‹ Moeurs intimes du passé (volume 2)Chapitre 70 sur 71 · L.V • FUSTIGATION UE BEAUMARCHAIS, A SaLNT-LAZARE · texte numérisé non relu

L.V • FUSTIGATION UE BEAUMARCHAIS, A SaLNT-LAZARE

(Gravure attribuée à Vangelisti).

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mages. 11 cherchait quelqu'un qui pût le présenter à la comédienne, lorsqu'une entremetteuse, une veuve Ledonx, lui offrit ses services. Celle-ci avait parmi ses connaissances une jeune femme du nom de la Tourelle, qui ressemblait à s'y méprendre à Mlle Molière. Or, ce fut à Mlle de la 'Tourelle, sous le nom de Mlle Molière, que fut présenté le Président, qui paya largement le bonheur de cette entrevue et de celles qui suivirent.

Mais voilà qu'un soir, au spectacle, le magistrat, surexcité par les applaudissements prodigues à son idole, voulut pénétrer jusqu'à elle, et mêler ses compliments à ceux des nombreux admirateurs de Célimène. Reçu par la comédienne avec froideur, dédain peut-être, comme un homme qu'elle voyait pour la première fois, l'amoureux Président, croyant ses droits méconnus, s'irrite, s'emporte, se laisse aller à des reproches, à des injures et même à des voies de fait. De là procès !... On crut longtemps à la vérité des affirmations du Président mystifié, mais une longue procédure fit -enfin découvrir la fourberie des femmes Ledoux et de la Tourelle. Un arrêt du Parlement, du 17 octobre 1670, condamna le Président Lescot « à déclarer au greffe, en présence de la Molière et de quatre personnes à son choix, que par inadvertance et méprise, il avait usé de voies de fait contre elle, et tenu les discours injurieux, mentionnés au procès, l'ayant prise pour une autre personne, de laquelle déclaration serait délivré acte à la dite Molière ; et à lui payer la somme de noo livres, pour tous dommages-intérêts, frais et dépens ».

Quant à l'entremetteuse, la veuve Ledoux, et à la demoiselle Molière, la femme de la Tourelle, elles furent condamnées, par la même sentence, à subir, toutes nues, la peine du fouet, devant la porte du Châtelet et la mai-

son de la Molière, et à être bannies pendant trois ans de la ville de Paris (i).

Dans une circonstance différente, le poète Gilbert eut la chance d'échapper à un complot du même genre tramé contre lui, grâce au sang-froid dont il fit preuve.

La célèbre courtisane Duthé, informée que le mordant satirique se disposait à publier une nouvelle production de sa façon, sur les mœurs des femmes du jour, conçut le projet d'organiser toutes ses compagnes en une troupe de bacchantes, armées contre le nouvel Orphée, et d'aller le fouetter ellemême en tête de la troupe ; mais le bruit en parvint aux oreilles de l'intéressé, qui, loin de s'en effrayer, mit son projet à exécution, ce qui suffit à refroidir le zèle de ces Euménides.

Ces (( belles et honnestes dames » n'eurent pas, du reste, toujours le beau rôle. En 1788, il se passa, sur le théâtre d'Orléans, une scène qui mérite d'être rapportée. Au milieu d'une représentation, plusieurs jeunes gens s'élançant du parterre sur la scène, s'emparèrent des actrices et leur donnèrent le fouet, sous prétexte qu'ils étaient mécontents de leur jeu, mais peut-être pour des raisons intimes, qu'il nous paraît inutile d'approfondir (2).

(i) H. MouMN, Armande Béj'art, sa fille et ses deux maris. (a) Cf. Mém. secrets, XXII, 378.

USA«ES ET COUTUxMES DISPARUS ■"'■'

Certaine aventure arrivée au chevalier de Boufflers rappelle la correction infligée par les actrices à l'auteur qui les avait raillées, et que nous avons relatée plus haut ; mais elle en diffère au moins par le dénouement.

Le chevalier avait fait, contre une marquise qui lui avait été infidèle, une épigramme assez mordante. A quelque temps de là, la grande dame sollicite une réconciliation, et lui demande de venir la sceller à sa table. Il y va, mais une paire de pistolets dans sa poche, en homme prudent et qui connaît son adversairre.

