‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 239 sur 266 · SUPPLÉAIENT AU TOME PREMIER · texte numérisé non relu

SUPPLÉAIENT AU TOME PREMIER

guère à l'honorabilité des matrones, n'avaient garde de se soustraire à la coutume générale. Ce dernier, pour adoucir la douleur qu'il éprouve de la séparation de sa bien-aimée, se dépeint les joies du moment oii il la reverra : il voit déjà Délia, assise à une heure très-avancée du soir près de sa lampe, et tenue en éveil par les contes d'une vieille femme, pendant que les yeux des servantes, filant autour d'elle, sont déjà prêts à se fermer, se lever soudain, à l'apparition de son amant, et courir au-devant de lui, les pieds nus et les cheveux épars *.

» Tibulle, 1, 3, 85.

Même page, après la ligne 17, intercalez entre deux virgules :

sous Claude,

Même page, ligne 23, après le point :

Musonius Rufus, stoïcien du premier siècle de notre ère, dit que filer et tisser, c'était la grande affaire des femmes de l'époque ^

*■ DansStobée, Florilegimn, éd. Meineke, IV, 222.

Page 347, ligne 2 :

Symmaque encore remercie « madame sa fille » du cadeau d'un habillement de laine, envoyé de Baïes. Aux yeux du père, ce chef-d'œuvre de l'habileté de. la dame dans la confection des ouvrages en laine, ne témoignait pas moins de sa piété filiale que de son activité de ménagère.

Page 350, après la ligne 20, entre deux virgules : sous la surveillance de gouvernantes et de pédagogues ^

* Voir aussi Cicéron, ad Aiticum, XII, 33.

SCPPLÉMENT. h

Pline le Jeune * nous a laissé le portrait d'une jeune fille de grande maison, aimable et bien élevée par excellence, dans son éloge de la fille de G. Minucius Fundanus (consul en l'an 107 ou 108), décédée à la veille d'un mariage qu'elle devait faire. « Elle n'était pas encore,» dit-il, c( âgée de quatorze ans, et déjà elle avait la prudence de l'âge, ainsi que la dignité d'une femme, unissant la grâce de la jeune fille à la chasteté de la vierge. Gomme elle s'attachait au cou de son père ! avec quelle amabilité, égale à sa modestie, elle nous embrassait, nous, ses amis paternels I Combien elle aimait ses gouvernantes, ses pédagogues et ses précepteurs, chacun en raison de l'office qu'il avait auprès d'elle ! Avec quelle application, quelle intelligence elle faisait ses études 1 Avec combien de discrétion et de raison elle se livrait aux jeux de son âge î Avec quelle résignation, quelle patience et quelle force d'âme elle supporta sa dernière maladie î »

• Lettres^ V, 16. — Mommsen, /^erwiè*, III, 46.

Même page, ligne 23, après le point :

Agrippine, la mère de Néron, avait à peine douze ans quand on la maria à Domitius Ahénobarbus; la fille d'Agricola, que son père fiança à Tacite, pendant son consulat de l'an 77, ne devait guère en avoir plus de treize, lors de son mariage, et Julie, fille d'Auguste, avait été mariée à Marcellus à quatorze ans , l'âge moyen pour rétablissement des filles à marier, d'après l'assurance positive d'Épictète *. Dans V Eunuque de Térence ' cependant, l'âge de

• ManualCf 40.

AU TOME PREMIER. ilo

seize ans est indiqué comme celui de la vierge dans toute sa fleur.

Page 354, après la ligne 5 :

II y a lied de croire, cependant, qu'en général les hommes se mariaient plus jeunes que le recommandé de Pline. Ce dernier* nous apprend, en effet, qu'Ummidius Quadratus, avec moins de vingt-quatre ans, aurait déjà pu être père. Agricola, né en l'an 40, le devint à vingt-trois ans (dès la fin de 62, ou au commencement de 63) -, et Tacite, quand il épousa la fille du précédent, âgée de treize ans, en comptait lui-même tout au plus vingtquatre. Ovide % lors de son premier mariage, n'était encore qu'un adolescent. Dans l'ordre sénatorial, il paraîtrait que l'investiture de la moins élevée des charges curules, la questure, que l'on obtenait d'ordinaire à vingtcinq ans, était souvent une condition préalable pour la conclusion du mariage. Helvidius Priscus avait été choisi pour gendre par Fétus Thrasée, pendant qu'il n'était encore que c( questorien » \

» Lettres, VII, 24.

2 Momrasen, Hermès, III, 80, 4, et Urlichs, De vita ethonorïbus Agricolœ, p. 11.

3 Tristes, IV, 69.

* Tacite, Hist., IV, 5.

Page 355, ligne 6 :

Il en était ainsi, sauf le cas oii la fiancée était livrée au mari avant l'âge de sa majorité accomplie, même quand l'état provisoire déterminé par les fiançailles durait des

' Digeste, XXIII, I, 17 : Saepe justœ ac necessariae causae non solum annum vel biennium, sed etiam triennium etquadrienniujn etiilte-

Pline l'Ancien avait vu Lollia Pauline, jadis femme de Caligula, à un repas de fiançailles, dans une famille qui n'était pas précisément des plus aristocratiques, avec une parure d'émeraudes et de perles, étincelante à la lumière des lampes, et qui avait coûté 40 millions de sesterces (10,875,000 francs), chiffre dont celle qui la portait était prête à certifier l'exactitude, factures en main\

rius trahunt sponsalia, veluti valetudo sponsi sponsaeve, vel mortes parentumautcapitaliacrimina, aut longiores peregrinationes, quae ex necessitate liunt.

* Hist. ?2a^,IX, 117.

