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AU MOYEN AGE

La connaissance du passé ne sert pas seulement à satisfaire la curiosité qu'éveillent en nous des coutumes pittoresques ou des usages surannés ; elle nous permet de constater, aussi bien en matière d'institutions universitaires que d'institutions sociales, religieuses ou politiques, la continuité historique, la survivance des traditions.

Les traditions sont, en effet, « les derniers fils qui relient les Universités d'à présent à ces Universités médiévales d'où elles sont directement sorties ^ ». Les Universités modernes sont, selon une heureuse expression, les filles légitimes (quoi

1. Hastings Rashdall, The Universities of Europe in the iniddle âge. Oxford, 1895, 3 vol. in-8.

MUtUUS INTIMES, IV. 1

â Mtft;UhS INTIMES DU l'ASSi:

qu'elles ne leur ressenibleiit guère) des Universités du moyen àgeK

Examens, degrés académiques, cours réguliers d'études supérieures, corporations de maîtres et d'étudiants, voilà des choses que l'antiquité n'a pas connues, ((ui sont nées au douzième siècle.

L'idée fon<lameïitalc d'on <<'!^ choses dérivent, que les juaitres et les étudiants doivent s'associer, vivre et travailler ensemble, a ses racines dans les sentiments, dans les habitudes des hommes du moyen âge ~.

S'il n'y avait pas une association constituée d'étudiants, il y avait à Paris, dès la seconde moitié du douzième siècle, une société de maître!!», originaires de l'étranger, parlant la môme langue, ayant des statuts disciplinairet», jalouse de ae& privilèges et les défendant avec àpreté.

Si rien ne subsiste du milieu social qui explique l'origine et les divers modes d'existence des universités médiévales, ceilaiiu's lormalités, certaines institutions sont encore dv nos jours en vigueur ^.

1. La première mention que l'on trouve du mot Université, applitiuée aux Écoles île Paris, (l'aprèn M, Albert Majrk {lu Vie universitaire à Paris pendant le moyen ùye el la première imprimerie à kl Sarbonne; Paris, Champion, 1908), se trouve dans un acte énjanant du cardinal Robert de CourçQO, daté de m\ô,

2. Les Universités du moyen âge, par Gh.-V. Langlois {Revue de Paris, tô février 1896),

3. Parmi les usages qui ont disparu, il en est un, au uioin»,

Comme le fait justement remarquer M. Ch.-V. Larigloi«, si en France les survivances du moyen âge sont prescjue nulles, il n'en est pas de nième dans les pays où les institutions universitaires, évoluant paisiblement, se sont transformées sans secousses *.

Autrefois, les nouveaux docteurs étaient investis par l'anneau, le bonnet et le baiser de paix : des fragments de ee vieux rituel ont persisté, çà et là. A Bologne, c'est l'anneau; en Ecosse, le l)onnet.

qui luôrite une mention. Lors de la première neige, les éludiauts faii5aient une quête chez les docteurs et chez h's principaux habitanlii. Nul no devait quèler 8an« ime autt)risation de l'Université, et sans» que le légat ou le vice-légat n'eût conslalé ([u'il était réellement tombé de la neige. L'argent devait être déposé en lieu sur, et destiné A payer les portraits ou les sta- (ue« des professeurs célèbres, pour en orner le bâtiment de l'Université. Mais, comme il s'élevait souvent dçs contestations à ce sujet, la loi décida qu'on ne ferait chaque année qu'un portrait ou qu'une statue (Savignv, fjisl. du droit romain au moijen dge, 111, US-149),

l. .Jadis, les étudiants en médecine de la Faculté de Montpellier avaient la coutume d'accueillir à coups de poings le nouveau bachelier au sortir de sa réception, comme pour le chasser de la ville et des écoles, et de lui crier joyeusement: Vade et oceide Caïn, paroles au sujet desquelles ont beaucoup disserté les commentateurs ; d'après A. Germain, elles devraient être traduites ainsi : <• Va chercher fox'tune où tu voudras, promène ta vie errante eomme Gain, ou il te conviendra de le faire. » ((jermain, tJist. de la commune de Montpellier, III, l>3; Notice de V. BnOLSgoNNRT stur Laurent Joubert, 4; As- THut;, Mém. pour l'hiat. de lu Fac. de méd. de Monipellier, 88 et H30.)

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ACoïmbre, les docteurs en médecine eten dioit n'ont pas cessé de recevoir Vosculiim pacis.

A Cambridge, la seule Université |où les ]ol)es de cérémonie aient encore la forme des robes du moyen âge, il y a vingt ans à peine ([ue la noblesse ne dispense plus des examens.

