LIVRE II. — LA COUR
qu'à une immense fortune ^ Maintes fois, dans la suite, le premier maître fit vainement antichambre à la porte de son ancien esclave^. L'intercession de ce favori fut assez puissante pour sauver la vie d'un homme qui avait été l'accusateur de la mère de l'empereur^ Ayant fini par tremper lui-même dans la conjuration contre Caligula, il réussit à garder sa position sous le successeur de ce prince \
Le règne de Claude fut le temps des saturnales pour les affranchis ^ Sous lui, Calliste, Narcisse et Pallas se partagèrent le pouvoir, et, d'accord avec les autres affranchis de la cour, dont Sénèque et Suétone nous ont également transmis les noms, ainsi qu'avec Messaline, ils trafiquèrent non-seulement du droit de cité, des places et des gouvernements, mais aussi de l'impunité des coupables et des sentences de mort. Le pouvoir exercé par les affranchis de Néron ne fut guère moindre®. En l'an 61, Polyclète, un des voleurs les plus éhontés de cette cour, fut envoyé dans l'île de Bretagne, comme arbitre entre le légat et le procureur de cette province, ainsi qu'avec la mission de pacifier le pays, agité par des tribus rebelles. Voyageant avec une suite innombrable, dont l'entretien fit gémir l'Italie et les Gaules, il apparut au lieu de sa destination comme un sujet de terreur pour l'armée, mais de risée pour les barbares, qui, ignorant encore le pouvoir des affranchis, ne pouvaient comprendre qu'une armée, avec son général victorieux, dût s'incliner devant un esclave^.
1 Josèphe, .4. J. XIX, 1 , 10.
- Sénèque [Lettres, 47^ 9) rapporte le fait comme témoin oculaire.
■"' Dion Cassius, LIX, 19.
4 Tacite, Annales, W, 29. — Dion Cassius, LIX, 29.
^ Dion Cassius, LX, 19.
'' Suétone, Néron, chap. xxxvii.
" Tacite, Annales, XIV, 39.
Un autre, Hélius, que Néron, pendant son voyage en Grèce, avait laissé à Rome investi de ses pleins pouvoirs, en usa avec si peu de réserve qu'il ne craignit pas de faire exécuter des arrêts de confiscation, de mort et de proscription contre des chevaliers et des sénateurs, sans même en prévenir son maître, ce qui fit dire à Dion Cassius que Rome avait alors deux empereurs et qu'il n'y avait de doute que sur la question de savoir lequel des deux était le pire ^ . Ce même Hélius, affranchi de Claude, puis intendant des domaines de son successeur en Asie, avait déjà servi d'instrument à Agrippine, dans l'affaire du meurtre de Junia Silana^. Suétone mentionne une des lettres qu'il adressa en Grèce à Néron.
Galba fit mettre à mort Hélius et Polyclète, avec plusieurs des autres affranchis de son prédécesseur, dont les noms étaient le plus hautement signalés à la vindicte publique^, et parmi lesquels figurait aussi ce Patrobe^ auquel Martial a fait allusion en disant :
Vexât saBpe meum Patrobas confmis agellum , Contra libertum Ceesaris ire times.
Cela n'empêcha pas Galba de montrer pour ses propres affranchis la plus honteuse faiblesse. L'autorisation de lever des impôts, l'exemption de ceux-ci, l'application de peines à des innocents et l'impunité des coupables, continuèrent à former des objets de trafic et de faveur, à la cour. Halotus, un des plus affreux émissaires de
i LXIII, 12.
2 Tacite, Annales, XIII, 1.
3 Plutarque, Galba, cha[^. xvii. — Dion Cassius, LXIV, 3. * Tacite, //«■««. 1,49.