‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 212 sur 241 · LIVRE XII. »— IMMORTALITÉ DE l'aME · texte numérisé non relu

LIVRE XII. »— IMMORTALITÉ DE l'aME

encore peut-être chez ceux dont l'éducation, arrêtée à michemin, demeure incomplète^ Il n'y a, naturellement^ aucun moyen de déterminer, pour aucune époque, le rapport entre le nombre des matérialistes et celui des personnes qui croyaient à l'immortalité de l'âme ; mais, les premiers dussent-ils avoir été nombreux, assez de raisons militent en faveur de l'opinion qu'ils ne formaient toujours, même dans les derniers siècles de l'antiquité, relativement qu'une petite minorité.

Si, du reste, la négation de l'immortalité n'était que dans la philosophie matérialiste d'Épicure un principe capital et fondamental du système, il y avait pourtant encore d'autres systèmes philosophiques admettant une fin de l'âme. Il est vrai que la croyance des stoïciens à une persistance limitée, mais d'une durée indéterminée, de l'âme après la mort, avait au fond, pour la pratique de la vie, la même valeur, que la croyance à l'immortalité, et y produisait les mêmes effets. Cependant Panétius, qui vécut, vers le milieu du deuxième siècle avant Jésus-Christ, dans le cercle des Scipions, à Rome, et plus tard à Athènes, qui y jouit d'une haute considération et qui exerça, en tout temps, une grande influence, notamment sur les Romains dont l'esprit tournait au stoïcisme, s'écarta, sur ce point comme sur d'autres encore, de la tradition de l'école. Il niait complètement la persistance de durée, comme l'avait fait aussi, parmi les philosophes péripatéticiens, auxquels il se rattacha de préférence, un disciple immédiat d'Aristote, Dicéarque, pour lequel l'âmo était le résultat du mélange organique des subs-

* Cicéron, Tusc, IV, :i, 7; l'in., 1, 7, Î55; Zeller, III, 1, 3'i8, n. 3; voir aussi 353, etc.

tances composant le corps, dépendante de celui-ci, dans son existence même, et répandue dans toutes les parties du corps. Aristote lui-même avait bien enseigné une persistance de durée de l'esprit pensant, mais sans caractère personnel et individuel, et positivement rejeté l'idée que les défunts, appelés les « bienheureux » par le peuple en Grèce, pussent être heureux. Parmi les péripatéticiens postérieurs, Strabon de Lampsaque, disciple de Théophraste, paraît même avoir, comme tout semble l'indiquer, répudié entièrement la croyance à l'immortalité; et, au temps des Sévère, Alexandre d'Aphrodisias , honoré du surnom de second Aristote, s'appliqua à démontrer que le premier Aristote lui-même niait déjà riitimortalité de l'âme.

Cependant, il y avait aussi une philosophie qui mettait autant d'insistance dans son affirmation que l'ipicurisme dans sa négation de l'immortalité de l'âme : c'était la platonicienne, la seule qui entreprît aussi de prouver scientifiquement ce qu'elle affirmait; car, pour le pythagorisme, la doctrine de l'immortalité et de la métempsycose ou transmigration des âmes était un dogme plutôt qu'un principe philosophique. De même que la philosophie platonicienne avait, en général, un attrait irré-. sistible pour les esprits goûtant le surnaturel, sa psychologie en particulier était une consolation et un refuge pour tous ceux chez lesquels se joignait, au besoin de la croyance à l'immortalité, celui de gagner, par la démonstration, une base d'arguments philosophiques pour leurs convictions. Gaton d'Utique lui-même, ce stoïcien accompli, comme l'appelle Cicéron, ce Gaton qui devint, par sa mort, une des figures idéales du stoïcisme des temps postérieurs, lut le Phédon de Platon, avant de procéder au

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