‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 221 sur 241 · LIVRE XII. — IMMORTALITÉ DE L AME · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — IMMORTALITÉ DE L AME

poque moyenne ainsi que de la fin de l'empire, et en Occident aussi, cet usage s'est conservé, pour le moins jusqu'au moyen âge^

Or, s'il ne saurait être douteux qu'une chose qui, d'après Juvénal, n'aurait été crue que des petits enfants, l'était, par le fait, de tant de milliers d'hommes, dans tout l'empire romain, il paraît tout aussi difficile de douter de la persistance et de la propagation des autres idées du populaire sur l'enfer. Aux assurances du contraire dans Gicéron, Sénèque et Juvénal, on peut opposer l'assurance tout aussi positive de Lucien, qui reconnaît le fait. Il dit que la grande masse des gens du commun se représentaient l'autre monde absolument comme les poètes l'avaient décrit ^ Ils y voyaient un immense et ténébreux empire des morts, gouverné par Pluton et Proserpine, avec le Cocyte et le Pyriphlégéthon, le lac Achéruse, la porte diamantée que garde Éaque avec Cerbère, la prairie d'Asphodèle avec le fleuve Léthé, les jugea des morts, qui envoient les bons aux champs éiysées et livrent les méchants aux furies, pour subir de leur part toute sorte de tortures, pendant que les ombres si nombreuses de ceux qui n'étaient ni bons ni méchants, errent dans la prairie d'Asphodèle et se nourrissent d'offrandes déposées sur les tombeaux et de sacrifices offerts aux morts. Plutarque dit'' que ceux qui avaient peur des morsures de Cerbère et du tonneau des Danaïdes, chercliaient à s'en garantir par des consécrations et des lustrations, croyant pouvoir s'assurer ainsi la faveur d'être admis à continuer de vivre, en enfer,

' Marquardi, Manuel, V, 1, n. 2262.

' De luctu, 1-10.

* Non poxsesuaviler vivi^ 27, 4, p. 1 105.

dans un endroit bien éclairé et un air pur, au milieu de folâtreries et de danses. Il pensait, il est vrai, que le nombre des gens ajoutant foi à ces « contes de nourrice )) ne devait pas être très-grand; mais, naturellement, son estimation était tout aussi subjective et avait été déterminée par des impressions fortuites,toutautantquecelledeLucien, auquel le nombre des croyants paraissait être très-grand, au contraire, de sorte qu'à cet égard on peut se fier aux données de l'un tout aussi peu qu'à cellesde l'autre. Cependant, il serait difficile d'admettre la supposition que les idées de la multitude, sur la vie après le décès, fussent plus épurées que ne l'étaient celles d'un homme comme Aristide, lequel semblerait pourtant aussi avoir cru que les personnes non initiées aux mystères d'Eleusis resteraient, en enfer, plongées dans la boue et les ténèbres \ Dans son traité de la superstition, Plutarque range parmi les fantasmagories de celle-ci l'image que l'on se fait des portes d'entrée profondes de l'enfer, des flammes que roule le Styx et de ses cataractes abruptes, de ténèbres remplies de spectres, oii apparaissent d'épouvantables fantômes et d'où s'échappent des sons lamentables, de juges et de bourreaux, de gouffres et d'abîmes, recelant mille tortures , en un mot, toutes les idées de l'espèce^; et le fait qu'il regardait lui-même la superstition comme un fléau très-répandu, résulte, comme on l'a vu, de son ardeur même à la combattre.

Que" beaucoup d'idées grecques , sinon la plupart . avaient pa^sé aussi dans la foi populaire de l'Occident, c'est ce qu'il est, comme on l'a déjà dit, permis de supposer, notamment eu égard à l'influence exercée par les

' Aristide, Or.^ XIX, p. 259 Jehb.

=" De super stit., 4 f., p. 167 i4.

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