LIVRE XII. -— IMMORTALITÉ DE l'aME. 4S
rait agir précisément qu'avec la perspective de la durée après la mort? Or, c'est dans ce que croient les plus nobles et les meilleurs de nos semblables qu'on aura le plus de chance de trouver la science de la vérité. Gicéron donna même à sa foi dans la persistance de notre durée personnelle une expression quasi-poétique dans le Sonc/e de Scipioïi, oii il décrit la félicité dont jouissent, dans les sphères supérieures, les grands morts du passé, transportés de la prison du corps^ qui les retenait ici-bas, dans la haute sphère de vérité de la vie éternelle \
S'il est probable, comme nous l'avons dit, que, dans le monde instruit des dernières époques de l'antiquité romaine, les opinions de la majorité sur la vie se fondaient sur un éclectisme analogue à celui de Gicéron , le stoïcisme était, parmi les systèmes philosophiques, à côté de l'épicurisme, sans doute celui qui comptait le plus d'adhérents ^ On a déjà fait observer qu'au point de vue des conséquences pratiques, la doctrine stoïcienne d'une persistance de durée limitée équivalait presque à la foi dans l'immortalité de Tâme, attendu que, d'après cette doctrine, l'âme humaine ne devait faire retour à la substance primitive ou divinité qu'à la fin de la période cosmique à laquelle elle appartient. Les stoïciens ne différaient un peu d'avis, entre eux, que sur le point de savoir si toutes les âmes, comme le voulait Gléanthe, ou seulement celles des sages, suivant la croyance de Ghrysippe, dureraient aussi longtemps. Le plus éloquent apôtre de la croyance stoïcienne à une autre vie, dans les premiers siècles de notre ère, est Sénèque, qui s'est, il est vrai,
' Gicéron, Ttucui, \, il, etc.; Bep.f Vf, 9, etc. ' Zeller, III, 1, 184 à 189 et 63.3.
rapproché du platonisme beaucoup plus que les anciens de l'école stoïcienne. Il accuse aussi beaucoup plus fortement qu'eux le contraste de la différence entre le corps et l'esprit. Le corps ou, comme il l'appelle aussi dédaigneusement, la chair est, à ses yeux, une chose de si peu de valeur que, nous ne saurions trop nous garder d'en faire cas; puisqu'il n'est qu'une simple enveloppe de l'âme, une demeure dans laquelle elle n'est venue s'installer que pour peu de temps et ne se trouvera jamais véritablement à son aise, voire même une charge qui pèse à l'âme, une entrave qu'il lui tarde de voir tomber, une prison dont elle doit désirer de sortir le plus tôt possible. C'est avec la chair qu'elle a à lutter, c'est par le corps qu'elle est exposée à des attaques et à des souffrances ; en elle-même elle est pure et invulnérable, aussi supérieure au corps que la divinité à la matière. Il s'ensuit que la véritable vie de l'âme ne commence qu'avec sa sortie du corps. D'après Sénèque, les âmes des' bons seraient, comme dans la doctrine catholique du purgatoire, soumises après la mort à une purification préalable, et ne s'élèveraient que purifiées dans l'éther, pour y continuer à vivre, d'après la doctrine stoïcienne, jusqu'à l'embrasement du monde. L'idée que Sénèque se faisait de la vie d'outre-tombe se rapproche beaucoup de certaines idées de l'école platonicienne, et même du christianisme. Pour lui aussi, la vie terrestre n'est qu'un prélude à une vie meilleure, le corps, qu'une hôtellerie de laquelle l'esprit retourne dans les régions supérieures, sa véritable patrie, comme on vient de le dire. Il voit venir avec joie le jour qui brisera les liens corporels, le jour de la naissance à l'éternité, comme il l'appelle, de même que les anciens chrétiens, avec lesquels il se rencontre ici jusque