte par une grimace qu*un Anglais est seul en mesure d! exécuter. Vidée d^étre séparé de son morceau de bœuf engendre chez lui des ferments de révolte qui pourraient aller jus^ qu*au crime, si t esprit de discipline ne les ré" primait. Cest le combat de la nature et de la civilisation; la nature est vaincue^ mais au prix dune grande lutte.)

PREMIER INSPECTEUR, à SOn COllègUC.

Que vous disais-je, vicomte; jamais nous n'améliorerons cette engeance. Un peu de chair fraîche et ils oublient leur destination. Quels cannibales ! quels ogres I

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