LIVRE 11. — LA COUR
r^es grands camériers impériaux, comme nous l'avons déjà fait observer, n'ont commencé qu'après les autres grands officiers du palais, dont il a été question jusqu'ici, à occuper une position mise en évidence à la cour. Ils étaient à la tète d'un personnel nombreux, formé en partie d'affranchis, en partie d'esclaves, et dont tous les membres, suivant la^ nature de leur emploi, approchaient plus ou moins de la personne du prince; d'où probablement aussi la distinction en valets de chambre de première et de seconde classe ^
Dans les premiers temps de l'empire, les cubicularii ne furent jamais des hommes libres. S'il fallait une preuve de l'influence qu'eux aussi étaient en position d'acquérir, à toutes les époques^, en sachant habilement profiter des circonstances, on ne saurait mieux la trouver qu'à la cour de Caligula, dans l'exemple de l'Égyptien Hélicon, que nous connaissons par le rapport de Philon^ sur l'ambassade des Juifs d'Alexandrie. Hélicon, d'abord esclave d'un particulier, qui lui avait fait donner une certaine éducation, puis avait cédé le jeune domestique à Tibère, n'arriva que sous Caligula à la poshion de valet de chambre auprès de la personne même de l'empereur, avec lequel cet emploi lui procura des rapports directs et
siècle, comme celui du magister Uhellormn et du magister mémorise, qui, pour définir également ses attributions, « adnotationes omnes dictât et emittit , et precibus respondet ». Papinien, magister libellorum sous Sévère, devint ensuite préfet du prétoire. Ces mêmes titres figuient encore parmi ceux des dignitaires de l'empire d'Orient, L'office à diplomatibus paraît avoir formé une section de l'office à memoria; à codicillis, une du secrétariat {ab epistolis).
1 Cubicularii stationis primx (dans Orelli'l et secundx (dans Henzen).
- Cicéron déjà se crut obligé de dire : Aditus ad me minime provincialis. Nihil per cubicularium.
3 Legatio ad Caïum, 571.
de tous les instants. Que Caïus jouât à la paume ou se livrât à d'autres exercices du corps , qu'il fût au bain , qu'il déjeunât, ou qu'il se couchât, toujours et partout le va^ let de chambre se tenait près de l'empereur, dont il avait ainsi l'oreille en toute occasion, avec plus de facilité que personne, pour lui parler tout à loisir. D'après Philon , il devait surtout son influence à ce talent propre aux gens de sa nation pour la moquerie, le sarcasme et les bons mots , qu'il savait assaisonner du venin de sa profonde méchanceté égyptienne. Ce fut lui qui, donnant le mot à une troupe de ses compatriotes, communiqua à l'empereur cette haine pour les Juifs qu'il tenait de sa naissance et de son éducation. On le disait de plus gagné par les Alexandrins, dans le même but de prévenir et d'indisposer Caligula contre les Juifs, en partie à prix d'or, en partie par la perspective des honneurs qu'on devait lui faire à Alexandrie, s'il y venait lui-même, à la suite de l'empereur. Les Juifs, de leur côté aussi, avaient songé aux moyens de se le rendre favorable; mais ils échouèrent, n'ayant trouvé personne qui osât l'approcher, à cause de ses façons hautaines et abruptes avec tout le monde. Philon le qualifie d'esclave, bien qu'il fût peut-être affranchi. Claude le fit supplicier dans la suite, pour d'autres méfails.
A la cour de Domitien, ses deux camériers, Parthénius et Sigère, comptaient parmi les plus importants personnages. Martial*, faisant le portrait d'un vieux fou qui se targuait de ses accointances à la cour, dit qu'on le voyait remonter la rue du palais dix fois par jour, n'ayant que Parthénius et Sigère à la bouche. De ces deux camériers, le