‹ Moeurs intimes du passé (volume 3)Chapitre 17 sur 134 · SI · texte numérisé non relu

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Fac-similé d'une fi^'ure en bois des Menus Propos de la Mère Solle, de Pierre Gringoire (1505).

sous les piliers des Halles, qui restèrent toujours le lieu de refuge de la vieille gaîté gauloise.

Le carnaval, fête de la licence et du franc parler, lâchait la bride aux divertissements burlesques des Sols et des Enfants sans-soucy.

D'après la gravure qui accompagne la première édition de la pièce de Gringoire, dont il a été ques-

KTEiyDARD DE lA COMPAGNIE DE LA MERE-FOLLE.

tion tout à l'heure, et d'après une vignette de la Danse macabre (1), voici comment était vêtue la Mère sotie (qui était un homme, nous le rappelons) : une longue robe, une espèce de tricot serré à la taille, à manches amples et effilées en queues, mais fermées au poignet ; une sorte de camail à capuchon pointu, avec les oreiHes d'âne recouvrant la tête et le cou, et une marotte à la main. (v. p. 186). La Mère sotte avait, en outre, un collier et une ceinture formés de plaques en bois, que reliaient des chaînons et sur lesquelles étaient sculptées, en bas-relief, des scènes qui ne brillaient point précisément par la décence (2).

Il est généralement admis que l'année 1608 vit la fin de la principauté des sots, qui avait duré près de trois siècles.

Dans la ville de Ham, en Vermandois, il subsista, cependant , postérieurement à cette date , une compagnie de Fous qu'on nommait les Sots de Ham; le chef de la compagnie avait le titre de Prince des Sots ; ses suppôts l'accompagnaient dans les céré-

(1) Bibl. nat., Ms. fonds Colbert, n« 1849 (vignette de la Sotfe).

(2) DuLAURE, Hist. de Paris, t. III, cité par V. Fournel, Les Spectacles populaires et les artistes des rues; Paris, Dentu, 1863, — Dans la Nef des Fols, dont nous donnons le frontispice, daprès l'édition originale (v. p. 170>, le fol reproduit le costume de la Mère Sotte.

monies de la Sotise, montés sur des ânes, dont ils tenaient la queue, en manière de bride.

On ne pouvait faire des folies dans la ville sans la permission du Prince. Celui-ci portait un costume de Momus, un bonnet à grelot et une marotte en guise de sceptre . Ses sujets n'étaient pas costumés d'une manière uniforme: ils étaient masqués et avaient des habits de fantaisie. Les trois derniers jours gras et au jour du marché, le prince partageait sa compagnie en différentes escouades, dont trois se tenaient aux portes de la ville; le chef de l'escouade portait une marotte faite de chiffons noircis à la cheminée ou au four ; chaque femme qui entrait pour le marché était obligée de baiser cette marotte noircie, qu'on appelait Saini-Souffrant, ou de mettre dans le bassin quelque pièce de monnaie.

Si quelque vieille se mariait, il lui revenait un charivari, dont le prince des Sots et sa troupe étaient les acteurs. Si quelque mari patient se laissait dominer par sa femme, le prince des Sots assemblait sa troupe, à la suite de laquelle était un tombereau et, en ce bel équipage, on allait au matin éveiller ce bon marij le tirer de son lit, le mettre dans le tombereau et lui faire faire dans cet équipage des promenades dans les rues (1).

Ces folies furent définitivement supprimées en 16/i8,

(1) Mercure de France, février 1735; Rigollot, op. cit., p. 39.

mais les descendants du dernier prince des Sots de Ham conservaient encore, en 1771, les nom de Jîrince et de princesse ; on ignorait leur nom de famille, on ne les connaissait que sous ce sobriquet.

Dès 1381, un prince de la maison de Clèves, alors

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