Tola licel veleres exornenl undique cerae
Atria, nobililas sola est, alque unica virlus.
(JuvÉNAL, sat. VIII.)
été consacrée à Apollon par Hippocrate en personne. C'est, semble-t-il, le plus ancien monument de la sculpture, appliquée à ce genre particulier d'imitation •.
Quant à la cire, on fut plusieurs siècles avant de l'employer à cette destination.
Elle paraît avoir été mise en œuvre, pour la première fois, par un Français, qui vivait sous le roi-chevalier, à l'aurore de la Renaissance. Jacques d'Angoulême serait l'auteur des trois grandes figures anatomiques, longtemps conservées dans la Bibliothèque du Vatican, où elles se trouvent peut-être encore : « l'une montre l'homme vif ; l'autre comme s'il estoit écorché, les muscles, les nerfs, les veines, artères et fibres ; et le troisième est un skeletos (squelette), qui n'a que les ossements et les tendons qui les lient et accouplent ensemble ^ ».
On présume que ces figures étaient en cire 3. C'étaient bien, comme le désigne expressément celui qui nous les décrit, des écorchés ; de même que les deux personnages qui soutenaient le baldaquin de la chaire destinée aux leçons que pro-
1. Journal de médecine, chirurgie et pharmacie, par Ph. A. Bâcher (mai 1793), t. XCIV, 168.
2. Images ou tableaux de plaie peinture, par Biaise de Vige- I? NÈRE (Paris, 1578).
3 Essai hislorique sur la sculpture en cire, par Gaston Le Breton. Rouen, 1894.
fessait à Bologne, au milieu du dix-septième siècle, le célèbre Ercole Lelli, lequel se servait de modèles en cire, pour enseigner l'anatomie aux jeunes gens qui étudiaient les arts du dessin, dans cette Université '.
Vers la même époque, un prêtre sicilien- passait pour très habile dans l'art de modeler la cire.
Il avait commencé par imiter toutes sortes de fruits, à la manière des Romains, qui excellaient dans ce genre de travail. Il avait fabriqué force exvoto^ représentant des mains, des pieds, des têtes, affectés de maladies ou de difformités plus ou moins hideuses, qui avaient été guéris par Teffet des vœux présentés à un saint ou à une Madone^.
Zumbo, tel est le nom de l'artiste, fut, de bonne heure, remarqué par le chirurgien Florentin Ricci, qui lui confia l'exécution de pièces pathologiques; mais il se lassa vite de ce travail, qui lui causait un insurmontable dégoût, et il puisa désormais son
1. C'est dans cette Université qu'on vit, pour la première fois, une femme occuper la chaire d'anatomie, Anna Manrol- LiNi, dont l'Institut de Bologne possède des préparations remarquables. Sa science, ses découvertes, lui firent offrir une chaire à Milan, et lui valurent, en 17fi9, une visite à l'empereur .loseph II, qui la combla de distinctions honorifiques. [Les Femmes dans la science, de Rebière, 196.)
2. L'abbé Dom Gaetano Giulio Zumbo serait né à Syracuse en 1637.
3. En réalite, les ex-voto sont beaucoup plus anciens (cf. YAsclépiéion d' Athènes, par Girard (1881) ; le Dict. du mobilier, de Havaud, t. I, col. 826, etc.
inspiration dans les sujets religieux. Il se plaisait à faire des crèches et de ces grands reliquaires, où des saintes, de grandeur presque naturelle, reposent sur le velours, au milieu d'ornements somptueux ^ Mariette prétend avoir vu à Florence, outre des compositions anatomiques, remarquablement exécutées par cet artiste, deux cires coloriées, que Zumbo apporta en France, où sa réputation l'avait devancé. C'étaient également deux sujets religieux : la Nativité et la Sépulture du Christ -.
En 1701, le Sicilien Zumbo avait présenté au roi une tête en cire, qui se démontait, et dans laquelle figuraient les veines, les artères, les nerfs, les muscles, etc. « Désormais, écrit le Mercure galant, en parlant de cette invention, on pourra faire des leçons anatomiques toute l'année, sans craindre la puanteur et l'infection des sujets. »
Louis XIV, émerveillé, acheta l'œuvre du modeleur, dont plus tard il fit don à Georges Mareschal. Le premier chirurgien légua sa collection à l'Académie royale de chirurgie ; mais les pièces en furent à la longue dispersées, de sorte que l'on ne sait, aujourd'hui, ce qu'est devenu la tête de Zumbo 3.