Même page, à la note 3 :

A la bague en fer se substitua plus tard une bague d'or. — Voir Tertullien, Apol., 6, et Clément d'Alexandrie, Pédag., III, 11, § 57, p. 287 P.

Page 363, après la ligne 12 :

A plus forte raison quand ces dames pouvaient s'enorgueillir de leur descendance d'une longue série d'aïeux *.

' Martial, V, 37, 22 (conjugem superbam, nobilem, locupletem), et V, 17.

Page 364, ligne 4, après le point :

De l'autre côté, des d-ames de condition sénatoriale vivaient quelquefois en concubinage avec des hommes que, d'après les lois réglant le mariage, elles n'auraient pu épouser, sans déchoir de leur rang : notamment avec des affranchis et de même, t;2ce versa, pour la même raison, des sénateurs avec des affranchies. Galixte^ évêque de Rome (de 218 à 222), permit expressément des liaisons de l'espèce à des- dames de qualité de son diocèse ^

' Hippolyte, Refut. hxres., IX, 12.— Tertullien, ad uxor.^ II, 8.— Ulpien, L. XXXII, ad Sabin. {Digeste, XXIV, 1, 3, § 1) : Divus tamen Severus in liberta Pontii Paulini senatoris contra statuit, quia non erat affectione uxoris habita sed magis concubinœ.

Que des femmes des autres ordres épousassent leurs affranchis, c'était plus rare que les exemples de ci-devant esclaves élevées, par leurs maîtres, au rang d'épouses légitimes*. La première de ces deux sortes d'unions n'était, légalement, admissible que chez des femmes de la basse classe, au moins depuis le commencement du troisième siècle *.

' Fabretti, Inscr. Dom. 290. — Orelli, 3024-3031.

« Ulpien, L. XXXIV, Ad SaUnum {Digeste, XXIII, 2, 13).

Page 366, ligne H, après le point :

Cette corporation féminine, qui avait été sans doute, originairement, instituée dans un but religieux, était peutêtre très-ancienne *, et il en est fait mention plusieurs fois au premier siècle de notre ère^; mais nous ne savons rien de précis sur sa composition, son organisation et sa compétence, à aucune époque. Elle avait, de même que les associations semblables dans d'autres villes % un local de réunion (curia), qui lui appartenait en propre, sur le Quirinal, et peut-être en avait-elle même un second, au Forum de Trajan \ Héliogabale, qui fit élever un nouveau bâtiment sur le Quirinal, pour les réunions de ce sénat de femmes, dont il élargit aussi la

' Tite-Live, V, 25 ; XXVII, 37. — Voir aussi Becker, Manuel, I, note 1247.

' Sénèque, De matrimonio, éd. Haase, III, p. 428, 49 ; Deinde per noo tes totas garrulae conquestiones : « lUa ornatior procedit in publicum, hœc honoratur ab omnibus, ego in conventu feminarum misella despicior. »

' Orelli, 3740 (à propos d'un double repas donné à la curie des femmes, pour l'inauguration d'une statue équestre, à Lannvium).

♦ Orelli, 805 ; voir aussi Henzen, 111, p. 82.

compétence, lui soumit toute sorte de questions d'étiquette, concernant le beau sexe*.

* Vie d'Héliogàbalc, ch. iv : Sed Symiamira.... facta sunt senatusconsulta ridicula de legibus matronalibus : quae quo vestitu inciderent, quaîcui cederet, quaj ad cujus osculum veniret, quœ pilento, quœ equo sagmario, quaî asino veheretur, quœ carpento mulari, quaî boum, quae sella veheretur et utrum pellicea, an ossea, an argentata, et qua» aurum vel gemmas in calciamentis, haberent.

Page 367^ à la note 2 :

La robe longue dite stola était propre aux femmes mariées {matronœ); cependant les courtisanes (meretrices) et les affranchies ( Ziôertlnœ, par opposition aux femmes de naissance libre, appelées généralement ingenux), acquéraient aussi, par le mariage, le droit de porter cette robe. — Voir Horace, Sat.^ I, 2, 29, 94 à lOO; Cicéron, Fhil., 2, 44 : Curio qui te a meretricio quaestu abduxit, et tamquam stolam dedisset, in matrimonio certo ac stabili collocavit. — On trouve, dans les inscriptions, des noms de dames qualifiées de femïna stolaia, jusqu'à Lyon et à Tomi. — Voir Henzen, 7190; Orelli, 3,031; Boissieu, lîiscr. de Lyoïif p. 310, et Hubner, Rapp. mens, de l'Acad. de Berlin, 1868, p. 84.

Page 368, ligne 16 :

D'un autre côté, comment des natures faibles pouvaientelles éviter de succomber à des tentations si multiples? On ne peut compter sur rien, dit Sénèque*, avec ce qui forme l'objet de désirs langoureux et d'aspirations sans nombre; l'un attire par sa beauté, un autre par son esprit, un troisième par ses bons mots, un quatrième par sa libéralité ; ce qui est attaqué de toutes parts, ne peut manquer d'être emporté d'assaut, à un moment donné, d'une manière ou de l'autre.

' De matrimonio y éd. Hàase, III, 429.

Page 369, ligne 1, après le point :

Pline n'avait fait que reproduire ces doléances, remon-

tant à l'an 154 avant notre ère, sur les déportements des femmes, d'après les Annales de L. Pison Frugi, consul en 133 avant Jésus-Christ; elles étaient donc fort anciennes à Rome.

Même page, ligne 1 i :

Il n'y a, dit Ovide, de femmes chastes que celles auxquelles personne n'a jamais fait la cour, et il faut qu'un mari soit bien rustre et bien peu au fait des mœurs de Rome, pour se fâcher des infidélités de la sienne.

