‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 197 sur 241 · LIVRE XII. LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE

mençants qui se laissaient rebuter par les difficultés de l'étude ou de la leçon, qui n'osaient, par timidité, demander des explications^ ou qui faisaient comme si tout leur paraissait très-clair, lors même qu'ils n'avaient rien compris*. Beaucoup d'autres poussaient au contraire la hardiesse jusqu'à se mêler de donner au professeur des avis sur la manière d'enseigner. L'un, disait le platonicien Taurus, vient nous dire : Apprenez-moi d'abord ceci; un autre, je veux apprendre ceci et non pas cela. L'un voudrait commencer par le Banquetât Platon, parce qu'il y est question des escapades nocturnes d'Alcibiade; un autre par Phèdre, à cause du discoiirs de Lysias. Il y a vraiment des gens qui tiennent à lire Platon, non pour ennoblir leur vie, mais pour apprendre à s'exprimer avec plus de finesse, non pour croître en modestie, mais pour se rendre plus agréables en société ^ De plus, le fait qu'il y avait des professeurs tout prêts à se rendre aux désirs même les plus illégitimes de leurs élèves, appert aussi du témoignage de Taurus, constatant, avec peine, que maints d'entre eux se pressaient, même sans invitation, aux portes des jeunes gens riches, et y attendaient patiemment jusqu'à midi, pour donner le temps à leurs élèves de dormir tout leur soûl, après les libations de la nuit '. Épictète '' engage ses auditeurs, pour le cas où ils entendraient des hommes tenir un langage trahissant un vague complet dans la notion des premiers principes de la morale, à se demander sérieusement : «Suis-je ou non comme ces gens? Ai-je bien la conscience de ne rien savoir, comme il convient à celui qui, efTeclive-

' Plutarque, /)c awrfi^wrfo, 17.

» Aulu-Olle, 1, 9, 8 à 10. « /Wdm, Vil, 10.

• />i4j(., li, 21, » à n.

ment, ne sait rien? Vais-je chez le maître, comme on se rend auprès d'un oracle, prêt à une obéissance absolue? ou bien ne vais-je à l'école, stupidement, que pour apprendre à connaître les accessoires et les dehors de la philosophie, à comprendre des livres dont je ne saisissais pas le sens auparavant et à l'expliquer ensuite moi-même à d'autres, dans l'occasion? Les auditeurs, poursuit-il, viennent bien à l'école en costume de philosophes, mais nullement avec une âme qui a trouvé le calme en s'afFranchissant des émotions et des soucis du monde extérieur. Tel vient peut-être seulement d'avoir à la maison, avec un esclave , une batterie qui a mis tout le voisinage en rumeur; ou tel autre étudiant, qui n'est point de la localité, se trouve sous l'impression du désappointement de ne pas avoir reçu d'envoi d'argent de chez lui, ou pense à ce qu'on pourra bien dire de lui à la maison, oiî l'on doit être convaincu qu'il est en voie de faire des progrès et reviendra comme un homme d'un savoir universel. C'est ce que je voudrais bien aussi, se dit-il en lui-même, mais il faut tant travailler pour y arriver, personne ne m'envoie rien de la maison, et ici, à Nicopolis, les bains sont misérables; tout est mauvais à la maison et ici également.. Puis les voilà qui disent : Personne n'a de profit de l'école. Mais aussi, qui donc y va pour sa guérison et la purification de ses idées, pour acquérir le sentiment de ce qui lui manque ? Ce que vous allez chercher à l'école, vous l'y trouvez aussi. Vous voulez bavarder sur des thèses de doctrine. Or, ne vous fournissent-elles pas déjà bien assez de matières pour faire parade de votre prétendu savoir? N^'êtes-vous pas homme à résoudre des syllogismes? ne savez-vous pas manier les sophismes et les paralogismes ? »

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