‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 216 sur 241 · LIVRE XII. — IMMORTALITÉ DE l'aME · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — IMMORTALITÉ DE l'aME

dans le choix de l'expression ; il dépeint la paix de l'éternité, qui nous attend dans l'autre monde, la liberté entière et la félicité de la vie céleste, le grand jour que répand la lumière de la science, après la révélation de tous les mystères de la nature ; il n'oublie pas non plus la joie des âmes, ayant accompli leur stage, de se revoir et trouver de nouveau réunies, après la mort; il voit en même temps dans celle-ci le grand jour du jugement, auquel est prononcé l'arrêt sur chacun, et fait dériver la vertu morale, pour la pratique de cette vie, de la pensée constante à ce qui nous attend dans l'autre ; il se console môme de la perte future de l'âme, avec la pensée qu'elle ressuscitera sous une autre forme. Malgré cette concordance apparente avec le fond même de la foi chrétienne, dans l'immortalité de l'âme, il n'est rien, dans ces idées de Sénèque non plus, qui répugne à la doctrine stoïcienne et qui ne s'explique parfaitement par la marche du développement de celle-ci, à cette époque, ou ne réponde à la forme qu'elle dut prendre dans un esprit comme le sien. Bien que l'intervention d'inlluences chrétiennes ne puisse être exclue du domaine des choses alors possibles, à la rigueur, elle est cependant d'autant moins probable qu'une grande partie des expressions et des propos qui y ont fait penser se trouvent précisément dans un des anciens écrits de Sénèque, les Consolations à Marcie, bien antérieures aux premières mentions des commencements du christianisme à Rome. Parmi les platoniciens du temps postérieur, Plutarque de Chéronée fut un des plus influents, ce qu'il dut certai. nement en partie à ce que son platonisme n'avait pas un caractère rigoureusement dogmatique, mais se présentait, modiflé par l'éclectisme et des tendances pythagoriciennes, sous une forme toute populaire. Ce philosophe peut

donc aussi être considéré comme représentant un mouvement d'idées très-répandu dans le monde instruit de l'époque. Si fermement convaincu de l'immortalité de l'âme* qu'il déclare, d'après son propre sentiment, cette croyance solidaire avec la foi dans la Providence, elle paraît cependant avoir été, pour lui aussi, plutôt un article de foi imposé par l'exigence de raisons pratiques que le résultat d'un examen scientifique. Il fonde ces raisons sur la parenté de l'esprit humain avec Dieu, sur la nécessité d'une expiation future, ainsi que d'un dédommagement pour les maux de la vie terrestre, sur ce qu'il y a de consolant dans l'idée d'une existence persistante et d'un revoir après la mort; mais nulle part il n'a cherché à approfondir davantage ces divers points. De l'autre vie il se promet, avec Platon, une science de Dieu plus pure et une communion parfaite avec la divinité, sans le trouble des émotions affectant les sens. Mais tel n'est, naturellement, que le bénéfice des âmes purifiées parla vertu et par la piété: celles-ci d'hommes passent héros, et de héros démons ou génies; quelquesunes s'élèvent même jusqu'à la dignité de dieux, comme Hercule et Bacchus, tandis que d'autres reviennent tôt ou tard se loger dans des corps humains. Suivant une idée très-répandue, dont on faisait remonter l'origine à Pythagore et jusqu'à Orphée, Plutarque aussi croyait que les âmes vont, immédiatement après la mort, séjourner entre la terre et la lune, que celles des méchants y trouvent leur châtiment, tandis que celles des justes s'élèvent jusqu'à la lune même, pour y mener la vie des bienheureux en contemplation du monde, et que d'autres encore redescendent à terre. Mais, dans le cours de certaines périodes de longue

» Zeller, III, 2, 164, etc.

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