LIVRE XII. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE
leurs que des singes, plus grossiers que des ânes, plus rapaces que des fouines et plus querelleurs que des coqs *. Avec cela, chaque école déblatérait contre les autres. Les stoïciens qualifiaient les épicuriens de voluptueux, les péripatéticiens de querelleurs et d'avares, les platoniciens d'êtres pleins de vanité et de gloriole, et avaient à subir, en retour de leur part, le reproche d'usure, de chicanerie et de toute sorte de vices ^ Une dispute s'engageait-elle entre les sectateurs des différentes écoles, il n'y avait pas d'infamie dont ils ne s'accusassent réciproquement ^ Quand, de plus, maints d'entre eux, pour se disculper de leurs vices, en appelaient aux philosophes anciens, et cherchaient , comme les platoniciens notamment , une excuse pour l'adultère dans la République de Platon, et pour l'ivrognerie dans les Lois de ce philosophe*, il n'y avait pas à s'étonner d'entendre bien des gens soutenir positivement que la lecture exclusive des livres de philosophie, dans laquelle on s'absorbait, ne pouvait que détourner de l'exercice rationnel de la pensée \
Aristide aussi passant, dans un discours déjà cité ", de la défensive à l'attaque, a représenté les philosophes comme une classe d'kommes dépourvus de toute vertu et entachés de tous les vices. Ils prétendent ne pas le céder à Jupiter, mais ne savent pas résister à l'offre d'une obole. Us déblatèrent contre autrui par pure envie; mais si on leur offrait, au beau milieu de leurs déclamations sur l'absti-
* Lucien, Piscaior, 34, etc.
^ Le même, /iermotimc, 16, etc.
' Le môme, les Lapithcs, 34.
♦ Le même, les Fwjitlfs^ IH. — .\ulu-Gelle, XV, 2.
* Le même, les Lapilhcs, 34.
• Or.,XLVl, 301) J., Il, 3tt8 i>.,clc.
nence, du gâteau et de la pâtisserie, ils laisseraient tomber la langue, comme Ménélas son épée, quand il apercevait Hélène. S'ils voyaient Hélène, ou seulement une servante comme la Phrygienne de Ménandre, la conduite des satyres dans Sophocle ne paraîtrait, à côté de la leur, qu'une innocente plaisanterie \ Pour reconnaître leur infidélité et leur avidité, il n^est pas nécessaire de leur confier un dépôt; car ils prennent, de leur propre mouvement, partout le plus qu'ils peuvent. Ils appellent la rapine un partage, l'envie de Tesprit philosophique, l'indigence mépris de r argent. Ils se targuent de leur philanthropie, mais n'ont encore jamais rendu service à personne, et portent plutôt préjudice à quiconque ils s'adressent. Pendant qu'ils font semblant de ne pas voir les personnes, même quand ils les rencontrent, ils font des voyages en pays étranger à la chasse des riches, comme les Phrygiens pour faire la récolte des olives ; ils flairent leur approche, s'emparent d'eux et promettent de leur communiquer la vertu. x\ tout le reste du monde, c'est à peine s'ils répondent poliment, quand on les accoste ; tandis qu'ils saluent déjà de loin les cuisiniers, les boulangers et les autres serviteurs des riches, avant même de les avoir bien reconnus, comme s'ils ne s'étaient levés que pour cela. Ils se pressent devant les portes des riches maisons et y confèrent plus avec les portiers qu'avec les maîtres, en appuyant les bassesses de leur esprit rampant d'une égale dose d'impudence. Quand on les voit pour la première fois, ils ont moins de scrupule à demander ce qui ne leur est pas dû que d'autres à revendiquer leur bien ; car ce sont là ces mêmes gens qui appellent. franchise l'indiscrétion, sincérité l'esprit
' Meineke, Corn. Gr.y IV^ 308 (352).