A peine arrivé, le chevalier est saisi par quatre gaillards qui, sous les yeux de la marquise, lui administrent, sur le bas des reins, cinquante coups de verges. Boufflers se relève, se rajuste tranquillement, puis, tirant les pistolets de sa poche, ordonne aux laquais qui viennent de le frapper de faire subir à leur maîtresse le traitement qu'ils lui ont infligé.

Comme il les tenait en joue, ceux-ci durent obéir à la sommation. Boufflers compta scrupuleusement les coups, après quoi il les força à se les repasser l'un à l'autre ; puis il salua avec grâce et sortit fièrement (i). • ^

Le fouet reparaît quelques années plus tard, à une époque oii l'événement emprunte aux circons-

(i) Chronique scandaleuse, tome III.

tances le caractère d'une manifestation révolutionnaire.

Le 8 avril 1792, jour df Pâques, une foule nombreuse sortait, à 6 heure? du matin, de l'église des Clarisses, à Lyon, 011 un-j messe avait été célébrée par un prêtre assermenté. A la sortie de l'église, une troupe furieuse, arn ée de fouets, se précipitait sur les femmes et leur ir.fligeait le sanglant outrage d'une fustigation publi jue ; quant aux hommes, ils furent accablés d'une grêle de pierres. Un fait semblable s'était produit en 1791, devant l'église des Colinettes (i).

Lyon ne faisait que suivre l'exemple de la capitale : à Paris, on avait fouetté des femmes dans la rue, administré la fessée aux religieuses, jusque dans leurs cloîtres.

Le 17 septembre 1789, un gentilhomme bien en cour, le comte de Paroy (2), passait dans la rue, quand il vit un attroupement : c'était une fille, que l'on fouettait, parce qu'elle avait insulté la garde. Un journal se récria contre cette indécence ; ce qui n'empêcha point que, quelques jours plus tard, les gardes pénétraient de force dans une maison de la rue Saint-Honoré 011 l'on dansait ; après avoir obligé les hommes à sortir, ils fustigèrent toutes les

(i) Lyonnaisiania, par G. Véricel.

(2) Mémoires du Comte de Paroy ; Paris, Pion, 97.

femmes qui se trouvaient là, et qui ne s'attendaient pas à un pareil traitement.

Deux ans plus tard, il se passa un incident d'une gravité plus haute.

Le 7 avril 1791, les Miramionnes étaient « fessées d'importance » dans plusieurs quartiers de Paris : au faubourg Saint-Antoine, notamment, des mégères s'étaient rendues, armées de verges, à une chapelle, où s'étaient, dit-on, réfugiés des prêtres non assermentés.

Une dévote « ci-devant noble », qui était à confesse, avait été condamnée à être fouettée publiquement, ainsi que les deux tourières du couvent, pour avoir refusé d'ouvrir les portes à la bande ; sans la garde, qui intervint, toutes les nonnes auraient subi le même sort.

Quelques mois auparavant, on avait fustigé publiquement une femme coupable <( d'avoir craché sur le portrait de M. Necker » ! Il courut, à ce sujet, une estampe des plus curieuses, que nous avons eu la bonne fortune de retrouver et que nous reproduisons, ainsi que celle qui représente la fustigation des Miramionnes ; ce sont des documents d'incontestable valeur, car ils sont contemporains de l'époque 011 se sont passés les événements qu'ils évoquent (i).

(i) Nous ne rappelons que pour mémoire, ayant traité le sujet ailleurs, la a fessée » reçue par Théroigne de Méricourt

Sgo MŒURS INTIMES DU PASSE

La Révolution, qui fit disparaître tant d'abus, ne devait pas triompher du fouet. Dans presque toute l'Europe, dite civilisée, ce despote a longtemps régné en maître. Au cœur même de la catholicité, une loi, édictée par Pie Vil, obligeait les Juifs domiciliés à Rome à entendre chaque semaine un sermon et condamnait au fouet les chrétiens qui auraient osé rire de ce spectacle.

Dans le royaume de Naples, et en Espagne sous le régime du pouvoir absolu, la fustigation pénale a été de longues années en vigueur.

En France, dans les bagnes, les forçats étaient soumis à ce régime encore au commencement du dernier siècle.

('e châtiment, écrit un auteur en 1828 (i), consiste à appliquer sur les reins un certain nombre de coups, avec une corde goudronnée de l'épaisseur d'un pouce. En un instant, la chair est déchirée, des tumeurs nombreuses s'élèvent, se gonflent, se crèvent^ et une rigole sanglante est creusée sous les coups redoublés (2)...

sur la terrasse des Feuillants, et qui aurait été la cause déterminante de sa folie; en réalité, elle était folle « en puissance », si l'on peut dire, et la démence ne fut pas immédiatement consécutive à la fustigation (Cf. les Indiscrétions de l'Histoire, t. I).

