LIVRE II, — LA COUR
premier avait la plus haute position. Suétone^ le qualifie de préposé à la chambre à coucher {cuhkulo prœpositus) , titre qui devint d'un usage plus général dans la suite. Il possédait à un haut degré la faveur de Domitien, qui lui conféra, comme on Ta déjà vu plus haut, une juridiction militaire, probablement limitée au palais. Martial^, le priant de vouloir bien présenter son cinquième livre à l'empereur, ajoute : « Vous connaissez les moments de sérénité de Jupiter, quand il rayonne de cet air de mansuétude qui lui est propre et le fait paraître d'humeur à ne rien refuser aux suppliants. » Parthénius et Sigère n'en prirent pas moins une part active au meurtre de Domitien^, ainsi qu'à l'élévation de Nerva% à la cour duquel le premier resta en faveur. A cette époque encore bien des affaires passèrent par ses mains. Il avait tant de requêtes à lire qu'il ne lui restait guère de temps à consacrer aux muses; sans cela , il n'eût pas manqué de se vouer à la sienne, Martial^ nous assurant que son protecteur faisait très bien les vers. Ce poëte lui dédia également une poésie sur le cinquième anniversaire de la naissance de son fils Burrhus (IV, 45), et une autre de remercîments pour le cadeau d*une toge (VIII, 28). Puis Martial revint à la charge au-
1 Vie de Domitien, chap. xvi. — Dion Cassius, LXVII. 15. — Tertullien, Apologétique, chap. xxxv
3 Dans Suétone {Domitien, chap, xvii) , selon toute probabilité, le Saturius, decurio cubiculariorum , n'est autre que Sigère.
* Dion Cassius, LXVÏI, 15.
^ Voir XI . 1 , où il dit de Parthénius :
Libros non legit ille . sed libellos ; Nec Musis vacat, aut suis vacaret.
i08 MŒURS ROMAINES.
près de camérier, avec la prière de recommander ses poésies à l'empereur, s'il trouvait un moment de loisir, ce qu'il était à peine permis d'espérer, hélas' 1 Mais, lorsqu'en 97 les prétoriens réclamèrent de Nerva le châtiment des meurtriers de Domitien, et les tuèrent, malgré son refus ^, Parthénius paraît avoir été de ceux qui périrent; cela est du moins vraisemblable , bien qu'Aurélius Victor seul le dise expressément.
Telle était la position des camériers au premier siècle de l'empire. Nous la retrouvons tout autre cent ans plus tard, à la cour de Commode, où on les voit déjà, comme jadis dans les grands empires despotiques de l'Orient, se succéder comme des lieutenants omnipotents de l'empereur, d'autant plus que celui-ci, déjà habitué par le préfet Pérennis à vivre entièrement pour ses plaisirs, abandonnait tout au caprice de ses affranchis et était, d'ailleurs, la majeure partie du temps lui-même absent de Rome. Déjà le premier dans l'ordre des camériers de cette cour, Saotéros de Nicomédie, qui obtint du sénat, pour sa ville natale , le droit d'instituer une fête périodique et d'ériger un temple en l'honneur de l'empereur^, fut un homme puissant. Cléandre le supplanta et le hvra au bourreau, avec d'autres victimes. Cléandre % Phrygien de naissance, amené comme esclave à Rome pour y faire le service de portefaix, puis vendu pubhquement, passa dans la maison de l'empereur, où il s'éleva jusqu'à l'office de camérier. Dans
2 Suétone, Domitien, chap. xxiii. — Pline le Jeune, Panégyrique de Trajan, 6. — Dion Cassius , LXVIII , 3.
3 Dion Cassius, LXXII, 12 et LXXVII , 21.
* Hérodien, 1 , 12, etc. — Histoire auguste , Vie de Commode, chap. v-vii. — Dion Cassius, LXXII , 9 , etc.