Page 370, Hgne 1, après le point :

Notre philosophe (Sénèque le Jeune) prétend même que les choses étaient venues à ce point que les femmes n'avaient des maris que pour amadouer les amants. La chasteté, dit-il, est une preuve de laideur. Où trouve-t-ou une femme assez disgraciée pour être réduite à se contenter d'une couple d'hommes, à côté de l'époux en titre ? Ces dames partagent leur temps entre leurs divers amants, et la journée ne suffit pas pour tous. Elles appellent mariage toute liaison avec un seul amant, et la femme qui ne sait pas cela est une niaise, vouée au même ridicule que la vieille mode^

I Sénèque, De beneficiiSy III, 16, 3.

Page 372, ligne 6 :

II est certain que les unions matrimoniales de trèslongue durée étaient des exceptions plus rares que ne devrait le faire supposer la précocité des mariages. Dans rÉloge composé par Q. Lucrèce Vespillon, consul en l'an 19 avant Jésus-Christ, à l'occasion de la mort de sa femme Turia, décédée dans l'intervalle des années 8 et 2 avant Jésus-Christ, il est dit : a C'est chose rare que

des unions d'aussi longue durée, avant d'être dissoutes par la mort, ne soient pas rompues par le divorce; or, le destin a permis que la nôtre continuât de subsister, sans sujet de plainte^ jusqu'à la quarante et unième année. » Mais, dans cette union même, la femme, après la mort d'une fille qui était, paraît-il, leur fille unique, avait proposé le divorce à son époux, pour qu'il pût contracter un autre mariage, qui lui donnât encore des enfants, le manque de ceux-ci étant alors un motif de divorce assez fréquent, sans nul doute, ne fût-ce qu'à cause du préjudice qu'essuyaient, dans les successions, les personnes sans enfants. Turia offrait de se mettre elle-même en quête d'une nouvelle épouse pour son mari, d'être une seconde mère pour les enfants qu'il aurait, et de faire, auprès de lui, l'office d'une sœur ou d'une belle-mère ; il ne devait même pas y avoir entre eux de séparation de biens. Mais le mari, profondément ému, avait répondu à cette proposition par un refus passionné *. Les hommes qui en étaient à leur troisième mariage ne sembleraient nullement avoir été rares; on peut citer parmi eux, comme exemples, Cicéron, Ovide ^ et Pline le Jeune \ Une épitaphe, récemment découverte, mentionne même un septième mariage, dans le distique suivant*, qui se trouve inscrit sur la tombe d'une certaine Secunda, femme d'Orbius Natalis :

Hic ego securis (mortuis) jaceo super omnibus una Natalis quia nos seplimus ussit amor.

' Mommsen, Dissertations de V Académie de BerliHf 1863, p. 461, 462, etc.

' Tristes^ IV, 69, etc.

3 Mommsen, Hermès, III, 35.

* Henzen, Bull, des inscriptions j 1865, p. 252.

C'est l'urne qui parle ainsi. Statilie Messaliiie, enfin, était unie à Néron en cinquièmes noces ^

' Scoliaste de Juvéual, VI, 434.

Page 372, ligne H, au mot « mari, » en note :

Cependant un rescrit d'Antonin (peut-être de Caracalla ?) dans le Code grégorien, XIV, 2, et dans saint Augustin, De conj. arfwZ^., II, 7, contient cette déclaration : Periniquum autem mihi videtur esse ut pudicitiam vir ab uxore exigat, quam ipse non exhibet.

Même page, à la note 2 :

Juvénal, VI, 279 : Sed jacet in servi complexibus aut equitis; Ibidem, 331: Si nihilest servis incurritur; voir aussi 366, etc. — Martial, I, 81. — Digeste, \LN\\\, 5, 24 et 33.

Page 373, après la ligne 3 :

11 faut mentionner ici un autre effet encore plus funeste de l'esclavage, le danger résultant de ce qu'il faisait contracter des habitudes de dureté et de cruauté, danger que les spectacles sanglants de l'amphithéâtre augmentaient encore, d'une façon si terrible, à Rome. Juvénal n'a pas manqué de décrire, dans sa satire contre les femmes, la scène où la maîtresse de maison, dans un accès de mauvaise humeur, fait inhumainement fouetter ses servantes esclaves, sans même interrompre un seul moment ses occupations, jusqu'à ce que les bras tombent dje lassitude aux exécuteurs et que l'épouvantable cri « à la porte » I retentisse. Ovide aussi recommande aux femmes de ne pas égratigner le visage des servantes qui les parent, et de ne pas les martyriser de piqûres d'épingles dans les bras nus *. Adrien exila pour cinq ans, dans une île, une dame

* Juvénal, VI, 475-495; Ovide, Art d'aimer, III, 239-242, et Am,. I, H, 16-19; Martial, 11,66.

qui traitait ses femmes esclaves avec une abominable cruauté * ; et avant que le même empereur enlevât aux maîtres le droit de mettre à mort arbitrairement leurs esclaves*, il était loisible à des femmes, monstres de barbarie, de condamner au supplice de la croix, sans allégation d'aucun motif, des esclaves qui, pour elles, n'étaient même pas des hommes ^

' Digeste, I, 6, 2.

=* Hist. Aug., Vie d' Adrien , ch. xviii.

5 Juvénal, VI, 219-223.

Page 378, ligne 24, après le point-virgule :

Ainsi, du temps d'Auguste, l'acteur Stéphanion était suivi partout par une femme mariée, qui le servait en costume de page et s'était fait couper ras les cheveux*. La femme de l'empereui' Pertinax avait une liaison de notoriété publique avec un citharède ^

* Suétone, Auguste^ ch. xlv.

'* Vie de Pertinax, ch. xiii.

Page 383, à la note 6 :

Les porteurs de litière étaient, ordinairement, des hommes de taille gigantesque, choisis parmi les esclaves d'origine barbare.

