LIVRE II. — LA COUR
tus a cnjstallinis) , puis des boucles (a fibulis), avec lesquelles on faisait grand luxe dès le deuxième siècle* , c'està-dire chargé de deux emplois subalternes, qui relevaient probablement du trésorier, puis tricliniarque, fut ensuite préposé, avec le titre de procureur, à l'administration de deux domaines impériaux (le saltus Domitiani et les prœdia Galliana); il devint ultérieurement procureur a mandats, chargé de l'expédition des ordres et des instructions du cabinet impérial aux proconsuls, propréteurs et procureurs des provinces; procureur des Éphémérifles {ab Ephemeride), c'est-à-dire rédacteur en chef du journal officiel de la cour-; intendant des pourpres [rationalis purpurariarum) , fonctions probablement identiques avec
1 Voyant Adrien porter des boucles sans pierres précieuses, tout le inonde admira son esprit d'économie. Gallien ne se fit pas scrupule d'en porter d'aussi richement ornées. Aurélien permit l'usage de boucles d'or même aux simples soldats , qui n'en avaient porté jusque-là que d'argent. Il est fait mention d'une boucle d'or, garnie de pierres précieuses, donnée en cadeau à un tribun de promotion nouvelle. Mais c'est principalement de camées que l'on ornait les boucles et les ceintures , comme on le voit par nombre de bustes et de statues du temps.
- Espèce de bulletin quotidien {commentarii diurni), sans publicité , dans lequel devaient être consignés tous les propos , faits et gestes de la cour. L'usage , imité sans doute de celui des cours de Perse et de Macédoine, en paraît avoir été déjà introduit à Rome par Auguste. (Voir Suétone, Octave, chap. lxiv.) Il voulait que sa fille et sa petite-fille ne prononçassent jamais une parole qui fût de nature à ne pouvoir y être insérée. Plusieurs des empereurs attachaient une très-grande importance à ce journal. Les Commentaires et actes de Tibère formaient presque la seule lecture de Domitien. [Ibid., Domitien, ch. xx.) Après la mort de Néron, on demanda au sénat la permission de prendre connaissance des Commentarii principales , pour avoir les noms des délateurs de ce règne et ceux des personnes dénoncées par eux. (Tacite, Hist. IV, 40.) On voit parles Lettres de Pline le Jeune (X, 106), qui avait sollicité le droit de cité pour des personnes auxquelles il s'intéressait, que Trajan , ayant fait droit à sa demande, avait ordonné l'insertion de celte espèce de naturalisation des protégés de son ami dans ses Commentaires. Le biographe
celles du baphis prœpositus , ou directeur général des teintureries impériales , que remplit pareillement , sous les même règne, Aurélius Probus, inventeur d'une pourpre nouvelle et probablement aussi affranchi de l'empereur*; enfin la dernière et plus haute récompense des services de Théoprèpe fut la procuration des . provinces d'Achaïe, d'Épire et de Thessalie.
Bornons-nous à ces exemples; ils suffisent pour faire juger, à tous les degrés, de l'importance du rôle des affranchis, dans l'administration impériale comme à la cour, ainsi que des perspectives de carrière qui s'y offraient à leur ambition.
La position des affranchis dépendant entièrement de la nature de leurs rapports avec le souverain, la considération et le pouvoir dont ils jouissaient^ comme serviteurs de sa maison, même en dehors de la sphère de leurs attributions officielles, différaient naturellement beaucoup, selon les incUnations personnelles et les maximes de gouvernement de chaque empereur. Mais, quoique leur influence extraofficielle fût relativement bornée sous les règnes des bons princes, elle n'était pas à dédaigner même alors, comme on le verra tout à l'heure. Seulement, il ne faut pas oublier que les exemples qui en témoignent , arrivés à notre con-
d'Aurélien (chap. i) utilisapour son travail les Éphémérides de cet empereur, qui avait fait consigner sur des rouleaux de toile les événements de chaque jour de son règne. De là vint que l'on écrivit aussi , dans la suite, sous forme de journal, les biographies de plusieurs empereurs, comme les Éphémérides de la vie de Gallien , de Palfurius Sura, et celles deTurdulus Gallicanus, dont Vopiscus profita pour écrire sa Vie de Probus.
