‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 161 sur 241 · LIVRE XI. LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. LA SITUATION RELIGIEUSE

étant fondés sur des besoins impérieux d'une grande partie du, genre humain? Or ces éléments ont, sous de nouvelles formes, trouvé place dans le christianisme même et survécu ainsi à l'ancienne foi. Ce n'était pas seulement l'amour païen des fêtes qui, tenant à ce qu'on lui procurât satisfaction dans la nouvelle religion aussi, détermina l'Église à tolérer des ripailles et des réjouissances auprès des tombes des martyrs, ainsi qu'à dédommager le peuple de la suppression des fêtes païennes, en rapportant aux mêmes jours la célébration des fêtes chrétiennes ^ Jl y avait encore et surtout le profond désir de remplir d'intermédiaires l'espace immense qui sépare l'humanité de la divinité, désir qui ne tarda pas à repeupler le ciel, veuf de ses anciens dieux, d'un chœur nouveau de saintes figures dont le nombre allait croissant à l'infini. Si saint Augustin repousse la comparaison du culte des saints et des martyrs avec le polythéisme, d'autres auteurs ecclésiastiques, comme saint Basile, leur ont assigné dans l'ordre général de l'univers, exactement la même place que le néoplatonisme aux démons et aux héros, ou ont, comme Théodoret, tout simplement mis en parallèle les deux cultes, pour démontrer que l'on n'avait fait que substituer la vérité d'essence divine du nouveau aux erreurs et impostures de l'ancien ^ Mais il n'y a pas eu toujours substitution des saints de la nouvelle religion aux personnes sacrées de l'ancienne, il est arrivé aussi que Ton a tout bonnement transformé celles-ci en saints, et les fables mythologiques en légendes chrétiennes: ainsi la légende fait déchirer par des chevaux le martyr chrétien

' Baur, l'Église chréliennc du commencement du iv stèck jusqu'à la fin du \i% p. 274 (en allem.). — Lasaulx, ouvrage prëcilc, I4i, elc * Baur, ouvrage précité, p. 271, elc.

saint Hippolyte, parce que telle avait été la fin d'Hippolyte, fils de Thésée, roi de l'Attique^

« Les Grecs, » dit Tliéodoret % « sont le peuple qui devrait être le moins choqué de ce qui se passe près des tombes des martyrs, car c'est d'eux que viennent les libations, les expiations, les héros, les demi-dieux, les hommes divinisés. Hercule, Esculape, Bacchus, les Dioscures et tant d'autres ont été élevés^au rang des dieux: comment peuton alors faire aux chrétiens un réproche de ce que, sans déifier les martyrs, ils les honorent comme des témoins et des serviteurs de Dieu? Qui le mérite plus qu'eux, les champions avancés des hommes, qu'ils secourent et protègent, dont ils détournent les maux et pour l'amour desquels ils chassent les fléaux suspendus sur leurs têtes par les démons? Des femmes sans enfants et stériles les prient de faire qu'elles deviennent mères; qui a reçu un don sollicite d'eux la grâce de pouvoir le conserver; ceux qui veulent entreprendre un voyage les prient d'être leurs compagnons de route, ceux qui en reviennent leur rendent grâces; les présents qu'on leur consacre, des images d'or et d'argent d'yeux, de mains et de pieds, témoignent de l'accompUssement des vœux. Les temples des dieux sont détruits, le Seigneur, maître de l'univers , ayant, après les en avoir fait sortir, mis à leur place ses propres^ morts et transféré à ceux-ci le bénéfice des honneurs dont jouissaient les autres. Au lieu des Pandies, des Diasies, des Dionysies et des autres fêtes^ il y a maintenant les jours où l'on célèbre celles de saint Pierre, de saint Paul, de saint Thomas, de saint Serge, de saint Marcel et

1 Dœlliuger, Hippolyte etCalliste, 55, etc., el C. Waclismuth , la Grèce ancienne et moderne (en allem.)-

2 Baur, le.

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