‹ Moeurs intimes du passé (volume 3)Chapitre 38 sur 134 · SCEAU DE LA NATION DE PICARDIK · texte numérisé non relu

SCEAU DE LA NATION DE PICARDIK

tenaient alternativement au collège du cardinal Le Moine et au collège de Boncour.

La Nation d'Angleterre, qui changea de nom à la guerre de Cent Ans^ et devint Nation d'Alle-

1. En 1378, l'empereur Charles IV, élant venu à Paiis au moment où la guerre venait de recommencer avec les Anglais, la Nation d'Allemagne, qui avait jusqu'alors porté le nom de Nation d'Angleterre, exprima le désir de quitter son nom poité par les ennemis de la France et de prendre celui du peuple, alors ami, auquel appartenait le prince (jui visit.iil noire pays. Mais ce changement ne s'opéra pas immédialement, cai' c'esl à partir dé 1436 seulement, i\ue dans les icgistres de l'Uni-

magne, groupait Allemands, Anglais et Suédois : elle se réunissait dans une salle d'un cloître des Matiiurins.

La Nation de France englobait, avec les Français des évêchés de Paris, Bourges, Sens, Tours et

SCKAU DE I.A NATION DE FliAN'CE

Reims, tous les universitaires de race latine. Les assemblées s'en tenaient d'abord, alternativement, au collège de Navarre et au collège de Heaiiviiis; |)lus tard, dans le cloître des Malliurins.

veisilY', If* nom do Nation d'Allemagne remplace d'une manière délinilive celui de Nation d'Angleteire {('{{KViF.ti, Ilisl. de ri'niversilé de Paria, IV, 73-74).

Ltt Nàtioh d'Allemagne» à peu près la seule sur laquelle nouH possédions des informations quelque peu précises, était, à l'origine, partagée en trois tribus : la Germanie supérieure, la Bassô-Germanie et l'Ecosse» comprenant l'Angleterre et l'Irlande. En vertu d'une délibération du 30 décembre 1528, les trois tribus primitives furent ramenées à deux : celle des Continentaux, qui comprenait tous les étudiants venus d'Allemagne ; celle des Insulaires, désignant les écoliers qui arrivaient des lies Britanniques.

La Nation allemande })lacée, comme l'Université tout entière, sous le patronage de la Vierge, de saint Nicolas et de sainte ("Mllicrine, avait deux patrons qui lui étaient sj)éciaux : saint Edmond, roi d'Angleterre, et Charlemagne. Pour le service divin et pour les fêtes solennelles, elle se réunissait dans l'église de Saint-Côme et Saint-Damien.

Rue du Fouarre, la Nation d'Alb^magne ne possédait pas moins de huit écoles, logées dans deux maisons de cette rue^

Rue Galande, elle occupait une maison à l'enseigne de la Pomme Bouge^ avec un terrain qui allait jusqu'à la Seine. Elle était propriétaire de deux autres immeubles: l'un, rue du Glos-Brurteau, à l'enseigné A l'Image de Notre-Dame ; le deuxième, rue Saint-Hilaire, vis-à-vis le collège

des Lombards. Il y avait, en outre, un collège dit des Allemands, situé rue du Mûrier^ qui allait de la rue Traversine à là rué Saint- Victor.

Un compte de recettes et de dépenses, mis à jour par un historien de l'Université ^ va nous initier au fonctionnement d'une institution dont il ne reste plus le moindre vestige. Commençons |)ar les recettes : celles-ci consistaient presque exclusivement dans les rétributions acquittées par les nouveaux bacheliers ou. licenciés et par les nouveaux maîtres es arts, à l'occasion de leur début dans l'enseignement.

Les rétributions exigées des bacheliers et des licenciés étaient subordonnées à leurs ressources pécuniaires : par là, on entendait la somme que chacun d'eux dépensait^ dans une semaine, pour son entretien, déduction faite du loyer et des gages des domestiques. Cette dépense hebdomadaire, que l'étudiant devait déclarer sous serment, s'appelait biirsa; selon le taux des bourses, certaines rétributions scolaires s'élevaient à dix livres, tandis que d'autres descendaient à six sous; jamais la taxe exigée des nouveaux bacheliers ne descendit au-dessous de quatre sous.

1. Un compte de la Nation d'Allemagne de l'Universit*'' au ([iiinziènie siècle, par M. Ch. Jouhdain {Mémoires de la Sociélé <U PdHs ttdt rHe-de-Fi'dnce, L I, 1875, IfiT et sUlV.).

Indépendamment de ces rétributions variables, les maîtres es arts payaient une somme fixe de deux livres, comme droit de bienvenue et pour la robe du recteur. Il y avait aussi une taxe perçue par les ])edeaux et à leur profit.

Quant aux dépenses, elles consistaient surtout dans les distributions faites aux « suppôts » de la Nation : distributions, lors d'assemblées particulières, aux fêtes solennelles, lors de la procession du recteur, pourl'obit d'un régent.

