‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 222 sur 241 · LIVRE XII. — IMMORTALITÉ DE l' AME · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — IMMORTALITÉ DE l' AME

poëtes latins sur l'école. Depuis Ennius, les descriptions détaillées des enfers avaient formé un thème favori des poëtes épiques, et celle qu'en fit Virgile surtout n'aura pas manqué, sans doute, d'exercer une influence directe et indirecte sur les idées d'une multitude innombrable. Avec le temps, des éléments orientaux, judaïques et chrétiens vinrent aussi, par-ci par-là, se mêler à la foi populaire. Peut-être déjà Lucain et Stace ont-ils admis, dans leur description des enfers, le Belzébub de la bible, tous les deux parlant d'un chef des dieux infernaux qui, se tenant dans le plus profond des abîmes du Tartare, domine sur toutes les autres puissances de l'enfer ^ Un caveau païen, près de Rome, qui semblerait avoir été établi pai' des adorateurs du Mithras de la Perse et par des initiés à ses mystères, offre un exemple authentique très-remarquable de cette alliance d'idées grecques et orientales. On y voit diverses peintures représentant, d'abord, ce l'enlèvement et la descente aux enfers de Vibie », aux termes de l'inscription, opérés par Pluton, dont Mercure conduit le quadrige; puis le messager des dieux, Mercure, amène Vibie devant le tribunal du dieu de l'enfer (Disfater) et de son épouse (Abracvra); Vibie est conduite par Alceste, qui figure ici comme la protectrice des épouses fidèles et un des prototypes de la palingénésie; à la droite se tiennent les divinités qui président au destin, trois figures, dont une masculine et deux féminines (Fata divina). Un troisième tableau montre l'introduction de Vibie par le bon ange (Bonus Angélus) auprès des bienheureux, dont elle doit partager les joies. Six personnes d'âges et de

' Preller, Myth/ilogie romaine, "iCifi, 9.. — Voir niiSHi Lucain, P/iarsale, VI, 7'i6, elc.

sexes différents participent, couchées, à un repas; audessus de l'une il y a le nom de Vibie ; en tête du tableau : ^ceux qui ont passé au jugement des bons; enfin, l'on voit encore un repas auquel prennent part sept hommes, dont trois portent des bonnets phrygiens, avec la suscription : les sept prêtres pieux*.

Il n'est même pas besoin de ce témoignage et d'autres semblables pour mettre en évidence que l'idée d'une existence plus ou moins matérielle des décédés, telle que la supposent les anciennes fables, conservées par la tradition depuis un temps immémorial, était aussi répandue dans les masses que ces fables mêmes. L'immense majorité des hommes devaient être alors, encore moins qu*aujourd'hui, susceptibles de s'approprier la faculté d'abstraction qu'il faut pour s'élever à l'idée d'une vie purement spirituelle. Dans chacune de ses tentatives de se faire une image de l'inconnu de ce genre d'existence, l'imagination, abandonnée à elle-même, était et est encore obligée, sans en avoir la conscience et malgré elle, de travailler avec des couleurs et des formes empruntées à la vie que nous connaissons, et ses images les plus délicates et les plus éthérées sont tout aussi peu incorporelles que les plus communes et les plus grossières. Il est dans la nature des choses que ces dernières seules pouvaient être comprises et retenues par la multitude. Il nous est d'autant moins possible de douter de l'assurance de Lucien que, dans la croyance d'un grand nombre, les morts se nourrissaient réellement des dons^ des sacrifices et des repas qui leur étaient offerts par les survivants ; d'autant moins que nombre de personnes faisaient brûler ou

* De Rossi, Bull. d. Inst.y 1853, p. 87, etc.; Henzen-Orelli, 6042.

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