Les étudiants de Glasgow et d'Aberdeen sont encore divisés en « Nations » et élisent, tous les trois ans, les « recteurs » de leurs universités, comme cela se pratiquait à Bologne il y a près de sept cents ans!

Bologne, avec Paris, était un des principaux centres universitaires du moyen Age : Vade Bononiam vel Parisiis. « Va-t'en à Bologne ou rcuulsloi à Paris», disait le père de famille à son enfant, qui entreprenait le voyage vers l'une ou l'autre de ces universités, selon ses goûts et selon ses ressources ^

Vers Bologne se dirigeaient les futurs juristes; tandis que Paris attirait les théologiens, les philosophes, ceux que l'on nommait les artistes. Les médecins gagnaient Salerne et Montpellier.

Salamanque était réputée pour l'enseignement

1. Pour connaître dans le détail l'équipement d'un fils de famille, (juitlant la maison paternelle pour entreprendre un long voyage, lire le très curieux article de M. Lecoy de la Marche, le Bayaged'un èludianl en 1347, paru dans \es Mémoires de la Société nationale des antiquaires de France, t. 50, V» série, l. X, 162 et suiv.

de la musique; Orléans, pour l'explication des auteurs'.

Alors chaque cité a sa spécialité, qui fait sa gloire et son renom. Dans les universités du type parisien, l'autorité, le gouvernement delà corporation appartient aux professeurs; dans les universités qui s'inspirent de l'organisation bolonaise, les élèves commandent; leurs « recteurs » sont des personnages, qui ont le pas, dans les cérémonies, sur les archevêques, sur les cardinaux.

Les professeurs sont tenus de prêter serment d'o héissancc au recteur des étudiants ; les bedeaux du recteur ont le droit de les interrompre en |)lein cours ; ils ne jfeuvent manquer une seule leçon sans l'assentiment de leurs élèves, ni prendre un congé sans leur autorisation.

Tout étudiant, sous peine d'amende, doit dénoncer chaque infraction. Payant leurs maîtres, les étudiants de Bologne voulaient en avoii* pour leur argent; aussi surveillaient-ils de très près le professeur de leur choix, choix pour lequel ils ne se déterminaient, qu'après avoir assisté gratuitement

1. /// mo/'/z/s minai inedici nirlule Salernum /Kt/ros. In c.ausis liononia leç/ibus armai Nudos. Parinius dispensât in arliiiua ///os Panes unde cihal rohualos. Aurelianin Educal in cunis aiiolorum lacle lenellos.

pendant deux semaines aux leçons de chacun d'eux.

Il y avait même un comité de « dénonciateurs de docteurs », qui empêchait ces derniers d'être f< ai'rogants », et qui vérifiaient leur travail^ tels des contremaîtres commis par une société de capitalistes pour inspecter des ouvriers '.

Les professeurs de Bologne se soumettaient, faute de s'y pouvoir soustraire, à cette humiliante servitude. Ceux de Paris avaient une organisution différente.

Les maîtres, nous l'avons dit, s'étaient rapprochés suivant la communauté de leur origine et de leurs études : les groupements, en se resserrant, devinrent les Facultés» La Faculté des arts étant de beaucoup la plus nombreuse et les moi*^ très es arts étant géhéralement plus jeunes, plus entreprenants que ceux des autres facultés, ceux-ci se subdivisèrent en quatre « Nations », corfespondant aux pays d'où ils étaient originaires.

La Nation de Normandie comprenait Normands

l.r.c contrôle des étudiants sur les maîU*es existait également à Montpellier. M. A. Germain a retrouvé, dans les archives municipales de cette VillCi la minute d'une plainte adressée ])ar les étudiants, à Id fiii du qtiàtdr/Jème slèéle, aux généraux réformateurs, laissés par Chatoies VI ëh Languedoc à la suite (\o son voyage, à travers ëetté province fit de son sêjoui* :\ Montpellier en 1389. V. auX Pièces justificatives, p. 95.

LA viR d'Étudiant au Moyen âge t

et Bfetôfis ou, plus exactement, l'arehevoehé de Bayeux, de Lisieux, de Goutances, d'Évreux, de Rouen et les évêchés âuffragants d'Avranches

SCioÀl i)E r.A NATION DE NttRMANDIK

et de Séez; elle se réunissait au collège d'Harcourt.

La Nation de Picardie conipretialt cinq villes, lieauvais, AniiehB, Noyon^ L&on ôt Arrae, aux»quelles il faut ajouter les ëvêcliés dô Boulogne, Pont-Audeuier, Yprés et tous les diocèsr's de

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Belgique jusqu'à la Meuse. Ses asseml)lées se

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