‹ Moeurs et portraits du tempsChapitre 78 sur 80 · S XX · texte numérisé non relu

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Le jour suivant , TofOcier du Star se promit , à son petit lever, que le soleil ne se coucherait pas sans qu*il eût pénétré le secret du jardin et complété sa mystérieuse découverte. L'idée lui en

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souriait, on le voyait à ses allures. 11 foulait la terre d'un pied plus fier, et portait sa tète avec plus d'aplomb; toute sa personne respirait des airs de conquête, empruntés aux meilleures traditions. Quand vint le moment de sa toilette , il s*y montra d*une exigence à lasser le valet de chambre le plus patient. Rien n'était assez raffiné, assez recherché pour lui ; les parfums étaient trop grossiers, les essences trop vulgaires; le peigne, à Ventendre, ne tirait pas de ses cheveux tout le parti qu'il aurait pu en tirer, et les cosmétiques n'adoucissaient pas suffisamment les ardentes couleurs de son visage. Assurément la nature avait beaucoup fait pour lui ; mais il voulait que Tart y ajoutât ses ressources. A tout prix il fallait réussir.

Quand il s'agit du choix d'un costume, cette préoccupation s'éleva au plus haut degré. Il ne trouvait rien à son gré, rien d'assez beau, d'assez riche , d'assez éblouissant ; ses gens de service en perdaient la tète. On alla chercher, dans la garderobe de David, ce qu'il y avait de mieux en fait de coupe et d'étofiies ; cela ne suffit pas. Il fallut mettre en réquisition le tailleur de la cour, qui fournit

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enfin quelque chose de convenable et d'un goût entiërement nouveau. C'était un vêtement qu'il venait de composer pour un jeune et magnifique seigneur, lequel ne voulait rien porter comme les au* très, et quittait une mode dès qu*il la voyait adopter autour de lui. Le fond de la robe était aurore, lamé d'argent ; Técrevisse, brodée au plumetis, se composait d*un mélange d'or et de soie du plus merveilleux efiet : jamais la forme et la matière n'avaient été mieui combinées. Si difficile que fût Baby,41 se rendit au premier coup d'œil; ses hésitations cessèrent; il prit le costume aurore, avec l'assortiment. Là-dessous il avait un éclat extraor* dinaire ; le soleil dut en être jaloux*

Pour que rien ne vint contrarier l'exécution de ses desseins, Baby avait pris toutes les précautions imaginables. Au dehors il avait fait annoncer que ce jour-là il ne sortirait pas, et à l'intérieur il avait donné l'ordre de ne laisser pénétrer personne jusqu'à lui. Il voulait être seul, avait-il dit, libre, solitaire, afin de se recueillir et de se livrer pendant vingt-quatre heures à la méditation. Les consignes comprenaient tout le monde, les grands personna-

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ges comme le gros des curieux, les fournisseurs, les gens de service et jusqu'à David. Point d'importun, à quelque titre que ce pût être. Quand il se fut ainsi retranché dans son pavillon , Baby attendit l'heure propice, celle qu'une forme de langage at* tribue aux bergers , et qui n'est pas l'apanage exclusif de cette classe de citoyens. L'heure propice, c'était midi : par suite d'un usage , commun aux pays chauds , il se faisait alors une sorte de trêve dans le travail de la journée ; maîtres et gens goû" talent un peu de repos et se dérobaient ainsi aux ardeurs de la saison.

Dès que le soleil eut touché au méridien , Baby prêta l'oreille ; les bruits du dehors, ceux du dedans, s'éteignirent peu à peu ; la ville tomba dans l'assoupissement. Cependant il ne quitta son pavil* Ion qu'avec une précaution extrême , examina de tous côtés s'il ne restait pas du monde sur pied , et ne s'engagea dans le jardin qu'après s'être assuré qu'aucun œil indiscret ne l'avait aperçu. Une fois sous la feuillée, il choisit de préférence les endroits les plus écartés, les labyrinthes les plus touffus, les fourrés les plus épais , afin de dérober sa marche à

ment et la voix se mariaient si bien qu'à peine pouvait-on distinguer Tun de l'autre. Ce que c'est que les impressions! et qu'il faut peu de chose pour les transformer! Le ciel se fût ouvert devant Baby, qu'il n'eût pas éprouvé une joie plus grande; il lui semblait renaître ; il respirait avec plus d'aisance, et envoyait un sourire reconnaissant aux objets dont il était environné.

Ce sentiment fut si vif, que notre héros demeura quelque temps immobile afin d'en mieux jouir ; il avait peur qu'au moindre bruit le chant ne cessât , et ne le laissât de nouveau livré à lui-même. Enfin la curiosité reprit le dessus ; il se leva pour aller du cAté de la voix , en retenant son souffle et amortissant le bruit de ses pas. A l'aide d'un sentier sinueux et en gardant Tabri du feuillage , il parvint à un point du parc d'où il pouvait découvrir l'apparition. Ses pressentiments ne l'avaient pas trompé : c'était une femme ; elle reposait sur un hamac en fil d'aloés, ayant dans ses mains un instrument qui , par sa forme , rappelait Taccordéon , et s'en servant pour accompagner le chant le plus doux et le plus mélancolique du monde.

Vêtue de mousseline blanche, elle ressemblait à une colombe dans son nid ; des fleurs naturelles sortaient de ses cheveux comme d'une corbeille et se répandaient autour d'elle en grappes de mille couleurs.

A cette vue , Baby resta plongé dans une longue extase ; il croyait rêver.

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