Page 384, ligne 14 :

Gomme nous l'avons dit au livre premier, on ne se servait pas de voitures à Rome ; mais il paraît que les femmes conduisaient parfois elles-mêmes, dans les courses que l'on faisait à la campagne," avec des attelages de chevaux*.

Costume des femmes, — L'indécence du costume a également été reprochée aux femmes de ce temps; cepen-

* Ovide, Avï., II, 16, 49. — Propercc, V, 8, 23.

dant il est impossible de juger, d'après ce qu'ont dit, à ce sujet, des écrivains aussi portés à exagérer et à généraliser que l'étaient notamment les deux Sénèque et Pline l'Ancien \ de l'étendue du mal réprouvé par eux, et en particulier de la question de savoir jusqu'à quel point les fameux vêtements de gaze de Gos, toilette qui ne cachait rien et dans laquelle aimaient à se montrer les prostituées *, avaient trouvé un accès plus général chez les femmes. Il est encore plus difficile de déterminer si ces plaintes se trouvaient être alors fondées avec plus, ou du moins autant de raison, qu'elles l'étaient en Allemagne, à des époques très-diverses du moyen âge et des temps modernes, telles que le dixième siècle, le quatorzième, le quinzième, le dix-septième et le dix-huitième \ La passion des femmes pour la toilette et leurs prodigalités, surtout en étoffes et articles fabriqués de l'Orient, ainsi que notamment aussi en soie, byssus, pierres précieuses, perles et parfums, également déjà souvent déplorées, par les auteurs des premiers siècles de l'empire, furent indubitablement prodigieuses, dans bien des cas, et n'étaient pas seulement propres à de petits cercles ; cependant elles n'atteignaient guère, selon toute apparence, au luxe de la toilette dans les temps modernes, comme 'on le voit au livre VIII du présent ouvrage, où cette question forme l'objet d'un examen spécial.

' Marquardt, Manuel, V, 2, notes 1028 et 1650.

^ l{orace,\Saiires, I, 2, 101,

2 Falke, Costumes et modes d'Allemagne, 1858, en ail. I, 67, 213, etc., 278, 284, etc. ; voir aussi 297, etc. ; puis II, 200 (costumes lors delà guerre de Trente ans), 253, etc. (de la seconde moitié du dix-septième siècle), 311 (à la mode grecque et à la mode des sauvages) ; voir aussi 322, etc.

Page 386, à la note 1 :

Livie était une femme de tête, un Ulysse en jupons, suivant T expression de Caligula. (Voir Suétone, Caligula, ch. xxiii.)

Page 387, ligne 7 :

Aux mots «GalvisiusSabinus, gouverneur de Pannonie», ajoutez c( sous Caligula » .

Page 388, ligne 18, après le point :

Femmes savantes, — Dans la maison d'Auguste, qui favorisait et encourageait à dessein les tendances littéraires, les femmes ne pouvaient faire autrement que de s'y associer aussi. Ainsi sa sœur Octavie accepta la dédicace d'un ouvrage de philosophie ^ ; la riche culture d'esprit de sa fille Julie et l'intérêt qu'elle portait à la littérature contribuèrent à sa grande popularité ^ et une pièce de vers dont le poëte grec Grinagoras accompagna l'envoi des œuvres d'Anacréon à la belle et vertueuse Antonia, femme de Drusus, se lit encore aujourd'hui^ Sans doute, les femmes de cette époque s'occupaient également beaucoup de littérature, même au-delà de la sphère d'imitation dans laquelle s'exerçait le rayonnement de ces illustres exemples. La femme du poëte tragique Varius, dont Auguste fit jouer le Thyeste, pour la célébration de son triomphe, et qui reçut de lui, pour cette pièce, une récompense princière, était une femme des plus lettrées*, et Pé-

' Plutarque, Poplic, c. xvii, extr.

' Macrobe, Satiirn., II, 5, 2 : Litterarum amor mullaque eruditio

(quod in illa domo facile erat) ingentem feminai gratiam concilia-

verat.

^ Anthologia, éd. Jacobs, II, p. 13t : Grinagoras, 14.

* Serv. Ad Virg. Ed., III, 20 : Varii tragœdiarum scriploris uxor litteratissima.

AU TOME PREMIER. J2o

rilla, fille d'Ovide, poëte comme son père\ De l'activité littéraire des femmes de la cour, sous les règnes des empereurs suivants, on sait seulement qu'Agrippine, la mère de Néron, laissa ses Mémoires, dont Tacite^ et Pline l'Ancien^ profitèrent, et que Stalilie Messaline, la troisième femme de cet empereur, brillait, encore après la mort de celui-ci, par son esprit autant que par sa beauté et sa richesse, voire même qu'elle s'appliqua, par des études régulières, à l'art oratoire \ Il a été fait mention au tome I, p. 393, des occupations littéraires et scientifiques de la femme de Septime Sévère, Julia Domna.

* Ovide, Tristes, III, 7.

2 Annales, IV, 53.

3 J5ri5^wa^.,VII, Ind. VII, 46.

* Scol. de Juvénal, VI, 434 : Gonsectata est usum eloquentiœ usque ad studium declamaudi.

Page 390, à la note 3 :

Théophile était la fiancée du poëte Canius Rufus de Gadès, compatriote de Martial, qui lavante comme plus chaste que Sapho et l'égale de celle-ci eu poésie. Dans la même pièce de vers (Vil, 69, v. 7), il fait mention d'une autre femme poëte, Panténide, qui parait avoir été antérieurement l'épouse du même Canius, sur lequel on peut voir, eu outre, I, 61, 9; III, 20 ; III, 64, et VII, 87, 2. Martial glorifie en termes analogues Sulpicie, femme de Calénus, de laquelle une pièce devers extrêmement faible, intitulée Colloque avec la Muse, et que nous avons encore, porte le nom.

