‹ Moeurs intimes du passé (volume 3)Chapitre 100 sur 134 · Boileau, satire X · texte numérisé non relu

Boileau, satire X

2. Œuvres de M. de Fontenelle, t. VI, contenant les Éloges des académiciens morts depuis 1718 jusqu'en 1739 (Paris, 1742).

ment la découverte d'un vaisseau, ou un nouvel usage d'une partie : ses yeux en brillaient de joie et toute sa personne s'animait. » Ajoutons qu'il était jeune, de figure agréable, ce qui n'était pas fait pour éloigner de son cours les belles personnes avides de l'entendre. Mais cédons la parole à son panégyriste, (jui fut rarement mieux inspiré.

« A mesure qu'il parvenait à être plus à la mode, il y mettait l'anatomie qui, renfermée jusque-là dans les Écoles de médecine ou à Saint- Côme, osa se produire dans le beau monde, présentée de sa main.

« Je me souviens, ajoute Fonlenelle, d'avoir vu des gens de ce monde-là, qui portaient sur eux des pièces sèches préparées par lui, pour avoir le plaisir de les montrer dans les compagnies, surtout celles qui appartenaient aux sujets les plus intéressants, »

Gomment ne se serait-on pas pressé aux leçons de celui dont le Roi lui-même avait fait choix pour son propre fils ? Quand ceux qui étaient chargés de l'éducation de Mgr le Dauphin songèrent à lui donner des connaissances de physique — ainsi désignait-on l'ensemble des sciences dites exactes — c'est à du Verney qu'on fit appel pour l'anatomie.

« Celui-ci préparait les parties à Paris et les transportait à Saint-Germain ou à Versailles.

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Là, il li'ouvail un audiloiie rcdoulablo : le Dauphin, environné de M. le duc de Moutausiei", tle M. révoque de Meaux, de M. [luel, depuis éve((ue (l'Avranclies, de M. de CiOrdenioi, (pii Lotis, en ne comptant pour rien les titres, quoi<[u'ils i'asseul toujours leur impression, étaient fort savants et fort capables de juger même ce qui leur eût été nouveau. Les démonstrations d'anatomie réussirent si bien auprès du jeune prince, qu'il oll'rit queb[uefois de ne point aller à la chasse, si on les lui pouvait continuer après son diner.

Ce (|ui avait été fait chez lui. se recommençait chez M. de Meaux avec plus d'étendue et de détail. Il s'y assemblait de nouveaux auditeurs, tels <|ue .M. le duc de Chevreuse, le P. de la (.haise» M. Dodart, tous ceux que leur goût y attirait, et (pti se senlaiiMit dignes d"y paraître. .\1. du V'erney fut, de cetlesorte, pendant près d'un an, Tanalomisle des courtisans, connu de tous et presque ami de ceux qui avaient le plus de mérite. »

Une auec<lote, peu connue, atteste l'intérêt <|Me Louis XIV lui-môme portait aux progrès de l'analomie et à celui qui y avait le plus contribué.

« Un «déphant femelle, <|ue Pierre II, de Porlu- ^al, avait offert au Grand Iîoi,eji 1668, étant mort à \ ersailles en 1681, Louis XIV voulut être témoin de son autopsie, qui fut faite avec une grande solennité, par Duverney, Perrault et La Hire, toute

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lAcadéjnie clos Sciences ëlanl présente. Lorsque les entrailles eurent été examinées, décrites cl dessinées, on les enleva de la salle anatoiniquc. Alors, Duverney se plaça dans le cofl're de Télcplianl , pour opérer plus à son aise ; ce fut dans ce moment ([ue Louis XW entra, pour satisfaire sa curiosité et pour inspirer de l'émulation aux académiciens. Le loi, jie voyant pas l'opérateur, dit : u Où est donc l'aiialomiste ? » Dans l'instant, Duverney, le scalpel à la main, sortit du ventre de l'animal, comme d'une caverne, pour répondre à S. M. et le remercier de son attention '. »

Ce n'était pas seulement à du Verney qu'allai! l'engouement de la société parisienne ; s'il était de bon ton d'assister à ses démonstrations, il ne l'était pas moins de se montrer aux cours de chimie de Lémery, comme plus tard on se fera voira ceux de Rouelle '.

Lémery avait ouvert des cours publics dans la rue (ialande. « Son laboratoire était moins une chambre qu'une cave et presque un antre m?gique,

1. M. Denise [Bibliographie du Jardin des Plantes ; Paris, 1903) a emprunté ce curieux récit au journal le Publiciste, n" du ]!t Uoréai an X ; mais le rapport in extenso de celle dissection t'ameutse se trouve dans les Mémoires pour servir à Vhistoire naturelle des animaux dressés, par M. Perrault {Hist. de VAcad. des Sciences, t. III, 3' partie).

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