Elles comprenaient, en plus, toutes les foi s qu'un service religieux était célébré, le droit du curé de Saint-Gôme; ceux de l'officiant, des chantres et de l'organiste; la somme donnée à l'offrande ; les frais de luminaire, cierges, chandeliers, ornements ; le lavage de l'église, etc.

Il convient d'ajouter à ces déboursés les indemnités, éventuelles ou régulières, que touchaient parfois un ancien recteur, plus ordinairement le procureur ou le receveur sortant de charge, et les bedeaux des autres Nations, qui avaient accompagné le recteur à Saint-Gome; les aumônes; enfin, certaines redevances, comme celles dues à l'abbaye de Sainte-Geneviève, sur le territoire de laquelle étaient situées les écoles de la Nation.

La comptabilité n'était pas,(Mi somme, 1res compliquée. Les ressources de nos anciennes écoles

LA VIE D ETUDIANT AU MOYEN AGE i:$

étaient modiques, maîtres et écoliers n'étant ji^uère plus riches les uns que les autres K

Une sage économie présidait à rétablissement du budget des Nations : sans proscrire les fêtes et les banquets universitaires, on s'efforçait d'en modérer les frais. Voici les règles qu'avait posées a cet égard la Nation d'Allemagne et qui, d'ailleurs, ne furent pas toujours fidèlement observées :

Il y aura chaque année trois banquets seulement de la -Nation : le premier lors de la reddition du premier compte : la dépense à la charge de ta Nation ne devra pas y dépasser deux francs; le second, le jour de la fêle de saint Matthieu : la dépense y sera également de deux francs au plus; ce qui dépasse restera à la charge des convives présents. Le troisième banquetaura lieu le jour de la fête de saint Edmond : quelques jours avant, le procureur convocfuera la Compagnie, qui avisera aux mesures à prendre, tant pour la célébration de l'office divin que pour le ban- <|uet. On s'entendra amicalement, de manière à éviter à la Nation tout préjudice.

Chaque Nation avait un sceau, des magistrats prociiratores). Les quatre Nations réunies élisaient un chef, le recteur.

Chargé de la défense des intérêts généraux de toutes les Facultés, le recteur représentait le pou-

1. Il fut un temps où les pouvoirs publics durent, par des rt'glements spéciaux, pourvoir aux plaisirs des étudiants : une loi de 1521 ordonna que les Juifs paieraient 104 livres et demie aux juristes et 70 livres aux artistes, pour être employées à un festin de carnaval (Savigny, op. cil., III, 14G).

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voir exécutif de rUnivei'sitë; mais, alors qu'à Bologne le recteur était l'élu d'une corporation riche, aristocratique, celui de Paris était un niaitre es arts, de condition modeste, qui n'avait môme pas les ressources suffisantes pour onUetenir son escorte d'appariteurs. Toutefois, il avait, comme celui de l'Université bolonaise, le pas sur les prélats, les ambassadeurs, n»ais sa magistrature était temporaire K

Chaque Nation empruntait une église, tantôt celle des Mathurîns, tantôt celle de Sainl-Julienle-Pauvre, pour y tenir ses réunions*, ou pour l'élection du recteur.

Celui-ci était élu à deux degrés, Au premier degré, les délégués des (iiialre Nations des arts et des autres Facultés se réunissaient et choisissaient, pour chaque groupement, ([uatre électeurs.

Ces grands électeurs, ou inirants^ae réunissaieni en conclave et, avant la fin du jour, ils élisaient le recteur, qui, iine fois élu, était proclamé solennellement, au nom du l^ère, du Fils et du Saint- Esprit, par son prédécesseur ; il recevait, de

1. Cf. l'ouvrage de qv Bovi.w, lit^nKirijues sur l<i dùjnité, ritntj, préséance, aulorilé et juridiclion du recteur de l'Université de Paris,

2. La collation des grades, les fête» aca»iémif|ues *e tenaient dans un cloître ou dans le réfectoire de quelque monastère {L'étudiant au moyen âge, par Michel Huisman, in Meuue den Cours et Conférences, 15 décembre 1898).

LA VIE D ETUDIANT AU MOYEN AGE Ip

ses main«, los insignes de tia nouvelle fonution : le béret sur la tète, la mante tl'herniine HUr les» épaules et, en sautoii', Técharpe au sachet de velours, contenant le aceau de l' Université et la clef de la caisse commune,

Les étudiants, convoqués par le recteur, torniaient r Université proprement dite.

Dans les assemblées, on votait avec des l'cves, blanches et noires; chaque membre devait y assister au moins trois fois l'an, sous peine de perdre ses droits.

Les professeurs étaient tenus, lors de leur promotion et une fois dans l'année, de prêter serment d'obéissance au recteur ; placés sous sa juridiction, ils pouvaient êtracondanmés non seulen»ent à l'amende, mais être exclus de l'Université, Il leur était interdit de quitter lu ville sans l'autorisation du recteur, ou de l'Université si leur absence durait plus de huit jours.

Les artisans qui travaillaient pour l'Université, tels que les peintres en miniature, les copistes, les relieurs, et aussi les domestiques des étudiants, étaient placés sous la protection de l'Université, lorsqu'ils lui avaient juré fidélité, et devaient se soumettre au recteur et aux statuts ; on choisissait, en outre, tous les ans, un certain nombre de marchands de la ville, qui avaient le privilège de prêter sur gages aux étudiants et qui

juraient obéissance aux recteurs, de même que les loueurs de livres.