Même page, à la note 4 :

Outre les vers, gravés sur le colosse de Memnon, qui sont de Julia Balbilla, on y trouve aussi des vers d'une autre femme, Cécile TrébuUa. Julia Balbilla, qui se vante de descendre de Claude Balbillus, gouverneur de l'Egypte sous Néron, et connu aussi comme écrivain^ ainsi que d'un Antiochus, prince de Syrie, paraît avoir été très-tière de cette origine. Elle était de rang sénatorial, et l'inscription d'une statue que le conseil municipal et la bourgeoisie de la ville de Tauromenium (Taormina) lui tirent ériger, à Rome, l'appelle une femme

excellant dans la pratique de toutes les vertus, en modestie et en sagesse. Ce fut en l'an 130 de notre ère qu'elle visita le colosse de Memnon, à la suite de l'empereur Adrien et de l'aimable impératrice Sabine. On peut citer comme un spécimen des flatteries qui lui valurent les plus hautes faveurs du couple impérial, que, suivant elle, « Memnon avait salué l'empereur avant le soleil, qu'il avait craint la colère du maître de l'empire », etc. L'imitation de Sapho se manifeste, chez Balbilla, spécialement dans sa rigide observance des formes du dialecte éolien.

Page 393, ligne 6, après le point :

Plutarque dit, à l'éloge de Gornélie, devenue l'épouse de Pompée après avoir été celle de Grassus, qu'elle joignait à la beauté d'autres attraits encore, tels qu'une bonne instruction littéraire, musicale et géométrique, celui d'avoir suivi avec profit des cours de philosophie et d'être restée, avec toutes ces perfections, exempte du pédantisme et de l'air disgracieux que de pareilles études font contracter facilement aux jeunes femmes qui s'y livrent.

Même page, ligne 19, après le point :

Théophile, tant prisée comme poëte par Martial*, paraîtrait, d'après lui, ne pas avoir été moins forte sur la philosophie d'Épicure comme sur celle du Portique.

Dans la phrase suivante substituez au mot Galien :

L'auteur d'un écrit attribué à Galien.

iVIl, 69, 3:

Hanc sibi jure petat magni senis Atticus hortus, Nec minus esse suam Stoïca turba velit.

Page 395, ligne 2 : ■

Mais, bien qu'une grande ou même la majeure partie des femmes ne fissent que poser, avec l'apparence d'une instruction philosophique, il n'en manquait pas non plus, sans doute, qui cherchaient très-sérieusetaent, dans la phi-

losophie, un soutien et une règle de conduite pour la vie. L'Égyptien Plotin, le fondateur du néoplatonisme, qui fut la dernière grande création du génie antique, trouva à Rome, lors du séjour qu'il y fit à partir de l'an 244 de notre ère, nombre d'élèves, pleines de zèle et dévouées, même parmi les dames des hautes classes : entre autres l'impératrice Salonine. Il songeait même à profiter de la faveur dont il jouissait auprès d'elle et de son époux Gallien, pour fonder avec ses sectateurs, sur le territoire d'un district abandonné, dans la Gampanie, un État régi d'après les principes de la philosophie platonicienne, une Platonopolis. Mais ses antagonistes déjouèrent la réalisation de ce projet, et l'antiquité n'eut point son Icarie^

' Porphyre, Vie de Plotin, ch. ix et xii.

Femmes converties au chistianisme, — Les doctrines du christianisme ne pouvaient manquer d'enflammer aussi principalement les cœurs des femmes, et il est certain que ses apôtres savaient dûment apprécier leurs dispositions à cet égard, pour la propagande de la foi nouvelle. Celle-ci d'abord se répandit surtout, comme on sait, dans les clas* ses inférieures. Les païens, au deuxième siècle de notre ère encore, croyaient justifier leurs moqueries, à l'égard des nouvelles communautés, avec la prépondérance qu'avaient^ dans la composition de celles-ci, les petites gens, les artisans et les vieilles femmes * , en alléguant que les chrétiens ne parvenaient à convertir que les plus simples et les plus humbles des esclaves, des femmes et des enfants ^ Mais

* Athénagore, Sm;?;)^, 11.

' Origènei C. Cels., III, 44.

on ne saurait en conclure que la doctrine chrétienne n'ait pas aussi gagné, de bonne heure déjà, à Rome comme en Orient \ quelques néophytes isolées parmi les dames des hautes classes.

* A Thessalonique, à Béréa, à Damaris, [suivant les Actes des Apôtres, 17, 4, 12 et 34.

La suite du passage, dans le texte de la première édition, est à modifier ainsi :

Pomponia Grécina. — Peut-être faut-il ranger parmi ces dames converties Pomponia Grécina, femme du consul Plautius, l'un des vainqueurs de la Bretagne, accusée en l'an 58, sous Néron, d'être imbue de superstitions étrangères, et remise au jugement de son mari, mais absoute par lui. Sa vie, dit Tacite, fut longue, mais abreuvée de continuels chagrins, car elle passa dans une profonde mélancolie, sans jamais quitter ses vêtements de deuil, les quarante années qu'elle vécut encore après le meurtre de sa parente Julie, fille de Drusus, tuée en l'an 40. S'il n'y a pas de raison suffisamment déterminante, pour nous, de reconnaître dans ce deuil passionné, s'étendant sur une vie entière, avec une persistance qui n'apparaît pas comme un fait isolé, dans ce temps-là, et dont, comme on voit. Tacite a^ d'ailleurs, expressément indiqué la cause, le renoncement d'une chrétienne aux choses de ce monde ; s'il n'est pas impossible que l'accusation dont il s'agit ne reposât, comme il arrivait souvent alors, que sur une pure calomnie ; si, en conséquence, la conversion de Pomponia Grécina au christianisme n'est aucunement prouvée par ce qui ressort des paroles de Tacite, il n'en est pas moins très-naturel de supposer, dans ce qu'on était convenu d'appeler les superstitions étrangères, la foi nouvelle que l'on désignait alors

