L INFANTE ISABELLE-CLAIRE-EUGEME ET SA NAINE
^Musée du Prado, de Madrid.)
NAINS ET NAINES A LA COUH 'Ml
à Bruxelles, chez le duc d'Albe, lorsque le cardinal de Lorraine y alla sceller le traité de Gateau-Cambrésis, en avril 1559.
Ce voyage ne fut pas, pour notre bouffon, sans profit : ayant eu l'occasion d'être présenté à Philippe Il (1), il lui plut si fort que le roi d'Espa-gne l'engagea incontinent comme « fou en titre d'office ».
Le roi d'Espagne avait déjà à son service un bouffi) On a dit, à tort, que Brusquet avait été en relations avec Charles-Quiat. On a prétendu que le bouffon avait un livre, une sorte de Calendrier des Fous, où il inscrivait tous ceux qui lui paraissaient dignes de porter le bonnet de fol. Il avait mis au rang de ceux-là Charles-Quint, lorsque l'empereur avait consenti à traverser la France, pour se rendre à Gand. Comme François I" lui en demandait la raison : « Parce que, répondit Brusquet, il faut être fou, pour se livrer ainsi à un prince qu'on a maltraité. » — « Et si je le laisse passer? » dit François. — « Oh! en ce cas, répondit Brusquet, j'effacerai son nom pour y substituer le vôtre. » Le mot a été attribué, avec plus de vraisemblance, à Triboulet. L'anecdote suivante n'est pas moins apocryphe. Charles-Quint, apercevant Brusquet mêlé aux seigneurs de sa cour, lui demande des nouvelles de sa santé ■
— « Vous souvenez-vous, lui dit-il, du jour où le connétable de Montmorency voulut vous faire pendre ?» — « Si je m'en souviens, répliqua Bi'usquet : ce fut le jour où Votre Majesté acheta ces beaux rubis et ces escarboucles qui ornent aujourd'hui votre main impériale. » Le bouffon faisait allusion aux nodosités de la goutte qui paralysait les doigts de l'empereur.
— « Merci de la leçon, dit Charlés-Quint, riant de bonne grâce: je ne m'aviserai plus d'attaquer un homme qui pare si bien les bottes qu'on lui porte. » C'est' également à Charles-Quint qu'on attribue l'aventure suivante : retrouvant au bal le bouffon
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fon espagnol. Brusquet eut charge de le gouverner et de Tentretenir. Ce fut prétexte de lui faire mille avanies, mille méchants tours.
On n'en finirait pas de conter toutes s»^s mystifications, car il excellait dans ce genre de plaisanteries. En voici quelques-unes, cueillies à l'aventure.
Voyant, un jour, des valets d'écurie bien empochés de seller une mule qui ruait et cherchait à leur échapper : (( Enfants que vous êtes, leur crie Brusquet, plutôt que de vous opiniâtrer à pareille besogne, que n'allez-vous quérir le secrétaire de M. le Chancelier; il aura bientôt fait de vous tirer d'embarras, lui qui scelle tout ce qu'on lui présente ».
Une autre fois, — mais il convient de transcrire le passage des Bigarrures d'Etienne Tabourot, qui rapporte le trait, — « Brusquet... voyant qu'une dame estoit accouchée à la cour, acheta cinq ou six cens escus du palais, qu'il alla espancher parmi la rue, devant sa maison, criant : Largesse, largesse ! Et, interrogé à quelle occasion, dit qu'il ne disoit pas
Perico de San-Erbas, celui qui l'avait si souvent diverti de ses saillies, l'empereur le salue. « Pourquoi donc, dit le bouffon à l'empereur, m'ôtes-tu ton chapeau ? Est-ce pour me faire voir que tu n'es plus empereur ? » — « Non, Perico, dit Charles, cela veut dire simplement que je n'ai plus auire chose que mon salut à te donner. » Le bouffon eût sans doute préféré être payé d'une autre monnaie. (Charles-Quint ; chronique de sa vie intérieure et de sa vie politique, par Amédée Pichot. Paris, 1854.)
Thomin, fou de Henri II.
{Musée Condé.)
largesse pour ses escus, mais largesse à cause que la nouvelle accouchée... » Ici tirons le voile.
Le satané fol avait son franc-parler avec tout le monde, ne prenant aucun souci du rang de son interlocuteur. Magistrats ou ecclésiastiques, princes ou seigneurs, à tous il tenait 'tête. Il faut lire, dans Brantôme, ses passes d'armes avec le maréchal Strozzi : c'est du pur vaudeville . Mais le fou avait affaire à forte partie et il dut maintes fois avouer sa défaite (1).
Brusquet avait joui, sans trop de trouble, de la faveur de Henri II (2) et de François II; il dut sa disgrâce aux querelles de religion. Soupçonné de faire le jeu des huguenots, il eut sa maison pillée et dut quitter Paris en toute hâte pour échapper à la persécution.
Charles IX l'avait conservé un certain temps à son service. En 1565, ce roi donna une grande fête où, dans un tournoi, figurèrent presque tous les officiers, grands et petits, de sa maison, habillés de différentes façons. Dans la circonstance, on avait commandé, pour Brusquet, « des chausses de velours noir, découpées à petites bandes, avec franges d'or doublées de tocque d'or, et bouillonnées de taffetas noir rayé d'or et d'argent ».
(1) Des Fous en t il re d'office, par Dreux du Radier, in Leber, Collection des meilleures dissertations, VIII, pp. 157 et suiv.
(2) Il figure dans un coin du tableau de la pompeuse entré© de Henri II dans la ville de Rouen, en 1550;
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Les gages de Brusquet étaient de 240 livres tournois par an. Le bouffon du roi mourut chez Mme de Valentinois, au château d'Anet, près de Dreux, vers 1570 (1).
La marotte ne resta pas longtemps en chômage auprès du trône: déjà du vivant de Brusquet, un autre fou figurait sur les registres de la cour.
Il se nommait Thomin ou Thony, et il est signalé, dès 1559, dans les comptes de l'argenterie. Son gouverneur s'appelait Loys de la Groue ; on le désignait le plus souvent par le sobriquet de La Farce.
En 1560, le roi qui aimait beaucoup son fol, lit faire son portrait par un peintre de Blois, il paya, à cet effet, la somme de 22 livres tournois.
Thony — qui est un diminutif d'Antony ou Antoine— fut successivement au service de Henri II (2), de François II et de Charles IX. Il a dû succomber l'année de la Saint-Barthélémy, ou peu après, car sur les comptes de l'épargne de 1573, il est qualifié de feu fol' du roy.
(1)Jal, Dictionnaire critique.
(2) On trouve porté, sur « les comptes de l'épargne depuis François I" jusqu'à Louis XIII », manuscrit du temps, cité par Leber, « maistre Pierre », fou du roi Henri II, et dont le nom est couché sur le même registre que celui d'un Mirun, premier médecin du roi... et un Pierre Dupré, « ayant la charge du dogue barbet de Sa Majesté » I