(i) Lanjuinais.

(2) Un incident, qui se passa en 1871, le i*'' mars, lors de l'entrée des Prussiens à Paris, doit être consigné ici. Rochefort l'a raconté, avec sa verve pittoresque, dans les Aventures de ma vie. « Le seul incident, dit-il, un peu mouvementé, fut l'arrestation et la fustigation, par les Parisiens, de

A Saint-Pétersbourg, les verges ont fait longtemps partie du matériel des accessoires de théâtre : il fut un temps où des danseuses étaient amenées, chaque soir, d'une espèce de couvent dans une voiture fermée ; si elles ne se conduisaient pas bien durant la représentation, on leur donnait le fouet à leur retour dans les coulisses. En Russie, vers 1860, un général envoya son brosseur au corps de garde, avec ordre de recevoir mille coups de verges, de la tête aux pieds, jusqu'à lui enlever la peau. Le fait, rapporté dans la revue russe, Russkaia Starina, de juillet 1886, a été cité par Michel Delines, dans son ouvrage illustré. Nos Amis les Russes. Ces pratiques auraient été introduites dans l'empire des tsars, par les Allemands au service de la Russie.

Le knout était encore, assure-t-on, en ces dernières années, un instrument de correction dans les provinces du Caucase (i). Ce n'est qu'au Congrès de Moscou de 1902, que des médecins protestèrent avec énergie contre ces restes de pratiques d'un autre âge ; ils renouvelèrent leurs protestations au Congrès de Saint-Pétersbourg. Il convient d'ajouter que le

trois salopes qui s'étaient avancées dans les Champs-Elysées au-devant des ennemis, auxquels elles distribuèrent avec affectation de nombreux baisers. La foule se jeta sur elles, les mit à peu près nues et, après une fessée brutale, les couvrit de crachats, d'injures, de huées et même de violents coups de poings ».

(i) Cf. V Intermédiaire des 10 août of 3o octobre 189C.

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Conseil d'Etat a, depuis ce temps, élaboré des lois nouvelles, changeant complètement les conditions économiques du paysan russe dans un sens plus libéral ; la fustigation est allée rejoindre d'autres institutions archaïques; on lui a substitué des châtiments plus expéditifs.

Par contre, elle a persisté en Afrique et dans le Sud-Amérique. Au Gabon, les chefs de factorerie font fouetter les nègres d'une façon si cruelle, que la plupart succombent aux coups. Le traitant a le droit de corriger les insoumis avec la lanière de l'hippopotame, instrument très barbare, à deux ou trois branches, dont les effets sont terribles.

Aux Antilles, dans les colonies espagnoles, cette pratique moyenâgeuse sévit avec intensité. De nos jours encore, chez les Moycas, tribu de la Nouvelle- Grenade, les époux ont le droit de s'infliger mutuellement des châtiments corporels. Le général Quesada, s'étant rendu auprès du chef d'un village, le trouva se tordant sous les coups de verges de ses neuf femmes : on lui répliqua qu'il s'était .enivré avec des Espagnols la nuit précédente et que, pour l'en punir, ses femmes l'avaient, à ««on réveil, fustigé jusqu'à la lassitude.

Il y a quelques années (i), un jeune nègre virginien fut surpris violentant une jeune négresse. Arrêté pour ce fait, on le condamna à recevoir quinze

(i) En 1899.

.coups de fouet sur ses épaules, mises à nu. La sentence fut exécutée par un robuste constable, armé d'une lanière de cuir : c'est la première fois depuis la guerre de Sécession, que la peine du fouet était appliquée en Virginie.

L'Angleterre, si en avant des autres nations sur tant de points, n'a pas encore renoncé aux punitions corporelles, et particulièrement au supplice du fouet, toujours en vigueur dans les prisons, dans la marine et dans l'armée, a Telle est la férocité de la discipline militaire, dit un Américain, jugeant les lois pénales de l'Angleterre, qu'un soldat, condamné au fouet, demande souvent que sa sentence soit changée en un arrêt de mort (i). » On fustige (2) les soldats à l'aide du chat à neuf queues, c'est-à-dire du fouet à neuf lanières. Dans la marine anglaise, les marins condamnés à recevoir le chat, ne sont plus, comme autrefois, attachés à un mât : on les fixe, dans une position de crucifiés, à des agrès, qui présentent plus de surface. Dans la marine française, cet odieux châtiment a depuis longtemps dis-

(i) V. la Revue des Deux Mondes, i5 novembre i856.