souvent ainsi'. La présomption que Pomponia était une convertie gagne en probabilité par les découvertes faites dans les catacombes de Galixte, oii l'on n'a pas seulement trouvé des monuments de Pomponii Bassi chrétiens, mais^ récemment^ aussi des fragments d'une inscription^ appartenant sans nul doute à un Pomponius Grécinus, et provenant de la fin du deuxième siècle^ ou du commencement du troisième ^ Ce rapprochement établit l'existence d'une relation entre les Pomponii Grsecini et les Pomponii Bassi chrétiens^ et permet d'autant mieux d'inférer que la confession du descendant chrétien de la famille Grécina pouvait bien, aussi, avoir été déjà celle d'une de ses ancêtres.

Flavia Domitilla. — On peut avancer, avec plus d'assurance, qu'il y eut une chrétienne dans la famille de Domitien, la fille de sa sœur, Flavia Domitilla, mariée au cousin de cet empereur, T. Flavius Clément, consul en 95, et dont Domitien avait désigné publiquement, pour ses successeurs, les fils encore très-jeunes, quand soudain il fît mettre à mort le père, à peine sorti de charge, sur un soupçon insignifiant, suivant Suétone^, qui traite Flavius d'homme méprisable au plus haut degré, pour son manque d'énergie. C'était là, toutefois, un reproche alors souvent adressé aux chrétiens, en raison de leur indifférence pour les affaires et les intérêts temporels. Ce qui semble également indiquer qu'il était chrétien, c'est

' Voir une thèse de M. Friedlaender, De Pomponia Graecina superstilionis externœ rea, dans un Programme de l'Université de Kœnigsberg, année 1868, IV.

^ De Rossi, Roma sotterraneay 11,782, 364, etc.; voir aussi tav. XLIX, no 27.

^ Domitien, ch. xv.

Supplément. i

que Clément et sa femme, au rapport de Dion Gassius, furent accusés d'athéisme, chef pour lequel;, ajoute cet historien, on infligeait alors la peine de mort, ou la confiscation des biens, à nombre de personnes, qui s'étaient tournées vers les pratiques des Juifs, avec lesquels on confondit longtemps les chrétiens, comme il a été dit plus haut. Domitilla paraîtrait, du reste, avoir été exilée dans l'île de Pandataria. Eusèbe* toutefois dit que, dans la quinzième année du règne de Domitien (vers l'an 95 ou 96 de notre ère), suivant le témoignage d'un certain Bruttius, peut-être ce Bruttius Présent dont parle Pline le Jeune ^, outre Clément, Flavia Domitilla, la nièce de l'empereur, avait aussi souffert pour la foi; mais qu'on l'avait exilée dans l'île de Pontia, où une pieuse matrone visita, au quatrième siècle, les cellules dans lesquelles elle avait, d'après la légende, subi son long martyre \ Y a-t-il ici confusion entre les deux îles de Pandataria et de Pontia, voisines l'une de l'autre * ? Domitien ne recourait-il, dans bien des cas, à la susdite accusation que pour donner à ses persécutions l'apparence du droit? N'y eut-il, parmi ses victimes, qu'une seule Domitilla, ou bien y en eut-il deux, comme l'admet TÉglise catholique? c'est ce qu'il est impossible de décider avec les données existantes. Cependant, il est prouvé par une inscription, récemment découverte, que la partie des catacombes désignée, par l'ancienne tradition chrétienne, comme le cime-

« Chron. l. U, ad 01. 218; U. E. III, 18.

- Lettres, VII, 3.— DeRossi {Bull, diarch. christ., 111, p. 24) dit avoir trouvé des fragments d'inscriptions, avec des noms de Bruttii, à côté du cimetière de Domitilla.

^ Saint Jérôme, Ep. 86 (27) ad Eustoch. virg.

* Gibbon, Uist., ch. xvi, 53. ^

tière de Domitilla, dépendait^ effectivement, d'une propriété de Flavia Domitilla \

Sainte Cécile, —L'allégation, dans les Actes des martyrs^ que sainte Cécile, révéréecommela patronne de la musique, était de famille noble et sénatoriale, trouve pareillement un point d'appui dans des découvertes nouvellement faites, dans les catacombes de Galixte ^ Les inscriptions de Céciliens sénatoriaux qu'on y a trouvées sont du temps de la fin du deuxième siècle jusqu'au commencement du cinquième. Ces catacombes occupent un fonds situé à la droite de la voie Appienne, et se trouvent^ probablement^ à la place même où était, au temps de Cicéron déjà, la sépulture de famille des Mételli Céciliens. De ceux-ci descendent, selon toute .apparence, les Céciliens qui, ayant embrassé le christianisme vers la fin du deuxième siècle, firent creuser, sur leur terrain, ces tombes souterraines ^ D'après les découvertes faites en ces lieux, leur dernier explorateur, M. G.-B. de Rossi, est tenté de donner à la thèse qui place le martyre de sainte Cécile, dans les derniers temps du règne de Marc- Aurèle, entre les années 177 et 180 environ*, la préférence sur celle qui avait prévalu jusque-là, et d'après laquelle cette sainte aurait été décapitée sous Alexandre Sévère '.

' De Rossi, Del cristianesimo nella famiglia de' Flavii Aiigusli <; délie nuove scoperte nel cemetero di Domitilla, dans le- Bull. Chr., 1865, 17, 2i;Roma sotterranea, l, 265-267; 319-321. — Ghampagny, les AntoninSy I, 146, etc. — Reumont, Hist. de la ville de Rome (en allemO, I, 418 et 807.

