‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 182 sur 241 · LIVRE XII. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE

sonnement des prédications de ces capucins du monde ancien.

Les traits de cette image repoussante, largement dessinée par Lucien, se retrouvent chez d'autres auteurs, notamment dans Épictète , qui oppose à l'idéal du cynique les cyniques de son propre temps, ces chiens obsédant la table de chaque maître de maison, ne cherchant à ressembler à Diogène que par le sans-gêne le plus grossier, et dont tout le cynisme consistait dans le bâton et la besace, de grandes mâchoires, la manie de prendre au lacet et d'empocher, de grossières injures et la parade qu'ils faisaient de leurs larges épaules \ Aulu-Gelle se trouvant un jour chez Hérode Atticus *, un de ces mendiants à longs cheveux, avec une barbe qui tombait jusqu'audessous du nombril, accosta ce dernier et, la main tendue, lui demanda de l'argent, pour se procurer du pain ; interrogé qui il était, il répondit grossièrement : Philosophe, vous le voyez bien. Une personne de l'entourage d'Hérode fit observer que le quêteur était un vagabond, un vaurien, courant les plus sales cabarets et injuriant, de la manière la plus indigne, ceux qui ne lui donnaient rien ; Hérode ne lui en fit pas moins donner, en argent, de quoi acheter du pain pour trente jours. Il n'y a pas à douter non plus, par conséquent, delà justesse de cette observation de Lucien, que des esclaves fugitifs et des vauriens, trouvant trop pénible de gagner leur pain par un honnête métier, ne préférassent cette vie de mendiants commode et lucrative, qui leur permettait en môme temps de satisfaire leurs passions bestiales, sous le masque de la philosophie. Ils rançonnaient leurs dupes, ou pour nous

« Épictète, DlS8,y III, 22, 80.

» Aulu-Gelle, IX, 2.

servir de leur propre expression, tondaient partout les moutons avec un plein succès, car la plupart des gens leur donnaient par respect pour leur costume vénérable, ou par crainte de leurs invectives, et Lucien affirme non-seulement que Ton trouvait des pièces d'or, des miroirs, des parfumeries et des dés dans leurs besaces, mais aussi que maints d'entre eux avaient ramassé, en mendiant, assez pour s'acheter des terres et des maisons, ainsi que pour vivre luxueusement \

Maintenant, bien qu'il existât, dans les sphères d'éducation et les conditions sociales les plus diverses du monde hellénique, ainsi que du monde romain, toute sorte d'antipathies, fondées ou non fondées, soit contre la philosophie en général, soit contre les philosophes en particulier, il n'en était pas moins évident qu'à Rome et dans les pays d'Occident aussi, la grande majorité des gens instruits étaient pénétrés de la conviction que la philosophie est le flambeau qui guide le mieux vers la moralité suprême ; et l'on ne concevrait pas l'opposition vive et multiple, pleine d'animosité même, dont nous venons de décrire les effets, si l'opinion mentionnée n'avait pas été généralement répandue et ne devait pas être considérée plutôt comme une des causes mêmes qui la déterminèrent. Nous croyons devoir également ici regarder Gicéron comme le meilleur représentant de la manière de voir qui comptait le plus de partisans dans la dernière période de l'antiquité romaine. Suivant lui ^, il n'y aurait certes nul besoin de philosophie, si les germes de vertu que la nature a implantés dans nos cœurs pouvaient se développer librement. Mais comme, depuis

' Lucien, Piscator, 45; Fugitivi, 12, etc. 2 Cicéron, Tuscul.i III, 1, 3.

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