‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 183 sur 241 · LIVRE XII. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE

notre naissance, nous nous trouvons continuellement sous l'influence d'idées fausses et de travers que nous suçons avec le lait de la nourrice, et comme nous subissons de plus en plus la contagion des erreurs qui nous sont communiquées par nos parents, nos maîtres, les poètes et tout le monde au milieu duquel nous vivons, nous avons besoin d'un traitement pour guérir notre esprit malade et déforme, et cette guérison, le rétablissement de notre santé naturelle, nous ne pouvons l'attendre que de la philosophie. Ceux qui voyaient dans l'éloquence le but et l'objet suprêmes de toute instruction, étaient moins que personne à même de se soustraire aux effets du poids de l'autorité si généralement reconnue de Gicéron, qui s'était d'ailleurs, dans son Hortensius, fait publiquement l'avocat de la philosophie vis'à-vis de l'éloquence. Quintilien lui-même, quoique hostile aux philosophes et porté à regarder la philosophie comme la servante de Téloquence, reconnaît pourtant qu'on ne peut être moralement bon sans l'enseignement de la vertu et de la justice \ Il ne croit guère nécessaire de réfuter l'opinion des gens prétendant que l'on peut acquérir la vertu sans cet enseignement. L'orateur, d'après l'idéal qu'il se fait de celui-ci, doit, après avoir complété son éducation spéciale dans tous les sens, encore recevoir une instruction philosophique tout aussi complète, pour apprendre tout ce qui concerne la physique ou philosophie naturelle, la dialectique et l'éthique. S'il ajoute que cet orateur idéal doit être un philosophe qui aura à faire ses preuves non par les dispulations de l'école, mais par des actes, par des faits témoignant véritablement de l'esprit d'un bon citoyen, cela nous rappelle que les plus grandes

' Quintilien, inst^^ X\\\ proœui., »; c. ii, 1-2K.

diversités d'opinions régnaient dans le monde romain, non-seulement sur les fins, mais aussi au sujet de la mesure désirable de l'instruction philosophique, même parmi ceux qui en reconnaissaient la nécessité ou l'utilité. Tacite se prononce dans le sens du romanisme inflexible, qui voulait que l'on se bornât au minimum de la mesure, dans l'étude de la sagesse enseignée par les écoles grecques. Mais, d'autre part, il suffît de nommer Sénèque, Perse, Musonius Rufus, Marc-Aurèle, pour preuve que l'opinion demandant que l'on se vouât tout entier à la philosophie avait aussi ses représentants, dans la partie la plus instruite de la société romaine. On ne saurait, dit Sénèque, traiter la philosophie comme un accessoire. Elle est une maîtresse, qui commande et vous dit : Je ne m'accommode pas du temps de loisir qui vous reste, car c'est à moi de déterminer les loisirs que je vous laisserai. Mais quand on se donne à elle complètement, que l'on dirige toutes ses pensées sur elle et que l'on se refuse à tout ce qui n'est pas elle, on a toute chance de dépasser de beaucoup tous les autres hommes et même de ne pas rester beaucoup en arrière des dieux \ Elle n'est pas faite pour servir de passetemps agréable, dans la journée, et pour désennuyer les oisifs; elle cultive au contraire et forme l'esprit, règle la vie, imprime une direction à nos actes, montre ce qu'il convient de faire et ce qu'il faut laisser, tient le gouvernail et dirige la course à travers les périls dont menacent les vagues. Sans elle personne ne peut vivre sans crainte et en tranquillité, car il survient à toute heure des accidents sans nombre, par suite desquels on a besoin de con-

* Sénèque, Lettres, 53, 8 à 1 1 .—Voir aussi Haupt, Varia, LXI {Hermès, V, 32).

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