-De Rossi, Roma sotterranea, 11,113-161.

^ Ibid.^ p. 145, etc.

* Adomartyrolog.^ die 22 nov.ed. Georgii, p. 588 : Passa est autem beata virgo Marci Aurelii et Commodi imperatoium temporibus. — De Rossi, Roma soit., II, p, 150 ; voyez aussi p. XXVIII. L'auteur écrivait vers le milieu du neuvième siècle.

^ DeRossi, ibid., ^47, etc., puis aussi 123, etc., sur la découverte du

Progrès du christianisme à Rome depuis Commode. — Le temps qui s'écoula depuis la mort de Marc-Aurèle jusqu'à la grande persécution de Dèce fut généralement, pour l'Eglise^ un temps de repos, très-favorable à la propagation de la nouvelle foi. Sous le règne de Commode, dont la maîtresse Marcie était, comme on l'a déjà dit^ probablement chrétienne, on \it à Rome des familles de l'aristocratie passer tout entières au christianisme '\ Septime Sévère, dans les premières années de son règne, prit sous sa protection, contre la manie des persécutions, des hommes et des femmes de rang sénatorial, dont l'attachement au christianisme était notoire % et Mammée, la mère d'Alexandre Sévère, doit avoir été disposée favorablement pour le christianisme, parles discours d'Origène \ Ces prosélytes de haut rang, pour lesquelles le zélé Tertullien lui-même était obligé de reconnaître la nécessité des vêtements somptueux, comme une obligation que la naissance et la condition leurimposaient% devinrent, pour l'Église romaine, la cause de maint embarras. L'é^êque Galixte (218-223) permit, aux demoiselles et aux \euves de rang sénatorial ne voulant pas déroger à leur con-

corps, par le pape Pascal, en l'an 821, et sur sa translation dans l'église Sainte-Cécile, à Transtévère. Bosio et Baronius rapportent, comme témoins oculaires, qu'en 1599 le cardinal Sfrondati trouva le corps, les vêtements et le linge ensanglanté, dans un parfait état de conservation : le corps dans une bière de bois de cyprès, enfermée dans un sarcophage de marbre, dans l'attitude reproduite par la statue pleine de grâce, de Maderno, qui se trouve dans ladite église.

'Voir tome I", p. lia.

' Eusèbe, Hist. ecclés., V, 21.

'■' TertuUien, Ad Scapul., c. iv.

* Tillemont, Hist. desemp., éd. 1712, III, 1, 2'JO, 462. — Gibbon, hlst., ch. XVI, 115.

•' TertuUien, />e culiu fem., Il, 1.

dition, ni perdre leur rang, par le mariage avec un inférieur, le concubinat, même avec des esclaves, préférant ainsi visiblement ces relations, flétries par la loi et par les mœurs, aux mariages avec des infidèles \ Les monuments des catacombes nous font aussi connaître les noms de quelques nobles dames romaines du temps qui professaient le christianisme. Dans les cryptes de Lucine, on a trouvé le sarcophage d'une certaine Gatie Clémentine, femme d'un Jallius Bassus, revêtu de hauts emplois sous Marc-Aurèle ; sa fille, Jallie Clémentine, et une sœur ou fille homonyme de celle-ci, y avaient également leur sépulture; au même endroit ont été découvertes les inscriptions d'une Annia Faustine, d'une Licinia Faustine, d'une Acilia Vera, qui paraissent avoir appartenu à une famille apparentée tant avec les Pomponii Bassi qu'avec la maison impériale des Antonins^.

Scissions produites dans les familles par les dissentiments en matière defoi.—S^wt dans cette lutte de plusieurs siècles, entre le paganisme etle christianisme, les liens les plus sacrés de la nature dussent être continuellement déchirés et bien des cœurs brisés, qui pourrait en douter , lors même que la tradition de ces souffrances et de ces combats se serait entièrement perdue? Cependant Origène dit que les missionnaires du christianisme ne craignaient pas de pénétrer au sein des familles et de s'interposer entre des parents; que des esclaves chrétiens cherchaient, ainsi que le leur reprochaient les gentils, à attirer, dans le giron de leur foi, les femmes et les enfants de leurs maîtres ; que les plus zélés allaient jusqu'à pousser les enfants au refus

* Hippoiyte, De refutatione omn. hxres,, IX, 12.

2 DeRossi, Roma sotterr., I, p. 309, II, p. 360, etc. ; ï, p. 315, etc.

d'obéir à leurs pères et à leurs précepteurs ^ Le cas suivant, rapporté par un auteur chrétien, Justin^, sous Antonin le Pieux, n'a pu manquer de se reproduire mille et mille fois, dans des circonstances analogues. Un couple était adonné à des désirs infâmes : la femme devint chrétienne ; vainement elle essaya de corriger son mari, en lui communiquant la nouvelle doctrine et lui représentant les châtiments éternels; finalement, comme elle craignait d'encourir la perte de son salut avec lui, en restant plus longtemps son épouse, elle se sépara de lui. Si, dans l'espèce, des scrupules moraux doivent s'être joints aux scrupules religieux, la diversité des croyances et une conscience timorée devaient, probablement, dans la plupart des cas, suffire à la dissolution d'alliances formées pour la vie, et assurément, dans ces cas, l'amour et la fidélité ne devaient être que trop souvent arrachés des cœurs, comme c( une mauvaise ivraie », suivant l'expression de Gœthe, dans sa Fiancée de Corinthe.

' Origène, C. Cels.,\l\ 9 et 55, éd. Klotz.

' Apolog., II, 2 (Eusèbe, Hist. Ecclés., IV, 17).

