LIVRE II. — LA COUR
rigea le secrétariat sous Nerva et Trajan, est cité comme un des ornements du siècle par Pline le Jeune ^ , qui l'appelle le restaurateur d'une littérature vieillissante. Il s'était essayé même en vers. Sous Adrien, le secrétaire impérial ne fut autre que Suétone , écrivain docte et fécond , dans les Vies des E^npereurs ^ duquel on reconnaît parfaitement l'habitude du style clair et précis, ainsi que la sobriété de rédaction d'un homme versé dans le maniement des affaires. Il perdit son emploi pour s'être montré trop familier avec l'impératrice Sabine ^. Dans le deuxième siècle, la direction du service de la correspondance hellénique paraît avoir formé surtout le grand but de l'ambition des rhéteurs et des sophistes grecs, dont plus d'un l'atteignit en effet. Ils n'y avaient pas seulement en vue la sanction impériale de leur renommée littéraire , mais aussi la perspective des promotions de ce poste à d'autres encore plus élevés et plus lucratifs. Le rhéteur Avidius Héliodore, qui occupa le secrétariat sous Adrien, parvint jusqu'à la vice-royauté d'Egypte, et son lîls, Avidius Cassius, put même oser étendre sa main vers la couronne impériale.
D'ailleurs, pour des hommes aux yeux desquels l'art du langage et du style apparaissait comme le but suprême de toute application studieuse, n'était-ce pas déjà un beau résultat d'être en quelque sorte brevetés, du fait de l'empereur, par leur élévation au secrétariat, comme les premiers hommes de style de leur temps? C'est ainsi du moins qu'eux et leurs amis comprenaient et interprétaient cette haute faveur. L'atticiste Phrynique vante le rhéteur
1 Lettres, VIII, 12.
2 Elles parurent dans l'année 120. Il n'est pas impossible que l'auteur eût obtenu le secrétariat dès l'an 117.
3 Histoire auguste , Vie d'Adrien ,c\\di\^. xr.
Cornélien, chargé du secrétariat hellénique sous Marc- Aurèle et Commode, comme un homme s'exprimant avec une pureté antique, le seul capable de ramener la rhétorique à l'ancienne forme éprouvée; il lui attribue le mérite d'avoir complètement hellénisé, par son alticisme, la haute cour de justice de l'empereur, et le propose comme maître et modèle à tous les autres tribunaux, non- seulement pour sa diction correcte, mais aussi pour l'extérieur, les manières, le regard, la voix et la tenue. C'est pour ces qualités, continue notre atliciste, avec une emphase et une exagération ridicules, que les empereurs ont jugé Cornélien digne du premier poste de l'État, et lui ont confié l'administration de toutes les affaires helléniques, en le plaçant à côté d'eux comme un gardien, le nommant, officiellement, leur secrétaire, mais le choisissant en réalité pour leur corégent. L'office a cognitionibus, que le même semble avoir rempli à côté de celui de secrétaire, comme plus tard Marcius Agrippa, sous Caracalla, d'après Dion Cassius ^ , avait été, précédemment, aussi tenu par Abascantus 2.