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a Lieutenant» dit -il, vous pouvez me rendre cette justice que j'ainaais le Fly autant que vous Faimiez vous-même et que je ne Taurais pas plus quitté que vous, si, par un jour de brouillard» il n'avait laissé ses pauvres débris sur un écueil de la mer Vermeille, Est-ce yrai , lieutenant?
— Oui, VOUS étiez dans ce temps-là un bon et loyal marin. Je vous rends volontiers ce témoignage.
a Ce ne fut donc pas par caprice, poursuivit David, que je Gs un autre embarquement. On armait V Albatros à Mobile, je m'y enrôlai comme second maître. Dieu me garde de mal parler de V Albatros; seulement il ne valait pas le F/y. Ce n'était ni la même légèreté sur l'eau , ni la même solidité dans le gros temps ; surtout ce n'était pas le même équipage. Vous me connaissez, lieutenant Baby^ vous savez que les coquins et moi n'avons jamais cadré ensemble ; eh bien ! vous vous ferez alors une idée de ce que j'ai souffert dans ma navigation sur VAlbatros. Le capitaine n'avait pas regardé d'assez près au choix de ses gens; pour les avoir à quelques piastres de moins, il avait embarqué tout ce qui se présentait, et]dans le nombre trois ou quatre garnements échappés des cellules de Philadelphie. Mauvaise compagnie et la suite ne le prouva que trop.
« Dans les premiers mois de la traversée , les choses marchèrent sur un pied décent. Il y avait
bien, par ci par là, quelques querelles entre matelots, des coups de poing échangés, des couteaux tirés; mais le capitaine y mettait bon ordre avec des corrections vigoureuses, administrées aux plus turbulents. Je puis dire que les maîtres l'aidaient dans cette besogne et que je ne m'y épargnais pas. Quand les vauriens virent qu'on le prenait ainsi, ils changèrent de conduite. Au lieu de mener du bruit, ils se mirent à monter un complot le plus mystérieusement possible, en séduisant ceux-ci et en effrayant ceux-là. Us disaient aux uns, qu'une fois maître du bâtiment, on aborderait dans une lie où chacun ferait souverain et aurait cinquante Indiens pour le servir; ils disaient aux autres que s'ils bougeaient ou soufflaient mot, on les couperait en morceaux, après leur avoir arraché le cœur pour le jeter aux requins. Voilà comment ces misérables menaient leur monde.
« Eu apparence, tout allait au mieux. Jamais l'équipage n'avait été plus soumis, jamais les manœuvres ne s'étaient mieux exécutées. Sur un mot du capitaine, on voyait les plus révêches monter dans les hunes par le mauvais temps et sans qu'il
leur échappât uo marmare. Encouraient -ils un châtiment, ils le recevaient d*une façon exemplaire et comme si leurs épaules eussent été de bois. Mais le diable n'y perdait rien et ils se promettaient bien, à part eux, de nous le rendre à la première occasion.
a Seul de tous les maîtres, j'avais des doutes sur ce qui se passait. Une nuit, pendant mon service, l'idée me vint de descendre à pas de loup dans la chambre où une portion de Téquipage reposait. Les hamacs étaient en ordre et les hommes couchés ; seulement, dans un coin, on se parlait à voix basse ; j'écoutai. Celui qui avait la parole était un scélérat fieffé, devenu libre depuis quelques mois seulement, après dix ans de cellule. Quels propos ! quel langage ! mes cheveux s'en dressaient d'horreur. Nous devions tous y passer, les officiers, les maîtres et quelques matelots suspects. D'ailleurs les moyens étaient pris et bien pris. La révolte devait éclater la nuit, pendant le sommeil du capitaine et quand il serait hors d'état de résister. On avait des armes, des munitions, et pour complice le mousse de chambre qui livrerait les clefe
de la soute aax poudres et avertirait les conjurés du moment opportun.
« Quand il ne me resta plus rien à apprendre, je me dégageai du mieux que je pus, mesurant mes pas, retenant mon soufQe, de manière à ne pas me trahir. Une fois sur le pont, je respirai plus libre* ment ; il me sembla que je sortais des entrailles de Venfer. Que faire? La trahison couvait partout; pour la déjouer et la punir, il fallait agir avec beaucoup de prudence. J'attendis que le capitaine reparût sur le pont et qu'il eût des ordres à me donner, pour l'informer de ma découverte. Je le fis en peu de mots; mais chaque niot avait son prix. C'était un homme de fer et qui savait se décider. A l'instant même, il rassembla l'équipage , fit attacher au grand mât le chef du complot, et donna Tordre de lui * administrer cent coups de corde, puis de le mettre aux fers pour vingt jours. Je me chargeai d'une bonne partie de la correction, et n'y allai pas de main morte. Jl est vrai que dès qu'il le put, il me le rendit bien.
a Grâce à moi , cette première alerte n'eut pas de suite ; les choses avaient été prises à temps. Le
33« riLE DES APHONES.
mousse de chambre fat fouetté jusqu'au sang et remplacé dans ses fonctions; les plus mutins d*entre les matelots eurent leurs corvées ; le capitaine mit les armes et les munitions sous clef; et dès ce moment, il porta sur lui une paire de pistolets, avec le ferme dessein de brûler la cervelle au premier homme qai broncherait. Ceci fait, on se remit en pèche; tout semblait fini.