Le recteur était renouvelé chaque année; les Nations étaient partagées en séries, appelées, chacune à leur tour, à fournir le recteur.

Celui-ci jouissait d'une grande considération ; sa juridiction s'étendait sur tous les membres de l'Université, qui ne pouvaient décliner cette juridiction sans violer leur serment d'obéissance aux statuts ^

Ce que nous venons de dire s'applique plus spécialement à l'Université de Bologne; mais cela se passait de même, à quelques variantes près, dans les autres Universités.

L'Université endroit de ^lontpellier était administrée par un recteur, élu annuellement et entrant en fonctions le 2 février, et par douze conseillers, également annuels.

Lerecteur était pris, à tour de rôle, parmi les trois Nations qui composaient l'Université, c'est-à-dire parmi les Provençaux-, les Bourguignons et les Catalans : on comprenait, sous le nom de Nation catalane, non seulement les étudiants de la Catalogne proprement dite, mais encore ceux du Roussillon et du royaume de Majorque. Deux des conseillers étaient, l'un, chanoine de Maguelone ; l'aiilie, habitant de Montpellier.

1. Savigny, Hist. du droit romain au moyen âge, l, III, passimi Paris, 1839v

('oiiseillors, comme recteur, devaient être clercs, issus de mariage légitime : une assemblée tenue à Montpellier en 1313, n'admit, parmi les étudiants en médecine pouvant aspirer à la licence

-CHAU DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS (XlV sièclc)

(^t au doctorat, que les enfants légitimes et cette règle fut appliquée dans presque toutes les Unixcrsités K

Ils ne pouvaient être âgés de moins de 25 ans.

Leur élection était l'œuvre du recteur et des

I. Sur I élude el l'exerciee de la médecine depuis le dlx-neul'ième sàV/f jusqu'à la liéuolulion française, par I^. Montariol (lh»'>«» (Jft (ioctoi-al do Toulouse, 1912); Germain, op. cit., III, 103-104.

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conseillers sortants et avait lieu à la majorité relative, la voixdu recteur décidant en cas de partage.

Les nouveaux élus prêtaient sonnent entre les mains de l'évêque.

Election d'une part, élément ecclésiastique de l'autre, voilà ce qu'on retrouve à la base de l'organisation universitaire, au moyen Age. Il est assez remarquable que l'Eglise, en préconisant le système électif et le faisant prévaloir, ait ouvert la voie à l'esprit démocratique et libéral qu'on croit généralement de toutautre essence.

L'élection seule décidait de l'aptitude à la dignité suprême; le plus modeste des étudiants pouvait y prétendre.

Le recteqr était toujours pris en dehors de la catégorie des docteurs et, s'il était reçu docteur pendant l'année de son doctorat, il était pourvu à son remplacement, avant qu'il fût arrivé au terme de sa magistrature. Recteur et conseillers n'étaient donc que de simples étudiants ^

« Voilà, certes, de la démocratie ! » ne peut s'empêcher de s'écrier un annaliste des coutumes universitaires -', mais, par une singulière contradic-

1. Il est vrai que, quand il s'agissait d'une affaire importante, le recteur ne se contentait pas de prendre l'avis de son conseil ; il consultait aussi les docteurs, les licenciés et les bacheliers.

2. Hisl.de la Commune de Montpellier, par A. Germain, t. III (1851).

tion, cette même Université qui, tout à l'heure, manifestait dans le choix de ses dignitaires des tendances si avancées, sacrifiait au féticliisme arisl()ci'ati(|ue, en autorisant les étudiants de familles nobles à porter un costume particulier et à j)rendre place dans les cérémonies avant les licenciés et immédiatement à la suite des docteurs.

U\K Li:<;ON AT LIT DU M VI. VI)

(Movon ii<çe).

(]<' Mi'tiiil pas loiijours dos acl()l(*.sc(Mils (|iii .li(''(|ii<'nlnioiil l(\s écoles de luiiit oiiseigiiomeiit du iiio\ (»ii âge. Les aiidiloifosdos <>colos compiM^iiaitMit nonihro d'iionimos o(<Tij)aiil iiiic certaine situalion socialo.

D'aiit'iins ('lainnt j)ossoss<mii's do Jx'nu'liccs occl»'siasli(|uos, on lonaiciil nu raii^' dans lo mondo. La pliipait, loulefois, «Uaieiit joiinos, et avaient les (|iialilés et les d(';faiits de leur âge. Les dil't'éieiUes interdictions, énoncées par les anciens statuts, téin<n'gnent assez des désordres (|u'à maintes reprises, l'autorité fut o])iigée de répriiuor.

A ^fontpelliei', 'défense était laite aux luejuhres de ri'niversité, sous peine d'être mis au ban de la corporation, d'allej- danser ou gambader au dehors ' ; défense, sous la même peine, de jouer aux dés ou autres jeux de hasai'd •'. l)<''fense

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