Page 402, ligne 25, au mot a philtre », en note :

La croyance aux philtres ne s'était, du reste, comme il parait, introduite en Italie qu'au dernier siècle avant Jésus-Christ.— Voir 0. Hirschfeld, De incantamentis et devinctionibus amatorilsapud Grœcos Romanosque, Kœnigsberg, 1863, p. 17.

Page 406, ligne 13, après le point :

Tacite n'a raconté qu'exceptionnellement les destinées de quelques-unes de ces femmes. Annia Pollitta vit, en l'an 62, tomber son mari, Rubellius Plante, sous les coups de meurtriers au service de Néron; elle avait embrassé sa nuque ensanglantée , conserva ses vêtements tachés de

sang et vécut, comme veuve, dans un deuil profond^ sans prendre plus de nourriture que le strict nécessaire, pour ne pas mourir de faim. Puis, quand en l'an 65 son père L. Vêtus aussi encourut une accusation capitale, elle essaya, mais en vain, de pénétrer jusqu'à Néron, pour détourner de sa tête le sort fatal qu'elle résolut ensuite de partager. La belle-mère de Vêtus, Sextia^, ne voulut pas, elle non plus, survivre à ces deux victimes. Vêtus fit don de tout son avoir à ses esclaves et ne garda que trois lits, sur lesquels les trois infortunés se couchèrent et s'ouvrirent les veines, avec le même couteau, après quoi on les porta à la hâte au bain, pudiquement recouverts de leurs vêtements. Le père ayant le regard fixé sur sa fille , la grand'mère sur sa petite-fille et celle-ci sur ses deux ascendants, ils priaient les dieux, à l'envi, de hâter la fin de leur vie expirante. La destinée observa l'ordre indiqué par la nature : les deux ascendants moururent d'abord, la jeune femme la dernière \ Servilie^ l'épouse d'Annius Pollion;, exilé en l'an 65, fut impliquée l'année suivante dans l'accusation portée contre son père Soranus, parce que, dans son anxiété, elle avait cherché à pénétrer d'avance l'issue du procès, au moyen d'artifices de magie réprouvés. Le père et la fille firent chacun son possible pour disculper l'autre et revendiquer pour soi-même toute la responsabilité de la faute; tous les deux, néanmoins, furent condamnés à mort ; on ne leur laissa que le choix de la forme du supplice ^ La femme de Sénèque, Pauline, insista pour être admise à partager le supplice de son époux, condamné à mort après la conjuration de Pison; tous les deux s'ou-

' Tacite, Annales, XV, 10, etc.

2 md.,XXh 30, etc.

i 3 G SUPPLÉMENT

vrirent les veines; mais on la rappela à la vie; après quoi elle vécut encore quelques années, uniquement occupée du souvenir de cet époux, et tellement pâle de visage et de corps qu'il était facile de voir qu'une grande partie de sa force vitale lui était ravie ^ .

* Tacite, Annales, XV, 64.

Page 4(0, ligne 24, après le point :

Le consul Lucrèce Vespillon, dans l'éloge déjà mentionné de sa défunte épouse Turia, s'exprime d'une manière analogue, en ces termes : « Pourquoi mentionnerais-je les vertus domestiques de la chasteté, de la soumission, de l'amabilité, de la douceur, de l'assiduité au travail de la laine, d'un esprit religieux sans superstition, sachant éviter, dans la parure et le costume, tout ce qui est choquant et outré? pourquoi tout cela? Pourquoi parlerais-je de ton amour pour les tiens, de l'attachement aux parents, lorsque je t'ai vue honorer ma mère autant que ton propre père et ta propre mère, ainsi que prendre soin de la première non moins que des tiens, et qu'en somme tu as eu infiniment de qualités de commun avec toutes les femmes qui tiennent à l'honneur de leur sexe^? »

^ MommseD, Dissertations de V Académie de Berlin, 1863, p. 461, Éloge de Turia, I, 30-34 (en ail.)

Page 411, hgne 6, après le point :

Une inscription, du temps de la république, prête à la pierre ce langage: a Passant, j'ai peu de choses à te dire; arrête-toi donc et lis. Cette méchante pierre couvre une belle femme. De ses parents elle avait reçu le nom de

AL" r031E PUE31IE11. 137

Claudic; elle aimait son propre mari d'un amour incomparable et mit au monde deux fils. L'un fut enseveli dans la terre avant elle, mais l'autre lui survécut. Elle avait la conversation agréable et la démarche noble , s'occupait de son ménage et filait. J'ai fini, va ton chemina »

' Orelli, 4848.

Même page, à la note 3 :

Galien, Desanitatc tuenda (c. ix, éd. K, VI, 45), donne des préceptes pour le choix d'une nourrice.— Voir aussi Tacite, Z>m?., c. xxix: Atnunc natus infans delegatur grfeculœ alicui ancîlla;, et De moribus German., c. XX : Sua quemque mater uberibus alit, nec ancillis ac nutricibus delegantur.

Mentionnons aussi cetélogeque Sénèque (Cons. ad Helv. 16, 3) fait de sa mère): Nunquam te fecundilatis tuse, quasi exprobraret œtatem puduit, nunquam more aliarum, quibus omnis commendatio ex forma pelitur, tumescentem uterum abscondisti quasi indecensouus, necintra viscera tua conceptas spes liberorum elisisti.

Page 4 14, à la note 4 :

A savoir : k Amatrix pauperorum etoperaria » (de l'an 34 1); « miri (sic) bonitatis atque sanctitati » et « mire industriae adque bonilatis » ( ces deux dernières épitaphes de l'an 348 après Jésus-Christ).

Vm DU SUPPLÉMENT AL TOME PKEMIEH.

Page 1