LES BAINS FINLANDAIS
Un des traits remarquables des mœurs des Finlandais, c'est l'usage de leurs bains de vapeurs. Il n'est presque pas, chez ce peuple, de paysan qui n'ait une petite maison disposée pour cela.
Cette maison ne contient qu'une seule chambre, divisée en deux étages ou ayant un échafaudage tout autour, sur lequel on monte avec des échelles, pour pouvoir se réunir en plus grand nombre. Dans un coin de la chambre sont des pierres rougies au feu, sur lesquelles on jette de l'eau, jusqu'à ce que l'appartement soit tout à fait rempli de vapeur.
Hommes et femmes, nus comme la main, prennent ces bains ensemble, sans qu'il en résulte aucune manifestation du moindre sentiment de pudeur, ni d'émotion relalive à la différence des sexes. Si, cependant, un étranger ouvre tout à coup la porte d'une de ces étuves pour y entrer, les femmes témoignent de l'effroi. Il est vrai qu'alors la lumière y pénètre avec lui, parce que la chambre du bain n'est jamais éclairée. Le seul accès qu'on y ait laissé à la lumière est un petit trou pratiqué au sommet, et les joints mal fermés des planches du toit.
Le voyageur, qui rapporte ces particularités, dit qu'il s'est souvent amusé à suppreudre ainsi les baigneurs et qu'il a essayé de se mettre de leur partie, mais qu'il ne lui a jamais été possible d'y tenir plus d'une minute. « Je suis convaincu, ditil, que, si je m'étais obstiné à m'y tenir plus longtemps, j'y serais mort étouffé ». Il a fait, sur la chaleur de ces étuves, diverses observations à l'aide du tbermomètpe, et ajoute qu'on aura peine à le croire, quand il dira que les Finlandais séjournent quelquefois une heure entière, causant et riant ensemble, dans une température de 75° du thermomètre de Celsius, lequel, dans sa division, est de lOO*" pour le terme de l'eau bouillante. L'instrument, ajoute le voyageur, était si chaud, qu'à peine je le pouvais tenir dans ma main.
Pendant tou t le temps que les Finlandais restent dans l'étuve, ils se frottent le corps et se frappent de verges faites de rameaux de bouleau. En moins de ,dix minutes, ils sont aussi rouges que l'écarlate, ce qui n offre pas le spectacle du monde le plus agréable aux yeux de l'observateur humain et sensible.
Il arrive souvent, pendant l'hiver, aux naturels de ces pays, de sortir de l'étuve dans cet état de nudité, pour aller, par un froid de 30° au-dessous du point de congélation, se rouler dans la neige (i).
(1) Le soir du 24 décembre, nous contait naguère le docteur Th. Caradec, à son retour d'un voyage en Suède, tous les sujets de S. M. Oscar II prennent un bain de vapeur complet, avec frictions, flagellations, fumigations et hydromel final. Ce bain se donne dans la maison de chacun ; et comme les salles aménagées spécialement sont rares, on a recours au moyen suivant : les hommes d'abord, les femmes ensuite, s'enferment dans la cuisine, dont le fourneau est chaulTé à blanc. La porte close, les vêtements retirés, un domestique lance de grands seaux d'eaux à la volée sur le fourneau. Inutile de décrire l'atmosphère de fournaise qui en résulte. Oiioi qu'il en
Quelquefois aussi, ils sortent nus de l'étuve et vont, dans la rue ou sur le chemin, faire la conversation avec le premier passant venu. Si quelques voyageurs passent près d'une étuve où sont rassemblés ces villageois, ou qu'on ait besoin de secours pour dételer ou atteler les chevaux, vous les voyez aussitôt sortir sans vêtements du bain et venir, sans paraître s'apercevoir du degré de température, aider à cette manœuvre, tandis que les voyageurs grelottent de froid dans les fourrures qui les envelot>pent.
Les paysans de la Finlande passent donc subitement d'une chaleur de 70° au-dessus de la congélation à 30'' au-dessous, rapportée à l'échelle de Réaumur, transition qui est comme de 63 au-dessus à 24 au-dessous. Non seulement ils n'en ressentent aucune sorte de dérangement, mais ils assurent que, sans l'usage de leurs bains de vapeurs, ils seraient incapables de soutenir les travaux auxquels ils sont appelés. Ils prétendent que ces bains font l'effet du sommeil pour réparer leurs forces.
Ce qui est certain, c'est qu'ils ne connaissent ni les rhumatismes, ni les rhumes, ni les pulmonies... (1)
soit, la fin de cette cérémonie préparatoire réunit tout le monde dans la salle à manger, où la table, magnifiquement éclairée, supporte un somptueux festin.
(1) Peignot, le Livre des Singularités.
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