‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 177 sur 241 · LIVRE XII. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE

affligés en deuil, réconcilié des parties adverses, exhorté la jeunesse ou qui que ce soit, ni songé à l'ornement de leurs discours. Mais, se repliant dans leurs trous, c'est là qu'ils élucubrent leur magnifique sagesse, en défiant des ombres par leurs bravades, récoltant des épis de vent, tordant des cordes avec du sable et défaisant je ne sais quel tissu; car, autant ils gagnent en sagesse, autant ils se fourvoient, en croyant pouvoir se targuer de leur habitude de mal parler de la rhétorique, à peu près comme les esclaves, ceux qui reçoivent continuellement le fouet surtout, maugréent entre les .dents contre leurs maîtres , ou comme un satyre, sur la scène, maudit Hercule et se cache à l'approche du héros. Il est cependant tout naturel qu'ils parlent mal de tout le monde, car ils ont abondance de mauvaises paroles, et, lors même qu'ils n'y ont pas de personnes déterminées en vue, ils n'en disent pas moins fort mal tout ce qu'ils disent ; ils ne font ainsi que donner du leur, c'est-à-dire de ce qu'ils ont de trop. Si on leur enlevait le mensonge et la méchanceté, on leur ôterait ce qui est leur vie même. Et, avec tout cela, ils vous tendent la superbe étiquette oîi brille le nom de la philosophie comme une pièce de montre ; comme si ce nom y faisait quelque chose ; comme si le nom de Narcisse ou d'Hyacinthe pouvait donner la beauté à un Thersite, ou celui de iNestor rendre sage un Margite \

H appert des raisons indiquées précédemment que des cercles nombreux et très-divers avaient la philosophie

• Aristide. Or., XLVI, p. 309, etc. J.; D., 404, etc.

en antipathie, ou lui étaient hostiles : les patriotes romains, les conservateurs de conviction, d'instinct ou par intérêt, les esprits vulgaires, affectés désagréablement par tout ce qui s'élevait au-dessus du niveau de leur médiocrité, tous ceux qui détestaient les gens à prétention, les utilitaires ne visant qu'au positif, les adversaires et les contempteurs de toute spéculation, les partisans de l'éducation non philosophique, tous combattant pour leur intérêt et leur propriété. Tous, ils ne pouvaient invoquer à l'appui d'une opinion qui leur faisait regarder la philosophie comme une chose dont on peut aisément se passer, de nulle valeur ou nuisible même, de meilleurs arguments que ceux de l'expérience, nous apprenant, à ce qu'ils prétendaient du moins, que le niveau de la moralité, chez les philosophes^ n'était en général pas supérieur, mais plutôt inférieur à celui de la plupart des autres hommes, qui en représentent la moyenne. Aussi le nom de philosophe faisait-il, de toute personne qui se l'attribuait, un sujet que l'on observait, de toutes parts, avec une âpre curiosité, avec malveillance et sans la moindre indulgence, réprouvant sans relâche ses infirmités morales, ses faiblesses et ses ridicules, et triomphant de pouvoir les dénoncer. Lorsque les gens, dit Épictète \ voient un homme à longue chevelure et couvert d'un manteau grossier se conduire d'une manière inconvenante, ils sont prompts à dire : Voyez le philosophe ; tandis que, d'après sa conduite, ce serait plutôt le cas de dire : Cet homme n'est point un philosophe.

Quand Aulu-Gelle fit la traversée de Gassiopeà Brindes, une affreuse tempête mit dans le plus grand danger le

' Diss., IV, 8, 4, etc. - *

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