LIVRE H. — LA COUR
avec la lance entourée de lauriers qu'arrivent les messagers.
C'est lui qui expédie les promotions dans l'armée, par lui que l'on apprend qui a obtenu un centurionat ou un tribunat militaire , le commandement d'une cohorte ou celui d'un escadron de cavalerie. Il est obligé de s'informer si le débordement du Nil a été suffisant pour assurer la récolte; s'il a plu en Afrique; ainsi que de mille autres choses encore. Ni Mercure, ni Iris, ne sont chargés d'aussi nombreuses commissions. Abascantus, suivant son panégyriste, conserva toujours, après son élévation, la même égalité d'humeur et le même calme, sa probité et sa modestie. Par la frugalité de ses repas et le sobre usage qu'il faisait de la coupe, sa manière de vivre ressemblait à celle des paysans de l'Apulie ou de la Sabine. Il paraît avoir été fort riche cependant. Stace nous montre Priscille, sur son lit de mort, conjurant son époux de faire placer, en son nom, au Capitole, une statue en or de l'empereur, du poids de cent livres, représentant une valeur de 450,000 sesterces ou plus de 112,000 francs. Ses obsèques furent célébrées avec une magnificence royale. On prodigua tous les parfums de l'Orient pour l'embaumement de son corps, étendu sur des coussins de soie et enveloppé de pourpre. Elle fut ensevelie à la voie Appienne, près de l'Almo. Son mausolée était un palais. L'image de la défunte s'y trouvait reproduite sous les ligures de plusieurs déesses, sous celles de Cérès et d'Ariane en bronze, ainsi que sous celles de Maïa et de Vénus en marbre. D'après Morellus et Markland, la momie de Priscille aurait été retrouvée intacte, en 1471, sous le pontificat de Sixte IV. Après la mort d'Antistie Priscille, Abascantus, qui passa ensuite du secrétariat d'État à un autre office (a cognitionibus) , épousa en
secondes noces, une affranchie impériale, Hespéride '. Le tombeau d'Abascanlus est orné de l'image d'un célèbre conducteur de chars du temps, Scorpus 2, dont il fut sans doute un des protecteurs.
La direction du département de la correspondance exigeait, d'ailleurs, un certain degré d'instruction littéraire, ou du moins de facihté dans l'usage des langues, toutes les lettres et tous les rescrits impériaux devant y être rédigés par les chefs de service, au nom de l'empereur même.
Quelques noms d'affranchis employés dans ce déparlement, qui nous ont été transmis, indiquent chez eux une instruction pareille et l'habitude de travaux scientifiques. Ce sont des noms qu'ils avaient probablement reçus de leurs maîtres, en raison de la nature même de leurs études et de leurs occupations : ainsi ceux de T. Claude le Philologue , de T. Flavius llias, peut-être aussi de Flavius Hermès. Ce n'est donc point par une coïncidence purement accidentelle que Ton retrouve des commis de ce ministère également employés aux bibliothèques. Un certain T. Claude Alcibiade, par exemple, conservateur de la bibliothèque latine d'Apollon, fonctionnait en même temps comme rédacteur à la division de la correspondance latine ^. La considération qui s'attachait au poste du chef de ce département, comme aux autres offices impériaux, ayant grandi de plus en plus, surtout depuis l'établissement de la règle de n'y plus nommer que des chevahers, on peut admettre aussi celui de l'usage de ne le confier qu*à des hommes d'une réputation littéraire bien reconnue. Tilinius Capiton, qui di-
1 Henzen , 6524. — Fabretli . 273.
'- Martial , X , 50 . 53 ; XI . 1 . 1 5. 3 Orelli. 41.