‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 160 sur 241 · LIVRE XI. LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. LA SITUATION RELIGIEUSE

Taccomplissement de la destruction de ces sanctuaires^ «sur lesquels se fondaient, chez elles, toutes les espérances des familles, maris, femmes et enfants, pour leur bétail, leurs ensemencements et leurs plantations, » et avec lesquels s'en allait, pour elles, « tout ce qui fait la joie de l'existence )), suivant l'expression de Libaniiis^ dans les villes on n'en vint que trop souvent à des luttes sanglantes entre les troupes, conduites' par le clergé et les moines, d'une part, et le peuple, de l'autre.

A l'exception de la contrainte directe, ou conversion par force, l'emploi d'aucun acte de violence ne fut négligé pour la suppression du paganisme : ni l'interdiction de tous les sacrifices et exercices du culte, ou la défense de visiter les temples, sous la menace des peines les plus rigoureuses, ni l'abolition des privilèges sacerdotaux, le bannissement des prêtres des villes et la confiscation des biens des temples. Cependant la confirmation réitérée de ces dispositions et pénalités, au cinquième siècle et encore au sixième, montre avec quelle lenteur extrême avançait l'œuvre de cette extirpation de l'ancienne foi, môme à l'époque où tous les moyens d'existence semblaient déjà lui avoir été retirés. Ce qui prouve que des entreprises criminelles et la rapacité n'avaient pas tardé à s'allier aux rigueurs draconiennes de la législation, dans la persécution du paganisme sans défense, ce sont les avertissements réitérés de saint Augustin , de ne pas piller les païens sous le manteau de la religion, ainsi que le rescrit impérial de l'année 423*.

. Le paganisme, à son tour, eut alors ses martyrs ', et le

« Lasaulx, ouvrage précité, p. 101, elc. î rbidem, 131, etc.

"^ rbidem, 140.

hideux assassinat de la belle et vertueuse Hypatie, commis en 4i5, à Alexandrie, par les bandes de l'évêque Cyrille, montre jusqu'à quelles horreurs le fanatisme de la populace chrétienne se laissait parfois entraînera

Cette guerre d'extermination systématique faite au paganisme durait depuis un siècle et demi sans que la vie de l'ancienne religion fût complètement éteinte. Aussi Justinien crut-il devoir ordonner, en 528, une grande persécution de ceux qu'on appelait maintenant les Hellènes. A Constantinople même, on découvrit et arrêta, parmi les patiiciens, les savants et les médecins, de nombreux adhérents de l'ancienne foi, dont un se donna la mort et les autres adoptèrent le christianisme. L'évêque Jean d'Asie ayant fait, en 532, par ordre de l'empereur, une tournée dans les provinces de Carie, de Lydie et de Phrygie, y convertit et baptisa 70,000 personnes. Oi-iiconque était surpris sacrifiant aux idoles devait être puni de mort^ En Occident, le flot de l'invasion des barbares, qui emporta avec les fondements du polythéisme ceux de la civilisation aniique tout entière, précipita la chute du premier.' Cependant le dernier temple d'Apollon, au mont Cassin, ne fut transformé en couvent, par saint Benoît, qu'en o29, c'est-à-dire dans la même année oii les sept derniers philosophes d Athènes, expulsés par un édit de Justinien, émigrèrent pour chercher un asile en Perse, auprès du roi Chosroès.

Mais, dans ces conditions même, il s'en fallait que Fex- ' tirpation du paganisme fût radicale et complète. Ne comprenait-il pas des éléments qui bravaient toute destruction,

* Lasaulx, 128, etc.

2 Ibidem, 145, etc.

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