‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 170 sur 241 · LIVRE XII. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE

de Rome, mesure dont fut excepté le seul Musonius Rufus, qui avait été frappé d'exil sous Néron. Démétrius et un certain Hostilius furent relégués dans des îles ^ Un second bannissement des philosophes fut décrété, en l'an 93 ^ par Domitien; il se liait au procès fait au stoïcien Junius Arulénus Rusticus, qui avait appelé Thrasée un saint homme, dans un écrit composé à sa louange, et à d'autres sénateurs animés des mêmes sentiments. Toute cette persécution frappait l'opposition politique partout oii elle se manifestait, dans la littérature et dans Içs chaires, et pen* dant que les écrivains et les professeurs les plus notables étaient punis au criminel, le gouvernement prit le parti d'expulser les autres en masse de la capitale.

Mais, après la mort de Domitien, le changement de tout le système du gouvernement entraîna aussi un changement dans la position des empereurs, à l'égard de la philosophie, qui non-seulement cessa d'être regardée comme anti-gouvernementale, mais ne tarda pas à être favorisée de toutes les manières. Dans une lettre écrite peu de temps après la mort de Domitien, en 96 ou 97, Plîne le Jeune témoigne sa joie du florissant essor que vient de reprendre, à Rome, le développement de la vie intellectuelle, attesté par de nombreux et glorieux exemples, parmi lesquels il pouvait suffire d'en citer un, les leçons du philosophe stoïcien Euphrate'. Il loue aussi Trajan de sa sollicitude toute particulière pour l'éducation de la jeunesse et des grands honneurs rendus par lui aux maîtres de Téloquence et de la philosophie. « Les études », dit-il, « pu-

' Dion Cassius, LXVI, 13.

^ Moramsen, article biographique sur Plino lo Jeune, dans V/fermèSy III, 84, etc. — Clinton, /'. R., ad annum 90. ' Pline le Jeune, Lettres, I, 10. — Mommsen, Hermès^ IH, 36, etc.

nies de l'exil par un prince qui, ayant la conscience de ses vices, proscrivait par crainte plus que par haine toutes les aspirations contraires au vice, sont niaintenant choyées par Trajan, qui les attire dans son entourage. Elles ont repris du sang et de la vie, recouvré leur patrie '. » Dion de Priise, qui avait vécu dans un exil volontaire, sous Domitien, revint après la mort de celui-ci. Le règne de Nerva, avec lequel il avait d'anciennes relations d'amitié, fut trop court pour lui permettre de tirer avantage de la faveur de ce prince; mais Trajan aussi, dit-on, se plut à le distinguer % et Dion affirme, dans un de ses discours parénétiques sur le gouvernement, composés pour cet empereur, que celui-ci ne prenait plaisir qu'à la vérité et à la franchise, non à la flatterie et au mensonge ^ Adrien, qui recherchait la société des philosophes et des savants de tout genre, fut peut-être le premier qui établit des chaires publiques et nomma des professeurs de philosophie à Rome. Antonin le Pieux suivit cet exemple, dans toutes les provinces, et, d'après sa lettre à la diète de la province d'Asie, l'immunité d'impôts qui, pour les autres professeurs, ne profitait qu'à un nombre limité d'entre eux, et qui se réglait sur la grandeur des villes, devait être accordée d'une manière absolue aux philosophes, puisqu'il y en avait si peu. Les traitements des savants appelés au Muséum d'Alexandrie^ et par conséquent aussi ceux des philosophes professant dans cette ville, -leur furent maintenus. A Athènes aussi, Marc-Aurèle chargea de l'ensei-

» Pline le Jeune, Panégyrique, 47.

2 Vales. Dionis vita (Dion, éd. Dindorf, I, p. xxxii, etc.).

3 Dion Chrysostome. Or. de regno, 111, p. 103 R.; éd. Dindorf, p. 39.

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