LIVRE XII. — IMMORTALITÉ DE l'aME
suicide. La preuve de l'immortalité, telle que la donne Platon, ne pouvait, il est vrai, convaincre personne qui ne fût déjà convaincu d'avance, et son incohérence avait déjà été suffisamment démontrée par la critique de Straton. Mais pour la plupart des gens, comme pour Gicéron, le prestige de la gloire et du nom de Platon garantissait suffisamment la vérité de sa doctrine, et l'on aimait mieux, d'ailleurs, se tromper av£C lui que reconnaître la vérité avec ses adversaires \ C'est ainsi que des natures animées de nobles sentiments, et dont la foi ou l'intuition, la spéculation, le besoin moral et une profonde conscience de la dignité humaine, avaient concouru à déterminer les vues, cherchèrent et trouvèrent, dans les derniers temps de l'antiquité encore, ce qu'il leur fallait principalement dans le platonisme, tandis que celles dans lesquelles prédominait une tendance mystique, inclinaient au pythagorisme, qui ressuscita également sous une forme nouvelle.
Parmi les gens instruits du monde romain, la catégorie la plus nombreuse, dans les premiers siècles de notre ère, était vraisemblablement celle des personnes qui ou n'adhéraient proprement, d'une manière absolue, à aucun système philosophique, mais se formaient leurs idées sur le monde, d'après un besoin individuel, par un éclectisme ou choix entre celles de divers systèmes, ou ne subissaient, en général, qu'indirectement ou médiocrement l'influence de la philosophie. Il est probable qu'une grande partie de celles-ci ou n'éprouvaient môme pas le besoin d'arrêter fortement leur conviction au sujet de l'immortalité,, ou avaient renoncé à l'espoir de s'en former une. Les. résultats, diamétralement opposés, auxquels on était arrivé
' Cîcéron, Tmc. ,1, 1 7, 39 ; 9.i, 49.
par les différentes directions du mouvement de l'esprit philosophique, le fait que des propositions érigées en principes par les maîtres les plus renommés étaient^ continuellement, battues en brèche par d'autres maîtres d'une autorité non moindre, devaient amener notamment les esprits sceptiques à penser que l'examen scientifique de ce sujet rentre dans la catégorie des problèmes dont la solution est^ au-dessus des forces de l'honime. A cette idée s'était arrêté même un Socrate, bien que sa nature le portât vers la foi à la durée persistante. Naturellement, les observateurs dont les recherches ont surtout pour objet l'analyse du corps étaient aussi ceux chez lesquels s'élevaient les doutes les plus graves sur l'immatérialité de l'âme. Le médecia Galien, bien qu'il ne fût rien moins que matérialiste et qu'il comptât parmi les adversaires déclarés d'Épicure, trouvait cependant beaucoup à redire à l'idée que Platon s'était faite de l'immatérialité de l'âme ; car, objecte-t-il, comment distinguer les unes des autres des substances incorporelles; comment un être incorporel peut-il être répandu sur le corps, affecté par le corps, comme nous le voyons pour l'âme dans le cas de la démence, de l'ivresse et d'autres états semblables? Il n'ose cependant pas décider ce point, et ne veut guère non plus prendre sur lui d'affirmer ou de nier l'immortalité de l'âme '.
Quintilien aussi range parmi les questions indécises le point de savoir si l'âme, détachée du corps, est immortelle, ou continue à durer au moins encore un certain temps -, et Tacite n'était pas arrivé à une plus ferme
' Zeller/Jll, 1, 740.
2 Quintilien, V, 14, 13.