(2) Dans le Royaume-Uni, le magistrat a le pouvoir de faire donner des coups de verges à des gamins de moins de. quatorze ans, amenés devant lui, pour des menus vols, ou dont les parents déclarent ne pouvoir se faire obéir.

paru, et n'est plus appliqué, au moins sur les bâtiments de l'Etat.

On n'a pas perdu le souvenir du scandale que soulevèrent les révélations faites par les journaux d'outre-Manche, en février 1908 : le neveu de l'ami rai Cochrane, officier au régiment de grenadiers de la garde, avait donné sa démission, pour n'avoir pas voulu se soumettre à la coutume, en vigueur dans ce régiment, de donner le fouet aux jeunes officiers (i). Passant dans les autres pays, nous constaterons qu'en Autriche, la fustigation a été abolie dès 1866 ; en Allemagne, on ne l'applique que dans les prisons ; en Italie, elle a été supprimée en 1868 ; il en est de même en Belgique et en Hollande.

Aux États-Unis, la législature de l'État de Delaware

(i) Un rédacteur militaire explique, de la façon suivante, l'origine de ce singulier usage : « L'ordre de fouetter est donné par les conseils de guerre non officiels, composés d'officiers subalternes. Cet usage a pour but de permettre aux officiers du régiment d'exclure certains de leurs camarades qui leur déplaisent. Le régiment de grenadiers de la garde est le plus aristocratique de l'armée anglaise ; tous les officiers appartiennent à la plus haute noblesse. Il arrive quelquefois que des fils de commerçants très riches et pouvant par conséquent supporter les frais considérables imposés aux officiers du régiment, parviennent à s'introduire dans le corps. Aucun d'entre eux ne trouve grâce auprès des officiers nobles, qui emploient alors le système incriminé pour chasser les intrus. Un pareil traitement est même infligé à certains officiers iiobies du régiment, qpi cherchent .par. leur travail à obteùir de l'avancement. » .. . .,

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en a voté l'abolition, il y a une vingtaine d'années environ ; toutefois, la peine du fouet a été maintenue... pour les maris qui battent leurs femmes. Chaque délinquant reçoit vingt coups du chat à neuf queues. Un sénateur a proposé un amendement à cette loi : il a demandé que la peine du fouet fût aussi appliquée aux femmes qui battaient leurs maris. Cet amendement est ainsi conçu :

Toute femme, convaincue d'employer la violence à l'égard de son mari, de le maltraiter ou de le battre, dçvra être condamnée à être attachée au poteau des condamnés et à recevoir de cinq à trente coups de fouet; soit le shérif, soit le mari, si celui-ci le désire, sera chargé d'appliquer la peine.

La législature de l'Indiana a été saisie d'un projet de loi tendant à l'érection de poteaux de flagellation dans tous les chefs-lieux du comté. Le shérif distribue, avec une lanière de cuir, un certain nombre de coups, variant de cinq à cent, suivant la gravité des délits, depuis l'emploi d'un langage profane, les menus larcins, l'exercice de la prçfession de vagabond, l'ivrognerie, jusqu'aux sévices contre les femmes et l'abandon de la famille.

A Chicago, la kleptomanie a pris, en ces derniers temps, des proportions telles que les commerçants se sont coalisés pour remédier à celte épidémie d'un nouveau genre. Il a été décidé, d'un ac-

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cord commun, qu'on traiterait les maniaques clu vol par la fessée : une « kleptomane » est-elle prise sur le fait, on la conduit dans un petit local, où une « employée », vigoureuse et correcte, la reçoit avec égards ; au bout de quelques instants, la kleptomane se trouve châtiée... et guérie !

Voilà une mode qui n'est pas près de s'acclimater chez nous ; avons-nous lieu de le regretter P Assurément, ce mode de répression pourrait, dans nombre de cas, se montrer efficace ; combien de névropathes ou d'hystériques ne découvre-t-on pas parmi les voleuses des grands magasins ; qui nous dit qu'à défaut du fouet, une douche salutaire ne les préserverait pas d'une rechute ? On ne courrait pas grand risque à l'essayer.

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