1 A la fin du quatrième siècle de notre ère, le commerce de la pourpre était devenu un monopole impérial. Les procureurs directeurs de toutes ces teintureries, en Orient comme en Occident, relevaient, dans les derniers temps de l'empire, du fonctionnaire appelé comte des largesses {cornes sacrarum largitionum).
naissance, n'ont que Tautorité de faits isolés, dont le scandale qu'ils avaient causé perpétua le souvenir.
Auguste, qui visait à la parade du rigorisme d'un simple particulier sur le trône, se montrait dans Toccasion d'une extrême sévérité pour ses esclaves et ses affranchis, quand ils se permettaient, à Rome , d'abuser de leur situation favorisée dans sa maison ^ Mais, dans les provinces, ils avaient les coudées plus franches; du moins, le Gaulois Licinus^ ancien esclave de César, exerça-t-il, comme procureur à Lyon^ un pouvoir absolu dans sa patrie et en tira-t-il des sommes énormes par ses exactions. Il s'est rendu célèbre par sa division de l'année financière en quatorze mois, pour les impôts qui se percevaient mensuellement, en alléguant que novembre et décembre ne devaient, d'après leurs dénominations, compter que pour le neuvième et le dixième, auxquels il y avait lieu, par conséquent, d'en ajouter deux autres, qu'il appela mois augustéens. Malgré les plaintes des Gaulois et le mécontentement d'Auguste, il réussit à s'assurer l'impunité par un grand sacrifice d'argent, qui lui en laissa cependant assez pour que sa richesse restât proverbiale et le fît placer sur la même ligne que les Crassus et les Pallas. Son superbe mausolée en marbre, près de la Via Salaria, qui paraissait érigé pour l'éternité, devait encore prêter aux réflexions amères des générations postérieures et inspirer l'épigramme suivante :
Marinoreo Licinus tuniulo jacet , et Calo parvo , Pompejus nullo. Qiiis putat esse deos? -
Ce qui montre encore le prix qu'on attachait, dès cette
* Suétone, Octave, chap. lxvii. . .
- Meyer, Anthol. lat. l, 11.
époque, aux bons offices des affranchis de la maison impériale, c'est le testament d'Hérode, qui leur fit une part dans ses legs, ainsi que le rapporte Josèphe.
Tibère, cependant, était une nature trop aristocratique pour accorder sciemment et publiquement à des esclaves de l'influence sur sa volonté. « Ses esclaves étaient modestes, son état de maison limité à un petit nombre d'affranchis, » dit Tacite des premiers temps du règne de cet empereur^ Plus tard, depuis la mort de Drusiis surtout, cela changea probablement, comme toute sa conduite. L'Egypte, la plus importante des provinces de l'empire, fut, après la mort de Séjan, commise par intérim, quoique pour peu de temps, à l'administration d'un affranchi du nom de Sévère-. Hérode Agrippa, roi des Juifs, se ruina presque en cadeaux pour les affranchis de Tibère, dont il acheta ainsi les bons offices. Il est vrai que le Samaritain Thallus, un d'entre eux, s'était trouvé en mesure de lui prêter jusqu'à un million de deniers^.
Mais la monstrueuse anomalie d'un gouvernement dans lequel des hommes méprisés et même encore privés de la jouissance d'une partie des droits civils, se trouvaient, ostensiblement, placés à la tête d'un empire embrassant le monde et décidaient de ses destinées, selon leur caprice, ne commença réellement à se produire que sous Caligula. On vit alors Calliste, .d'abord esclave d'un particulier, qui le vendit, puis attaché, dans la même qualité, à la maison impériale, arriver, par la faveur de ce prince, à une puissance presque égale à celle de son nouveau maître, ainsi
^ Annales, IV, 7.
2 DionCassius,LVIII, 19.-
3 Josèphe, A. J. XVIII, 6, 4. — * Le denier valait quatre sesterces (un franc environ). *